Un nouveau port à Fos

14 février 1964
01m 38s
Réf. 00228

Notice

Résumé :

Le nouveau port de Fos va accueillir les pétroliers qui alimentent le pipeline sud européen. Tout autour du village, un site industriel et portuaire va se développer.

Date de diffusion :
14 février 1964
Source :
ORTF (Collection: JT 20H )
Personnalité(s) :

Éclairage

Au début des années soixante, les importations de pétrole brut, énergie abondante et peu coûteuse, sont en pleine expansion et alimentent une forte croissance économique. Le port de Marseille, depuis l'entre-deux-guerres, est un port pétrolier important, bien placé sur la route des pétroles du Moyen-Orient et d'Algérie. Le traitement de ces produits pondéreux et dangereux ne peut s'effectuer sur les quais des bassins de Marseille, par ailleurs trop éloignés des raffineries de l'Etang de Berre. La Chambre de commerce avait dès 1949 entrepris la construction d'un port pétrolier, opérationnel en1952, à Lavéra à l'entrée du chenal de Caronte. D'une capacité importante pour l'époque, accessible aux pétroliers de 70 000 tonnes, le port de Lavéra allait être rapidement dépassé par l'augmentation du trafic, qui non seulement alimentait les raffineries locales en brut, mais devait également irriguer le nord-est de la France, l'Alsace et l'Allemagne du Sud par des pipe-lines en construction (Société du pipe-line sud-européen).

La Chambre de commerce, gestionnaire du port, entreprend donc au début des années soixante une nouvelle "conquête de l'Ouest", en direction du golfe de Fos, prolongeant celle qui, dans les années vingt, avait abouti à l'annexion de l'Etang de Berre au port de Marseille. Fos est d'abord un projet portuaire issu des milieux d'affaires marseillais avant de devenir un projet industriel, par la volonté d'une politique d'aménagement du territoire pilotée par l'État. Le golfe de Fos présente plusieurs caractéristiques favorables : une situation géographique proche des complexes industriels locaux, des communications aisées vers le reste de la France et l'Europe du Nord, par terre, fer et fleuve (le Rhône est en effet accessible à la navigation des péniches de gabarit européen et relié à Port-de-Bouc par un canal récemment élargi), et surtout ses eaux profondes permettent d'accueillir des navires aux tonnages de plus en plus démesurés (jusqu'à 300 000 tonnes et plus). Cet accroissement des gabarits est lié à l'explosion des trafics transocéaniques des matières premières et, pour le pétrole en provenance du Moyen-Orient, à la nationalisation du canal de Suez en 1956 puis sa fermeture après la guerre des Six Jours en 1967, qui contraignent à faire le détour par le Cap et donc à augmenter les tonnages transportés par les "supertankers". Les plaines de la Crau constituent un arrière-port immense, susceptible d'être transformé en zone industrielle pouvant accueillir des industries lourdes. Comme on le voit dans le reportage, les installations d'une nouvelle raffinerie à Fos par le groupe Esso sont déjà en construction, ainsi que les aires de stockage de pétrole brut du SPLSE. Dans les années 1970, Marseille-Fos sera la plus grande plate-forme française de réception des hydrocarbures liquides et, via les oléoducs, l'europort pétrolier du sud de l'Europe. Selon le reportage, le nouveau port de Fos devait être opérationnel en 1966. En fait les travaux de dragage ayant commencé en juillet 1965, le port reçoit son premier navire, un minéralier chargé d'alumine en provenance d'Australie, le Nivôse, en août 1968 ; le premier pétrolier de 200 000 tonnes suivra en décembre.

Une nouvelle étape va s'ouvrir avec la décision de l'État de faire de Fos une opération d'aménagement du territoire avec la création d'une zone industrialo-portuaire, à l'image de quelques réalisations spectaculaires dans le nord de l'Europe (Rotterdam ou Anvers) et au Japon. La grande politique d'aménagement du territoire du régime gaulliste est en train de se construire, la DATAR (Délégation à l'aménagement du Territoire et à l'action régionale) a été créée en 1963 pour piloter de telles opérations d'envergure. Le premier délégué en est Olivier Guichard, cité dans le reportage, un baron du gaullisme, qui met en place un groupe de travail interministériel spécifique, le Groupe central de Fos. Celui-ci sera durant plusieurs années le pilote de ce qui va devenir une opération-phare d'aménagement du territoire, avec notamment l'installation d'une usine sidérurgique.

Bibliographie :

Xavier Daumalin, Nicole Girard, Olivier Raveux, Du savon à la puce ; l'industrie marseillaise du XVIIIe siècle à nos jours. Marseille, Éditions Jeanne Laffitte, 2003.

Didier Cultiaux, "L'aménagement de la Région Fos-Étang de Berre", Notes et Etudes documentaires, Paris, La Documentation Française, n° 4164-4166, 1975.

Nicole Girard

Transcription

Journaliste
Nouvelle étape dans l'aménagement du territoire. Une information qui intéresse au premier plan toute la région de Marseille. En bordure du golfe de Fos, à 50 kilomètres à l'ouest de Marseille, un grand port pétrolier va être créé en eaux profondes. La mise en chantier de ce nouveau port a été rendue indispensable par la progression du trafic pétrolier à Marseille-Lavéra, et l'utilisation de super-tankers de 70 000 tonnes. Ces installations sont presque arrivées à saturation, en raison, en particulier, de la mise en service du pipe-line sud-européen qui va de Marseille à Karlsruhe via Lyon, Besançon, Lons-le-Saunier et Strasbourg. Ce nouveau port sera relié à Port-de Bouc par un canal à grand gabarit qui comprendra deux postes pétroliers et les ouvrages d'accès et d'abris nécessaires. Autour de ce village, aujourd'hui paisible et tranquille, une zone portuaire et industrielle va s'étendre sur plus de 6000 hectares. Un groupe de travail va étudier prochainement les possibilités d'installation d'un complexe sidérurgique pour assurer à Marseille des possibilités de développement. Marseille pourra ainsi devenir un foyer d'industrie lourde utilisant les matières premières importées par navire. Monsieur Guichard a installé, hier, un groupe de travail inter-ministériel qui va se consacrer à la réalisation de cet ensemble portuaire et de ses prolongements industriels. Tout cela sera édifié demain sur cette vaste superficie, aujourd'hui encore déserte.
(Musique)
Journaliste
On espère que le nouveau port pourra recevoir les premiers bateaux à la fin de 1966.
(Silence)