Inauguration de la Fondation Maeght

01 août 1964
10m 15s
Réf. 00229

Notice

Résumé :

Inauguration de la fondation Marguerite et Aimé Maeght, en présence du ministre des affaires culturelles André Malraux et d'artistes contemporains, dont les oeuvres ornent la fondation et son parc.

Date de diffusion :
01 août 1964
Source :

Éclairage

Aimé Maeght est né en 1906 à Hazebrouck (Nord). Il passe son enfance dans le Gard. Il s'intéresse aux Beaux-Arts et aux métiers de l'imprimerie. En 1929, il crée à Cannes une imprimerie, qui produit notamment des affiches. Puis il ouvre une galerie, toujours à Cannes, avec sa femme Marguerite. En 1941 il rencontre le peintre Bonnard, et oriente ses activités vers la vente de tableaux, ouvrant une galerie à Paris en 1945, où il expose Matisse. Cette galerie parisienne devient en quelques années un des lieux majeurs de l'art contemporain avec des expositions sur le surréalisme (Duchamp, Breton) en 1947, puis des oeuvres de Miro, Bram van Velde, Chagall, Calder, Ubac, Kandinski, Giacometti... En 1959, Aimé Maeght crée ses propres ateliers de lithographie qui produisent des oeuvres des peintres qu'il expose.

Après la mort de leur second fils, Bernard, Aimé et Marguerite Maeght se consacrent au projet de construction d'un lieu dédié à l'art contemporain dans un espace naturel planté de pins, à Saint-Paul-de-Vence. La conception architecturale est confiée à Josep Lluis Sert, ami de Miro, qui, avec la collaboration de nombreux artistes, aménage des espaces où ils peuvent librement s'exprimer. Aimé et Marguerite Maeght donnent à la fondation, reconnue d'utilité publique, une partie de leur collection, comprenant des oeuvres majeures de Miro, Giacometti, Bonnard, Braque, Chagall, Léger, Kandinski, Calder... Comme le souligne André Malraux, ministre de la Culture, lors de l'inauguration en 1964, plus que d'un musée, il s'agit d'un lieu où art et nature créent un rapport nouveau : "Ici est tenté quelque chose de jamais tenté : créer l'univers dans lequel l'art moderne pourrait trouver à la fois sa place et cet arrière monde qui s'est appelé jadis le surnaturel".

La fondation Maeght devient un véritable lieu d'animation culturelle : expositions annuelles, "nuits" avec des créations musicales et chorégraphiques, production de films sur les artistes, éditions d'art. En juillet 1973, la fondation inaugure une exposition intitulée "Le musée imaginaire d'André Malraux", rassemblant des oeuvres chères à l'écrivain. Après la mort de Marguerite en 1977 et d'Aimé en 1981, leur fils Adrien Maeght poursuit leur oeuvre.

Bernard Cousin

Transcription

(bruits)
Journaliste
Entre Saint Paul de Vence et La Colle sur Loup, dans le chant des cigales, à quelques 20 kilomètres au dessus de Nice, la fondation Marguerite et Aimé Maeght est ouverte au public. Le décor est à flanc de colline, une pinède.
(bruits)
Journaliste
Un jardin tropical, des bassins, beaucoup d'eau.
(bruits)
Journaliste
Une volière.
(bruits)
Journaliste
Des palmes.
(bruits)
Journaliste
Des parcs. Et puis, cette chapelle : une chapelle très sobre, éclairée par un seul vitrail, dessiné par Georges Braque peu de temps avant sa mort.
(bruits)
Journaliste
La fondation Marguerite et Aimé Maeght peut être, à première vue, un musée d'un genre nouveau. Mais à y bien regarder, il s'agit d'autre chose. Il semble que son fondateur, l'éditeur d'art et marchand de tableaux Aimé Maeght ait voulu que ce soit un lieu vivant, un lieu de rencontre. Ici, Miro et ses petits êtres cornus. Un stabile, grande sculpture de fer, signée Calder, qui s'harmonise dans la nature.
(bruits)
Journaliste
Giacometti.
(bruits)
Journaliste
Fernand Léger. Braque. Chagall. Matisse. Bonnard. Aimé Maeght.
Aimé Maeght
Depuis longtemps, je pensais qu'il était stupide d'avoir des collections de tableaux dans des cadres. Et j'ai voulu les exposer, j'ai voulu les montrer. Et en même temps, moi-même, je peux les regarder. Si vous voulez, c'est pour combattre cet étroitesse d'esprit égoïste du collectionneur maniaque qui garde ses tableaux pour lui seul.
Journaliste
C'est donc la collection Maeght et non pas la collection du marchand qui est exposée ?
Aimé Maeght
C'est la collection Maeght. D'ailleurs, tout a été déjà légué à la fondation.
Journaliste
Monsieur Maeght, en tant que galerie, n'est plus dans la fondation.
Aimé Maeght
La fondation est un organisme autonome, dirigé par un conseil d'administration, et qui est possesseur de toutes les oeuvres que vous avez admirées, ou en tout cas la plupart.
Journaliste
Cela veut dire que, vous disparu, la fondation Maeght appartiendra à l'Etat, ou qu'elle appartient déjà à l'Etat ?
Aimé Maeght
Elle appartient, si vous voulez, elle n'appartient ni à l'Etat ni à une communauté. Elle appartient à un conseil d'administration sous le terme de fondation qui est régi par la loi de 1901 et qui vient d'être reconnue d'utilité publique il y a 8 jours. A ma suite, mes enfants prendront ma succession à la présidence du conseil d'administration, mais la fondation continuera comme un organisme contrôlé par l'Etat.
Journaliste
La réalisation architecturale de la fondation Maeght est l'oeuvre de Josep Lluis Sert.
(bruits)
Journaliste
Un mur de pierre, très beau morceau décoratif, a été conçu et construit par le peintre Tal-Coat.
(bruits)
Journaliste
Sculptures d'Alberto Giacometti. Question : qu'est-ce que c'est que la réalité ?
Alberto Giacometti
Je mets la peinture, ou la sculpture, sur le plan, d'un dialogue, non ? N'est peinture et sculpture que ce qui représente autre chose qu'elle même.
Journaliste
Nous voici parmi les créations de Miro.
(bruits)
Journaliste
Parfois, un petit personnage, étrangement cornu. Ici, nous allons rencontrer le poète André Verdet.
André Verdet
C'est une salle insolite qui provoque, qui agresse et qui remet tout en question. Tout en question dans la peinture de Miro, tout en question dans la peinture de chevalet. En réalité, c'est une salle anti-peinture de chevalet.
Journaliste
Miro, est-ce que c'est bien votre impression, Miro ?
Juan Miro
Oui, c'est totalement une salle anti-peinture de chevalet.
Journaliste
Est-ce qu'il faut continuellement tout remettre en question ?
Juan Miro
Il faut tout le temps tout remettre en question, autrement on deviendrait un cadavre.
Journaliste
A tous points de vue ?
Juan Miro
A tous points de vue, oui, il faut tout remettre en question.
Journaliste
On ne peut rien accepter tel que ça nous est donné ?
Juan Miro
Oui, on peut accepter les choses qui sont vivantes mais pas les choses qui sont périmées et qui risquent de devneir des choses cadavériques.
Journaliste
Devant une foule considérable, venue du monde entier, monsieur André Malraux, ministre des affaires culturelles.
André Malraux
Vous avez tenté de faire quelque chose qui n'est en aucune façon un palais, en aucune façon un lieu de décor, et disons-le tout de suite, parce que le malentendu va croître et embellir, en aucune façon un musée. Ceci n'est pas un musée. Lorsque nous regardions, tout à l'heure, le morceau de jardin où sont les Miro, il se passait la même chose que lorsque nous regardions la salle où étaient les Chagall. Ces petites cornes que Miro réinvente, avec leur incroyable puissance onirique, sont en train de créer dans votre jardin, avec la nature au sens des arbres, un rapport qui n'a jamais été créé. Quand nous parlons de fondation, la plus célèbre fondation américaine, c'est-à-dire Barnes, si elle était ici, elle n'aurait aucun rapport avec ce que vous avez fait. Elle serait en arrière de 50 ans car, admirable comme elle est, elle est un musée. Mais ici est tenté, avec un résultat que nous n'avons pas à juger, et qui appartient à la postérité, est tenté quelque chose qu'on n'a jamais tenté : créer l'univers, créer instinctivement et par l'amour l'univers dans lequel l'art moderne pourrait trouver à la fois sa place et cet arrière-monde qui s'est appelé, jadis, le surnaturel.
Journaliste
Marc Chagall.
Marc Chagall
Je suis très ému. Et je sens quelque chose de fantastique se produire. Comme a dit le ministre merveilleusement, ce n'est pas un musée, c'est autre chose. Et je trouve que c'est une chose qui devait se faire à notre époque, et c'est un homme fantasique, comme Maeght, pouvait faire ça. Moi, personnellement, je suis content qu'y figurent ici mes tableaux, dans cette salle.
Journaliste
C'est un musée qui est ouvert au peuple. Tout à l'heure, quelqu'un qui ne participait pas au dîner, qui était disons... un ouvrier, est venu vous dire, comme ça, devant moi : «Marc Chagall, on vous aime bien». A ce moment-là, j'ai vu des larmes dans vos yeux.
Marc Chagall
Ah oui, vous savez, vous me touchez. Je travaille. C'est presque banal à dire, pour qui on travaille. Mais quelque part, instinctivement, je sens que je travaille pour ces gens, pour des gens simples, pour des gens d'amour, pour vous, pour le millier des autres qui peut-être me voient en ce moment.
Journaliste
Et Yves Montand venu à Saint Paul de Vence en ami.
(Musique)