Incendie dramatique sur la Côte d'Azur

04 octobre 1970
07m 38s
Réf. 00235

Notice

Résumé :

Le massif du Tanneron, à la lisière des Alpes-Maritimes et du Var, est la proie des flammes. Bien qu'il ait épargné Mandelieu, le terrible incendie a provoqué la mort de plusieurs personnes, dont l'épouse et les quatre enfants de Martin Gray et un agent immobilier, Alain Bascoul. Des fermes ont été détruites en même temps qu'une grande partie du massif.

Date de diffusion :
04 octobre 1970
Source :
ORTF (Collection: JT 13H )

Éclairage

À intervalles réguliers, la Basse Provence connaît des années "noires" marquées par des incendies de forêts spectaculaires, faisant partir en cendres des dizaines de milliers d'hectares. Le phénomène n'est pas nouveau dans cette région qui est l'une des plus boisées de France, mais dont les massifs sont couverts d'une végétation souvent dégradée, la garrigue dans les parties calcaires, ou le maquis dans les Maures et l'Estérel. L'année 1970 fait partie de ces épisodes dramatiques où sècheresse et Mistral se conjuguent pour rendre les hommes impuissants devant le feu. Alors que plusieurs incendies ont fait des ravages durant l'été un peu partout, c'est au début de l'automne que le massif du Tanneron s'embrase. Le reportage est à l'évidence fait dans l'urgence alors que la situation n'est absolument pas maitrisée.

Situé à la lisière du Var et des Alpes-Maritimes, ce massif, qui prolonge l'Estérel au Nord, est connu pour être le principal lieu de production de mimosa d'Europe. La commune de Tanneron (Var) en est le centre. Elle est composée de hameaux dispersés et cette dispersion de l'habitat s'est accentuée avec les débuts de la prolifération de résidences principales ou secondaires en arrière de la Côte. L'incendie qui ravage le massif entre le 3 et le 6 octobre 1970 est le plus grave que le massif du Tanneron ait connu. Dans la seule commune de Tanneron, 5 000 ha de bois et plus d'une centaine de bâtiments, maisons, fermes ou dépendances, sont détruits, et surtout huit personnes trouvent la mort. Parmi les victimes, Dina Gray et ses quatre enfants, âgés de 10, 7, 6 et 2 ans, rattrapés par les flammes alors qu'ils cherchaient à fuir en voiture. L'incendie tue d'autres personnes, un agent immobilier lui aussi surpris par le feu dans sa voiture, un retraité qui était sorti de sa maison, une personne de Mandelieu terrassée par une crise cardiaque. Au même moment, trois sapeurs-pompiers succombaient eux aussi en combattant d'autres incendies près de Toulon et dans les Maures. Mais c'est le drame de Martin Gray qui retiendra, bien évidemment l'attention.

Polonais d'origine, Martin Gray est un rescapé du génocide des juifs, qui a perdu toute sa famille dans les camps d'extermination nazis. Il s'est établi avec son épouse à Tanneron, au Domaine des Barons, en 1960, après avoir fait fortune dans le commerce des objets anciens aux États-Unis. Le drame qui le frappe, le 3 octobre 1970, émeut toute la France et contribue à reconsidérer le problème des feux de forêt. Il est popularisé par un livre, signé avec l'historien Max Gallo, Au nom de tous les miens, où Gray fait le récit d'une partie de sa vie et relate les tragédies qu'il a traversées. Ce récit devient un best-seller international. Afin de contribuer à la lutte contre les incendies de forêts, Gray mettra sur pied la fondation Dina Gray dont la vocation sera écologique, visant à "la protection de l'Homme à travers son cadre de vie". Il fera aussi édifier, en 1989, à Tanneron une "Arche du futur", dont, localement, la construction sera contestée.

D'autres incendies affecteront encore le Tanneron par la suite. Entre juillet 1985 et août 1986, 70 % de la commune seront encore détruits. Un Mémorial sera inauguré le 31 juillet 1986 pour rappeler qu'un an auparavant, cinq sapeurs-pompiers varois y avaient trouvé la mort.

Bibliographie :

Martin Gray, Au nom de tous les miens, récit recueilli par Max Gallo, Paris, Robert Laffont, 1971.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Guy Claisse
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonjour. La situation reste sérieuse dans le Var et les Alpes Maritimes, un peu moins grave qu'hier, mais tout de même très préoccupante. En fait, le mistral était tombé la nuit dernière, les sauveteurs avaient réussi à circonscrire la plupart des incendies, Mais, pour qu'on puisse être certain de pouvoir les éteindre d'ici ce soir, il faudrait que le mistral ne se relève pas. Or, on craint précisément un retour du mistral. Et le bilan est lourd. Onze morts, dont une femme de quarante-trois ans et ses quatre enfants, âgés de dix à deux ans, surpris dans leur voiture alors qu'ils essayaient d'échapper aux flammes. Les trois zones les plus touchées ont été les pentes du mont Faron, près du Revest, au dessus de Toulon, les environs de La Garde-Freinet, au nord de Saint-Tropez, et plus à l'est le secteur du Tanneron, entre Grasse et Cannes. C'est dans cette dernière région, autour du Tanneron, que huit des victimes ont trouvé la mort. Jean-Pierre Lannes est sur place depuis quarante huit heures. Nous allons l'appeler, en direct de Nice, pour qu'il fasse le point avec nous, qu'il nous dise ce qu'il a vu au cours des dernières quarante huit heures. Jean-Pierre Lannes, où en est-on ce matin ?
Jean-Pierre Lannes
Oui, je vous écoute. Oui, ce matin, disons que dans l'ensemble, le feu en lui-même, la situation concernant le feu semble s'améliorer légèrement, bien que dans le Var il y ait quand même encore quinze foyers à combattre. Mais vous aviez raison, effectivement, je crois que le point le plus dramatique reste précisément l'endroit au dessus de Mandelieu, c'est-à-dire ce massif, le fameux massif du Tanneron, où là effectivement, on a eu à déplorer pratiquement le nombre le plus important de victimes. Je vous rappelle donc, une femme et quatre enfants, il y a un docteur dans une villa, une femme âgée et un homme également, toujours dans le Tanneron, qui a voulu quitter sa voiture pour échapper aux flammes et qui a été rattrapé par le feu. A Mandelieu même, dans la ville, pas de victimes. Mais croyez-le, nous en venons à l'instant, un spectacle désolant, car vraiment le feu pratiquement est rentré, enfin du moins a atteint la périphérie de Mandelieu, détruisant de très nombreuses villas. Alors tout de suite si vous voulez, le bilan fait, il y a quelques minutes maintenant, par le maire de la ville concernant la ville même de Mandelieu. Je pense qu'on peut maintenant essayer de faire le point, donc tout à fait, tout juste avant une heure. Vous avez, je crois, divisé votre secteur du Tanneron et de Mandelieu en différentes parties, et que peut-on dire maintenant, d'abord au point de vue des victimes ?
Emile Carbon
On peut dire que... Ah, des victimes, aucune victime, ce qui est un miracle.
Jean-Pierre Lannes
Aucune victime dans Mandelieu ?
Emile Carbon
Dans Mandelieu, aucune victime.
Jean-Pierre Lannes
Donc, les victimes sont dans le Tanneron, il y a cette femme et ses enfants d'une part, et d'autre part nous l'apprenons à l'instant, une autre victime. Dans une voiture également ?
Emile Carbon
Dans une voiture également. Enfin, il était dans la voiture, il a dû fuir, à 100 mètres de...
Jean-Pierre Lannes
Dans le Tanneron. Bien. Sur le plan maintenant des dégâts matériels, que pouvez-vous dire maintenant concernant Mandelieu ?
Emile Carbon
Le bilan vient d'être fait, nous avons dix-huit maisons entièrement détruites, trois aux trois-quarts détruites, cinq à moitié détruites et vingt-quatre un quart détruites.
Jean-Pierre Lannes
Oui, je vous disais, Guy Claisse, que effectivement, on a peu d'informations dans la façon dont cette femme et ses enfants ont péri dans le feu. Mais je crois qu'il faut savoir... Oui ?
Guy Claisse
Ce qui est frappant, c'est qu'on a l'impression que tous les gens qui sont morts dans ces incendies sont des gens qui essayaient de fuir les flammes, pas des gens qui sont restés dans leurs maisons.
Jean-Pierre Lannes
Exactement, parce que les maisons peuvent être protégées, mais je vous disais justement que le drame, c'est que cette région du Tanneron est, c'est un massif en quelque sorte, il y a des routes, des petites routes en lacet. Alors que se passe-t-il, eh ! bien, à partir du moment où on s'engage avec une voiture précisément dans cette route, on est totalement désorienté. Le feu saute d'un vallon à un autre, ce qui fait que à un détour, à un virage, on pense, et nous en avons fait un peu l'expérience, on pense échapper au feu, et on le retrouve à la sortie du virage ou deux virages plus loin. A ce moment que se passe-t-il, eh ! bien, c'est d'abord l'asphyxie et non le feu, on étouffe, et là on veut quitter la voiture, et à ce moment-là, bien entendu, très souvent on est rattrapé par les flammes. Ce n'est pas tout à fait le cas de cette femme de quarante ans et de ses enfants, mais c'est le cas de la dernière vicitme en date que nous connaissions, un homme à bord d'une 404 qui a eu ce sort. Mais si vous voulez, nous allons voir maintenant en images donc, les conséquences de ce drame et c'est un reportage d'Alain Giorgio, de Nice, bien sûr.
Alain Giorgio
Les mots sont impuissants à décrire une pareille catastrophe, a déclaré au Tanneron ce matin monsieur André Bord, secrétaire d'Etat à l'Intérieur. C'est dans cette voiture qu'on a retrouvé les corps de Madame Gray et de ses quatre enfants, qui ont péri carbonisés en voulant fuir les flammes, en se dirigeant vers Mandelieu.
Et c'est dans cette autre voiture, cette 404, que l'on a retrouvé le corps de monsieur Alain [incompris], agent immobilier, qui a lui aussi péri carbonisé.
Jean-Pierre Lannes
Je ne sais pas si nous pouvons avoir maintenant effectivement le témoignage de ces gens qui se sont battus toute la nuit pour éviter que leurs maisons ne prennent feu. Certains, j'en ai rencontré, sont blessés, même d'ailleurs beaucoup sont brûlés, légèrement brûlés il est vrai, mais malgré tout, ils sont légèrement atteints, et vous vous doutez de l'état dans lequel ils se trouvent maintenant et l'ambiance qui peut régner à Mandelieu. Je crois qu'on appelle, si vous permettez trente secondes, oui ? Bien, parfait. Très bien. Guy Claisse, si vous le voulez, nous attendons maintenant les images, nous avons fait bien sûr le plus vite possible, Et je crois qu'avant la fin de cette édition, nous pourrons nous retrouver. Pour l'instant, je pense que vous pouvez passer à d'autres informations, si vous le voulez bien.
Guy Claisse
Tout de même une question, est-ce qu'on a des indications sur les causes de ces incendies multiples, quinze ou vingt foyers, c'est tout de même énorme en cette saison.
Jean-Pierre Lannes
Ecoutez, pour l'instant, c'est très difficile parce que je vous assure que tous les services compétents sont uniquement axés sur la lutte contre l'incendie. Bien sûr, il y a des enquêtes, mais la gendarmerie elle-même d'ailleurs combat le feu, bien sûr il n'y a pas vraiment, on ne sait pas. On ne sait pas, on peut évidemment se poser la question pourquoi ces quinze ou vingt foyers, à des endroits bien sûr très éloignés les uns des autres, Enfin il y a quand même trois foyers principaux. Il y en a un près de Cannes, Cannes Mandelieu, il y en a un autre près à La Grade-Freinet, enfin dans le Var, et puis il y eu cet incendie de Toulon qui est maintenant éteint. Donc effectivement, on peut se demander pourquoi, mais je pense qu'il est encore un petit peu trop tôt, mais la question effectivement, Guy Claisse, reste posée.
Guy Claisse
Bien merci, Jean-Pierre Lannes, et dans la mesure du possible, donc rendez-vous en fin d'édition pour d'autres images de ces incendies sur la Côte d'Azur.