Accords franco-américains pour la lutte contre la drogue

26 février 1971
02m 49s
Réf. 00236

Notice

Résumé :

La coopération entre la police américaine et la police française pour lutter contre les trafiquants de drogue, active depuis un an et demi, donne de premiers résultats : depuis août 69, 675 trafiquants ont été arrêtés. 450 kilogrammes de morphine base ont été saisis au large de Port Saint Louis du Rhône. La marchandise avait été jetée à l'eau, attachée à une bouée.

Date de diffusion :
26 février 1971
Source :
ORTF (Collection: JT 20H )

Éclairage

Marseille, dans les années 1960-1970, est désignée comme la plaque tournante de la drogue à destination des États-Unis. La signature du protocole franco-américain, en février 1971, marque une date importante dans la lutte contre le trafic de drogue. Une coopération fructueuse des polices américaines et françaises, chargées des stupéfiants, est mise en place depuis août 1969 : 675 trafiquants ont déjà été arrêtés et une saisie spectaculaire vient d'être faite avec la découverte de 450 kg de morphine-base au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône. La technique de dissimulation employée par les trafiquants est expliquée par le commissaire Carré : la drogue, emballée dans des sachets plastiques étanches, est ensuite rangée dans des sacs de jute. La marchandise est reliée à un câble, puis jetée à la mer. Le câble tient entre deux eaux grâce à une bouée située à chaque extrémité ; il peut ensuite être récupéré à l'aide d'un grappin.

Ce succès, commun aux services français et américains, sera suivi, le 29 février 1972, par l'arraisonnage du Caprice des Temps, bateau chargé de 424 kg d'héroïne. Ce sera la plus importante prise réalisée.

Bibliographie :

Jacques Follorou, Vincent Nouzille, Les Parrains corses. Leur histoire, leurs réseaux, leurs protections, Paris, Fayard, 2004. 

Alain Jaubert, D... comme drogue, Paris, éditions Alain Moreau, 1974. 

Alfred W. Mc Coy, La politique de l'héroïne. L'implication de la CIA dans le trafic des drogues, Paris, éditions du Lézard, 1998.

Filmographie :

French Connection, William Friedkin, 1971.

French Connection 2, John Frankenheimer, 1975.

Marie-Françoise Attard

Transcription

Jean-Pierre Elkabbach
La coopération entre les polices françaises et américaines en matière de lutte contre les trafiquants de drogue n'est pas un fait nouveau. Elle existe depuis bientôt un an et demi, mais il faut l'organiser, mieux coordonner les activités des deux polices. C'est ainsi que huit agents du bureau américain des stupéfiants seront bientôt en France et que la police judiciaire française enverra deux représentants à New York.
Raymond Marcellin
La signature de ce protocole marque une date importante dans la lutte contre les trafiquants. Nous resserrons tous les jours davantage notre coopération entre la police des Etats-Unis et la police française. Et depuis le 8 août 1969, 675 trafiquants ont été arrêtés, et il y a encore deux jours, un très grand trafiquant vient d'être arrêté, et une saisie spectaculaire de morphine base a été faite. Quatre cent cinquante kilos, c'est là un grand succès qui a été remporté en commun et par la police américaine et par la police française.
Jean-Pierre Elkabbach
Monsieur Marcellin évoque là cette saisie de morphine base effectuée avant-hier soir au large de Port Saint-Louis du Rhône. Voici ces sacs de drogue. Revendus au détail, ils auraient rapporté un milliard ancien aux trafiquants. Monsieur Carré, le chef divisionnaire des services de douane de Marseille explique la technique employée par ces trafiquants.
Commissaire Carré
La drogue est emballée dans des sacs comme vous pouvez le voir, des sacs jute, à l'intérieur des sacs jute, il y a des emballages plastiques étanches. Cette marchandise est reliée à un câble et le tout est mis à la mer. Et pour tenir le câble entre deux eaux, pour permettre de le récupérer facilement, il y a à chaque extrémité du câble une bouée qui le tient en flottaison entre deux eaux. De telle sorte que pour la récupération de la marchandise, eh ! bien, il faut connaître l'endroit bien sûr. Et quand vous le connaissez, passer sur ce secteur avec un grappin qui traîne à la profondeur voulue, moyennant quoi vous accrochez le câble et vous remontez ce qu'il y a au bout.
Journaliste
Les membres du Narcotic Bureau disent souvent que Marseille est une place tournante, et que si beaucoup de jeunes Américains se droguent, c'est parce qu'il existe à Marseille et dans la région de nombreux laboratoires de transformation. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Commissaire Carré
On peut aussi renverser le problème, et dire que s'il existe des laboratoires de drogue dans la région marseillaise, c'est peut-être parce qu'il y a des clients pour acheter cette drogue aux Etats-Unis. Donc je crois que c'est une discussion byzantine qui ne conduirait pas à grand-chose. Je crois qu'en fait, ce qui est important, c'est de mesurer les atteintes que portent aux trafiquants de drogue les services français, qui se placent certainement parmi les tout premiers dans la lutte contre les stupéfiants, alors que nous savons très bien que la destination majeure est effectivement les Etats-Unis. Et aujourd'hui encore, vous voyez qu'indiscutablement, nous obtenons des résultats marquant dans ce domaine.