Le "casse du siècle" à Nice

20 juillet 1976
03m 33s
Réf. 00241

Notice

Résumé :

Des gangsters ont cambriolé en toute tranquillité 300 coffres de la Société Générale de Nice, en perçant un tunnel de huit mètres de long depuis les égouts de la ville pour arriver jusqu'à la salle des coffres. C'est le fric-frac du siècle.

Date de diffusion :
20 juillet 1976
Source :
TF1 (Collection: IT1 NUIT )

Éclairage

Le "casse du siècle" a lieu à Nice, avenue Jean Médecin, dans la salle des coffres de la Société Générale. Ce cambriolage suscite une panique parmi les clients de la banque, et un grand intérêt dans les médias. Profitant du long week-end du 14 juillet 1976, des truands ont forcé 317 coffres de la banque ; ils se sont emparés de plus de 5 milliards de centimes et de documents importants. L'opération a été minutieusement préparée, très à l'avance, par des hommes bien informés, notamment de l'absence d'alarme. Après avoir transporté leur matériel en bateau par les égouts, les voleurs ont percé une galerie de huit mètres de long depuis l'embouchure du Paillon jusqu'à la salle des coffres, où ils ont campé pendant deux jours et deux nuits : ils ont pris le temps de choisir les coffres, de souder la porte de l'intérieur et de laisser un message écrit : "ni armes, ni violence et sans haine". Tout prouve qu'il s'agit de professionnels : la qualité du matériel retrouvé, les techniques employées pour percer la galerie et le mur de béton, la ventilation du chantier. En octobre 1976, la police met la main sur vingt-deux "égoutiers" de la Société Générale, dont le " cerveau ", Albert Spaggiari, arrêté le 28 octobre.

Spaggiari, photographe de son état, très proche du maire de Nice Jacques Médecin, est connu pour ses idées néo-nazies ; parachutiste en Indochine, il a été condamné à plusieurs reprises pour hold-up et pour ses activités dans l'OAS. Ce gangster, présenté par les médias comme un héros, passe aux aveux, mais reste peu de temps sous les verrous. Interrogé sans menottes, il s'évade le 10 mars 1977 du Palais de Justice de Nice de façon spectaculaire : il saute par la fenêtre du bureau du juge d'instruction, tombe six mètres plus bas sur le toit d'une voiture et s'enfuit avec l'aide d'un complice.

Ces milliards volés auraient été destinés à une organisation d'extrême-droite, la "Catena" qui devait se charger de les répartir entre divers groupes fascistes d'Europe. Une partie du butin a été retrouvée par la police, mais l'essentiel a disparu. La longue cavale de Spaggiari, condamné par contumace à la prison à perpétuité, atteint d'un cancer, s'achève par son décès en juin 1989 dans le nord de l'Italie. Toute l'affaire est marquée par une chaîne de complicités, une forte médiatisation et une atmosphère de compromissions politiques.

Bibliographie :

Albert Spaggiari, Les Egouts du paradis, Paris, Albin Michel,1978, et Journal d'une truffe, Paris, Albin Michel, 1983. 

Christophe Hondelatte, Albert Spaggiari, le casse du siècle : Sans arme, ni haine, ni violence, Paris, Michel Lafont, 2007.

Filmographie :

José Giovanni, Les Egouts du paradis, 1979.

Jean-Paul Rouve, Sans Armes, ni haine, ni violence, 2008.

Marie-Françoise Attard

Transcription

Jean-Pierre Pernaut
On ne peut pas ne pas être étonné par l'audace, le sang-froid et la maîtrise des gangsters qui ont dévalisé ce week-end à Nice au moins trois cent coffre-forts de particuliers dans une banque. Un égout, un tunnel de 8 mètres de long, que les gangsters ont mis au moins trois semaines pour percer. Des chalumeaux, six hommes au moins qui tranquillement pendant quarante huit heures ont percé les trois cent coffres sans être dérangés. Et pour cause, il n'y avait aucun signal d'alarme dans la salle des coffres. Avant de partir, les cambrioleurs se sont même payé le luxe de souder de l'intérieur la porte de cette salle des coffres. Le fric-frac du siècle dit-on à Nice, où une véritable panique s'est emparée aujourd'hui des clients de la banque, le point sur cette affaire.
(Silence)
Journaliste
C'est lundi à 15 heures, après être parvenue à pénétrer dans la salle des coffres que la direction de la Société Générale a donné l'alerte. Une salle des coffres qu'il a fallu plusieurs heures pour atteindre, la porte ayant été soudée de l'intérieur. Trois cent seize coffres fracturées sur plusieurs milliers, des coffres cités dans huit immenses placards blindés, Six placards contenant des compartiments individuels, un placard contenant les espèces à la disposition de la banque, un placard contenant les recettes des grands magasins. C'est donc après avoir percé un tunnel de 8 mètres de long et 50 centimètres de diamètre depuis les égouts de la ville que le gang a atteint la salle des coffres. A l'intérieur des égouts et de la salle, un grand nombre d'ustensiles abandonnés. Outils, lampes électriques, sept bouteilles d'acétylène et sept bouteilles d'oxygène ainsi que des chalumeaux et plusieurs centaines de mètres de câbles électriques, déroulés à travers les galeries de l'égout et branchés Place Masséna, à six cent mètres de distance environ. Ca a demandé un travail énorme tout ça ?
Policier
Pour moi, je suppose qu'il y a assez longtemps. Le travail a dû être commencé au moins, oh ! oui, oh ! oui, oh ! oui,
Journaliste
Depuis combien de temps ?
Policier
Moi je pense, au moins plus d'une semaine.
Journaliste
C'est très étroit en bas pour travailler, non ?
Policier
Oui, le trou est de 50, il a fallu qu'ils travaillent couchés, et alors ce qui est particulièrement bizarre, c'est qu'ils aient pu faire du ciment. C'est qu'ils ont cimenté tout le tour. De la fosse. Au départ oui.
Journaliste
Et ce matin devant la Société Générale, c'était l'affolement.
(Bruits ambiants)
Journaliste
Nul ne pouvait pénétrer dans la banque aujourd'hui excepté bien sûr le personnel et les enquêteurs placés sous la direction du commissaire Besson qui nous explique comment l'alerte n'a pas été donnée plus tôt.
Commissaire Besson
L'alarme n'a pas été donnée pour la bonne raison qu'il n'y a pas de système d'alarme. Les services techniques de la direction de la banque n'ont pas estimé à instaurer un système d'alarme, eu égard au blindage extrêmement épais et à la sécurité qu'ils estimaient remarquable de leur salle des coffres.
Journaliste
Le contraire a été démontré finalement.
Commissaire Besson
Le contraire est évidemment démontré puisque il est prouvé par un proverbe français qu'à l'impossible, nul n'est tenu.
Jean-Pierre Pernaut
Il y a aussi le problème de l'indemnisation. En principe la banque est seule responsable vis-à-vis de ses clients. Il y a un contrat de confiance entre la banque et la clientèle, mais il faut bien sûr attendre l'enquête, les plaintes des clients, et pour cela il faudrait que la direction de la banque soit un petit peu plus bavarde avec les victimes.