Retour des loups dans le Parc National du Mercantour

09 mai 1994
02m 59s
Réf. 00247

Notice

Résumé :

Le retour des loups dans le parc du Mercantour est confirmé. Mais il divise la population entre ses défenseurs, les responsables du Parc, et les éleveurs qui lui sont radicalement hostiles.

Date de diffusion :
09 mai 1994
Source :
France 2 (Collection: MIDI 2 )

Éclairage

Disparu de France depuis le XIXe siècle, mais toujours présent dans la mémoire collective comme un symbole de danger, le loup fait sa réapparition en France à la fin du XXe siècle, de façon quelque peu inattendue. C'est en novembre 1992 que les premiers loups sont signalés dans le parc national du Mercantour. Cette présence est confirmée dans les mois qui suivent. Le débat oppose immédiatement deux camps, celui des protecteurs inconditionnels de la nature qui s'en réjouissent (ce sont souvent des citadins), et celui des éleveurs de moutons qui se désolent et se scandalisent. Ils sont appuyés par la Chambre d'agriculture des Alpes-Maritimes comme par une grande partie des habitants d'origine rurale.

Le parc national est au centre d'une querelle où la passion l'emporte généralement sur la raison. Les rumeurs prolifèrent et l'une des plus tenaces est celle qui voudrait que le parc soit responsable de la réintroduction du loup (afin de rétablir l'équilibre naturel et de réguler les populations de chamois, bouquetins et autres ongulés). La directrice du Parc, Marie-Odile Guth, devra démentir cette rumeur dans une déclaration publiée en octobre 1994. La thèse de la réintroduction évoluera par la suite en évoquant un lâcher de loups par des particuliers ou des fuites qui auraient pu se produire dans des parcs à loups en Italie. La querelle a pour enjeu l'application de la convention de Berne qui protège le loup en cas de migration naturelle, mais qui permet de l'abattre en cas d'introduction accidentelle ou volontaire. Excédés par les attaques et les pertes qui en résultent (deux cents bêtes en 1994), bergers et chasseurs sont favorables à des battues. En fait, tout indique que les loups sont venus d'Italie où, depuis 1976, une loi les protège. C'est à partir du parc national des Abruzzes, où ils s'étaient maintenus, qu'ils ont peu à peu reconquis les montagnes en remontant vers le Nord.

Depuis 1994, le loup n'a cessé d'étendre sa présence. Le Massif Central et les Pyrénées méditerranéennes commenceraient à être concernés. On compterait en 2008 en France cent cinquante bêtes, réparties en quatorze meutes. Le loup serait responsable de près de 1 000 attaques contre les troupeaux et de la mort d'environ 4 000 ovins depuis 1992. La commission d'information parlementaire, présidée par Robert Honde, député des Alpes-de-Haute-Provence et dont le rapporteur était Daniel Chevallier, député des Hautes-Alpes, concluera en 1999 à " l'incompatibilité du loup et du maintien du pastoralisme durable". Depuis, six loups présentant une réelle nuisance ont été abattus de manière légale. Les bergers ont dû s'adapter à la présence du loup, au prix de contraintes et d'investissements non négligeables en installations, chiens spécialisés et gardiennage. Certaines communes essayent de tirer un profit touristique de cette présence. Pour mieux faire connaître l'animal, un "Centre du loup" a été ouvert en 2001 à Saint-Martin-de-Vésubie. Mais le débat reste ouvert, et vif, entre les deux camps.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Daniel Bilalian
Le retour des loups en France, on en a vu dans l'arrière-pays niçois, plus précisément dans le parc national du Mercantour. Sans tenir compte des frontières, ils sont venus d'Italie, et face à cette réapparition, les responsables du parc national se réjouissent, car les loups avaient disparu de France depuis la fin du siècle dernier. En revanche, les éleveurs de moutons, eux sont furieux, ils accusent les loups de se servir régulièrement dans leurs troupeaux. Reportage Nicolas Winckler, Michel Levasseur.
Nicolas Winckler
A Saint-Martin de Vésubie, tout a commencé par une rumeur. Des histoires étranges d'agneaux égorgés et de gros méchants loups. Au coeur de l'automne 1992, la rumeur a fait comme le torrent, elle n'a cessé d'enfler, jusqu'au jour où l'homme qui avait vu l'homme qui avait vu le loup s'est retrouvé face à la bête. Aux dernières nouvelles, ils seraient entre six et dix. Des bêtes venues de l'Italie voisine et qui ont trouvé dans le parc du Mercantour ce qu'il fallait de calme et de gibier, pour décider d'y rester. Mais le seul problème, le seul problème, c'est que quand on est un loup, ce genre de petites bêtes, ça ressemble à un délicieux dessert. La famille Lauger possède six cent cinquante têtes de bétail, ah on va dire six cent cinquante et une. L'an dernier, les loups lui ont croqué une quinzaine de bêtes. Et son cas n'est pas isolé. Dans la vallée, la colère gronde, le prédateur nouveau est arrivé, ça ne fait pas que des heureux.
Daniel Lauger
Tout le monde est continuellement persécuté par les loups.
Francis Lauger
Les premiers bergers qui vont monter en montagne, cette année... Moi j'étais toujours, chauqe année, a vouloir monter le premier, mais cette année, je vais monter le dernier.
Nicolas Winckler
Le retour du loup dans le Mercantour fait pourtant le bonheur de certains. Pour le parc national, c'est en effet une réussite, de voir réapparaître dans la région un animal inoffensif pour l'homme qui avait disparu depuis la fin du siècle dernier.
Marie-Odile Guth
L'intérêt pour le ministère de l'environnement est total, dans la mesure où il a chargé le parc National du Mercantour de s'occuper du suivi scientifique de cette espèce. Je dirais que pour l'ensemble du monde scientifique, la présence du loup dans le parc national du Mercantour est un succès.
Nicolas Winckler
Ces derniers temps, les réunions entre les représentants du parc et les bergers ont tendance à être plutôt animées. Le loup étant une espèce protégée, tout le monde sait bien qu'il va falloir faire avec. Mais contenter à la fois les éleveurs et l'appétit du loup ressemble à la quadrature du cercle.
Jean-Marc Blanzy
Ces braves paysans, ces braves chamois, c'est à peu près la même chose quoi. On les gère. On a l'impression d'être gérés, d'être un peu des pions mais, mais pas des pions plus importants que les bêtes du parc.
Nicolas Winckler
Pour calmer les esprits, le parc national va engager d'importants moyens. Indemnisation des éleveurs, pose de compteurs électriques et achat de chiens de bergers. En attendant, les troupeaux continuent à nourrir les loups, et le parc, l'espoir de voir se calmer le gros méchant conflit.