L'île de Saint Honorat

29 juillet 1994
07m 14s
Réf. 00248

Notice

Résumé :

L'île de Saint Honorat, de l'archipel des Iles de Lérins face à Cannes, abrite une abbaye cistercienne. Le monastère comporte une tour fortifiée qui attire chaque année de nombreux touristes.

Type de média :
Date de diffusion :
29 juillet 1994

Éclairage

Le monastère de Lérins a été fondé au Ve siècle après J.-C. par Honorat (vers 350 ap J.-C. - vers 430 ap. J.-C). D'après la légende, il aurait été élevé dans une famille consulaire gallo-romaine marseillaise. Attiré par le monachisme, il aurait quitté Marseille pour la Grèce contre l'avis de son père, puis, de retour en Provence, aurait vécu comme un ermite dans la grotte de la Sainte-Baume, avant de décider, accompagné d'autres compagnons, de fonder un monastère sur une île encore sauvage de l'archipel de Lérins. Dès 427, d'après le moine Jean Cassien, le monastère de Lérins est le plus important de Provence. C'est alors qu'Honorat, qui le dirige, devient évêque d'Arles, laissant un monastère prospère et dont il a rédigé une première règle de vie. Honorat meurt vers 430. Au XIVe siècle, ses reliques seront transférées d'Arles au monastère. Le monastère est si important que la plupart des grands ecclésiastiques locaux vont passer par Lérins.

Les îles ont été durement touchées par les raids sarrasins. À la fin du Xe siècle, elles sont placées sous la direction de l'abbaye de Cluny qui domine alors le monde monastique. L'abbaye est fortifiée, et ce travail se poursuit jusqu'au XVe siècle en fonction des nécessités. À partir du XIIe siècle, elle devient un lieu de pèlerinage important. Placée sous la direction de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille en 1366, elle s'enrichit au fil des donations. Dans le même temps, elle attire les convoitises. Elle est pillée au XVIe siècle et Mazarin s'en empare au XVIIe siècle. Les moines étant partis en 1788, l'abbaye ayant été vendue comme bien national en 1792, il faut attendre 1869 et son rachat par l'évêque de Fréjus (dont elle dépend) pour voir les moines revenir sur l'île. Depuis, ils y observent la règle cistercienne : la journée commence à quatre heures par la première prière et s'achève à vingt heures par la dernière. La règle cistercienne valorise le travail : les moines effectuent des activités intellectuelles et matérielles comme le montre ce document. Le contraste est considérable entre la surpopulation estivale du littoral tout proche et la paix qui règne là. Saint-Honorat est relativement protégée par l'île plus proche du continent et plus vaste de Sainte-Marguerite. Mais pour combien de temps ? C'est la question que pose le reportage.

Bibliographie :

Bernard-Nicolas Aubertin, Histoire de l'Abbaye de Lérins, Bégrolles-en-Mauges, Abbaye de Bellefontaine, ARCCIS, 2005.

Maryline Crivello

Transcription

Georges Pernoud
Alors, on commence avec laquelle ?
Journaliste
On commence avec Saint-Honorat, qui est une île en face de Cannes, à trois kilomètres en face de la Côte d'Azur, vous pourriez presque y aller à la nage. Et donc c'est une île qui fait partie de l'archipel des îles de Lérins, il y a deux îles, il y a Sainte-Marguerite et Saint-Honorat. Et l'île de Saint-Honorat est habitée par des moines.
(Silence)
Journaliste
Quand on marche sur l'île de Saint-Honorat, dans les îles de Lérins, en face de Cannes, on tombe parfois sur des panneaux et des barrières en travers des chemins. Les moines cisterciens de l'abbaye de Lérins sont propriétaires de l'île. Quand les touristes débarquent, ils restent à l'intérieur de leurs murs, certains sont dans le monastère depuis soixante ans.
Frère Césaire
Vous entendrez des frères qui disent l'île, à cause de la mer donne un grand sentiment de liberté et d'autres qui vous diront que c'est un poids très lourd, le fait de vivre dans un si petit espace. On s'habitue et puis je crois qu'au contraire, c'est quelque chose qui nous forge, le fait de ne pas pouvoir nous en aller.
Frère Vladimir
Je ne crois pas qu'on ressente facilement un sentiment claustrophobe, Je dirais presque à l'inverse, tous les monastères vivent dans une clôture, une clôture matérialisée par la mer est beaucoup moins enfermante, beaucoup plus ouverte qu'une clôture manifestée par un grillage ou un mur. Donc à ce niveau-là, on se sent plutôt plus ouvert, plus au large que dans un monastère qui ne serait pas sur une île.
Journaliste
A l'intérieur, le frottement des sandales se mélange au son des cloches, et c'est tout ce que l'on entend.
(Silence)
Journaliste
De l'autre côté du mur, on tombe sur les touristes ou les estivants, arrivés par bateaux entiers pour visiter ou profiter de la plage. Les moines, alors, ne mettent pas le nez dehors et tentent de rester concentrés.
Frère Césaire
Quand il n'y a personne, l'île nous appartient, et quand il y a des gens, nous avons notre clôture. Et c'est vrai que, le matin et le soir, un novice, je le pousse même à faire une promenade pour se détendre, pour même du sport, etc, mais je ne dirai pas à un novice de sortir à deux heures et demie de l'après-midi. Parce qu'il reviendrait tendu.
(Musique)
Journaliste
Cinq fois par jour et dès quatre heures du matin, la messe rythme la journée des moines. Quarante-deux hommes ont ainsi voué leur vie à la prière et à Dieu, en abandonnant la vie de la ville. Même si parfois, au fond de leurs cellules, certains bruits les rattrapent.
Moine 1
On entend quelques voitures, le train... Ambulances... Il y a des bruits qui portent. Les motos à quatre heures du matin, quand on va à Vigiles.
(Musique)
Journaliste
Sur leur île, les cisterciens ne font pas que prier. Ils travaillent, cultivent de la lavande, ou distillent une liqueur dont la composition, tenue secrète, se transmet de moine en moine depuis longtemps. Qu'est-ce qu'on prépare ici, Emmanuel ?
Frère Emmanuel
On prépare les petits ingrédients. Ce sont les infusions qui donnent le goût à toute la liqueur. Et c'est pour enrichir le goût et ça donne une particularité à la liqueur.
Journaliste
Il y a combien d'ingrédients dans la liqueur ?
Frère Emmanuel
Quarante-quatre plantes et en plus des petits ingrédients, ça fait presque cinquante.
(Silence)
Journaliste
Mon frère, vous avez quel âge vous ?
Moine 2
Soixante-dix-huit ans aujourd'hui.
Journaliste
Aujourd'hui ?
Moine 1
Aujourd'hui.
Journaliste
Et vous continuez à travailler ?
Moine 2
Oui. On travaille tant qu'on a de la force.
(Silence)
Journaliste
Prier, travailler, c'est la vie des moines de Saint-Honorat, et c'est comme ça jusqu'à la mort. Frère Vladimir, depuis quinze sur l'île, n'en avait jamais fait le tour en bateau. Il est venu avec nous, pour voir.
Frère Vladimir
On ne reconnaît pas les lieux, on se demande si c'est bien là qu'on habite, et on se rend compte encore mieux combien on est face à la mer et face au grand large.
Journaliste
Au milieu de la Côte d'Azur et tout son cinéma, à Saint-Honorat, les années qui passent ressemblent aux années qui passent, et il n'y a pas de palmarès. De toute façon, les moines n'ont pas la télévision, et ne vont pas au cinéma.
(Musique)
Georges Pernoud
C'est beau en tout cas. Qu'est-ce qu'on sait de l'origine de Saint-Honorat, c'est un saint particulier ?
Journaliste
Moi je la connais. Ah, je sais que vous préférez les blagues mais je vais vous raconter une légende. Au IVe siècle, Honorat, qui était un petit gaulois, est venu s'installer sur l'île, en même temps que sa soeur Marguerite, s'installait sur l'île en face.
Georges Pernoud
Sainte Marguerite.
Journaliste
Voilà. Honorat s'est installé sur l'île pour y fonder un monsatère, mais sa soeur venait lui rendre visite trop souvent, et le perturbait dans ses prières. Donc il lui a demandé de venir une fois par an, seulement, lui rendre visite, au moment où les cerisiers seraient en fleurs. Elle a fait un voeu de toutes ses forces, et c'est depuis ce voeu que dans la région, au IVe siècle, les cerisiers fleurissaient une fois par mois, afin que la soeur puisse aller voir son frère une fois par mois. Joli quand même, non ?
Georges Pernoud
Très belle histoire.
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