Vers la création du Parc naturel régional du Verdon

01 avril 1995
02m 10s
Réf. 00249

Notice

Résumé :

Le ministère de l'environnement vient de donner son accord pour la création du Parc Naturel Régional du Verdon. L'objectif est de préserver le patrimoine régional mais aussi d'assurer un certain développement économique, notamment par le tourisme.

Date de diffusion :
01 avril 1995
Source :
France 2 (Collection: JA2 20H )

Éclairage

Le Parc naturel régional du Verdon paraît enfin sortir de l'ornière dans lequel son projet était englué depuis plusieurs années. En réalité, il reste des points à régler et sa création devra attendre deux ans de plus.

L'idée de protéger le Verdon n'est pas récente. Le Grand canyon a été classé en 1951. Mais les défenseurs de la nature prêchent longtemps dans le désert. La mise en place du camp militaire de Canjuers, la construction du barrage de Sainte-Croix et les projets de barrage en amont des gorges ont accéléré la prise de conscience, mais sans désamorcer les oppositions, notamment locales, à toute limitation des libertés d'usage de ce territoire. C'est pourquoi l'extension du classement à l'ensemble formé par les gorges a abouti seulement en 1990. L'idée de créer un PNR Verdon a alors pris forme, mais elle achoppait sur la délimitation de l'aire qui devait être concernée. La région, représentée par Serge Menicucci, souhaitait n'y inclure que les communes directement concernées par le Verdon et ses affluents (soit 48 communes), tandis que le Syndicat mixte des pays du Verdon dont l'animateur était, depuis 1975, le sénateur Maurice Janetti, maire de Saint-Julien-le-Montagnier (Var) plaidait pour y maintenir le canton de Barjols et les communes du canton de Rians qui en étaient exclus (soit 63 communes). Le désaccord n'était pas sans arrière-plan politique puisque le sénateur était PS tandis que la région, alors dirigée par la droite, voyait l'occasion de contrôler ce territoire. C'est pourquoi le Syndicat avait réagi en 1988 en organisant les Assises du Verdon. La gestation du projet s'était donc éternisée sur ce fond de rivalité, mais aussi sur fond de divergences entre "protecteurs" de l'environnement et "aménageurs" soucieux de développer le tourisme, ainsi qu'entre chasseurs et écologistes.

La position du maire de La Roque-Esclapon, qui refusait le projet, est significative de la peur des chasseurs de se voir interdire leur activité. On en était en 1995 au troisième projet de charte, les deux précédents ayant été amendés. Mais on pouvait se croire tiré d'affaire. Pourtant, un mois après, Michel Barnier, alors ministre de l'Environnement, refusera le texte de la charte en considérant, notamment, qu'il repose sur un inventaire insuffisant des diverses richesses du territoire et qu'il ignore trop le tissu associatif. Il faudra attendre le 3 mars 1997 pour que la création du parc soit publiée au Journal officiel avec 45 communes (25 dans les Alpes-de-Haute-Provence et 20 dans le Var, soit 190 000 ha et aux environs de 20 000 habitants). Mais le Conseil national de protection de la nature, trouvant que la nouvelle charte donne encore trop peu de garanties en matière de sauvegarde du patrimoine, proposera de ne pas accorder l'agrément ministériel pour dix ans (comme pour les autres PNR), mais pour sept ans seulement...

D'autres soubresauts se produiront très vite avec en particulier le projet EDF de ligne à haute tension Boutre-Carros qui, pour faire face aux besoins des Alpes-Maritimes, touchait le parc et qui alimentera la chronique jusqu'à son annulation en 2006. Chasseurs et écologistes continueront de critiquer, pour des raisons divergentes, les objectifs du PNR. Dix ans après sa création, le parc, qui ne compte plus que 46 communes (27 pour les Alpes-de-Haute-Provence et 19 dans le Var), est assuré de son avenir. Une nouvelle charte a été validée, qui court jusqu'en 2020.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Bruno Masure
Environnement toujours. Le ministère concerné vient de donner son feu vert pour la création du Parc Naturel Régional du Verdon, au nord-est de Marseille. Certes, il reste encore quelques formalités administratives à régler avant que le décret ne soit publié au Journal Officiel, mais c'est la toute dernière ligne droite d'un projet qui a mis plus de 4 ans à aboutir. Reportage, Sandra Smit, Didier Beaumont.
Sandra Smit
Devenir un parc naturel régional, c'est un voeu exaucé pour 43 communes du Verdon, comme celle de Moustiers-Sainte-Marie. Le futur parc couvre 200 mille hectares, à cheval sur les départements du Var et des Alpes de Haute Provence. Les communes de cet écrin naturel ont pris des engagements dans une charte.
Serge Menicucci
Sur 10 ans, les élus vont s'engager de façon volontaire sur un programme d'action pour assurer un bon équilibre entre développement économique et protection des patrimoines.
Sandra Smit
Aider à conserver l'identité des villages du Verdon, c'est l'un des enjeux du parc. Mais le Verdon doit aussi mieux gérer son tourisme et créer de nouveaux lieux d'accueil en réhabilitant, par exemple, des bastides abandonnées. Des projets qui n'ont pas séduit toutes les communes. Sur 48, 5 ont dit non, c'est le cas de La Roque-Esclapon dans le Var, les irréductibles ne veulent pas appartenir à une réserve.
Joël Rebuffel
Pour moi, il me semble que le mot parc, ça veut dire quelque chose de, d'enfermer, ça veut dire que cette zone ne serait plus, et aurait plus les libertés qu'elle pouvait avoir comme par le passé.
Sandra Smit
Mais il fallait bien protéger ce site exceptionnel des Gorges du Verdon, le véritable coeur du futur parc régional. Cette zone était déjà classée depuis 1990, mais pour Roger Verdegen, un guide tombé amoureux de cette région en 1968, la nature a déjà pris des coups.
Roger Verdegen
Qu'est-ce qu'il nous reste ? Il reste quelques éléments, il faudra faire la part de ce qui revient aux hommes pour se promener puis de ce qui reste à la nature et aux animaux qu'il y avait avant.
Sandra Smit
Avec 5 lacs artificiels, le Verdon a déjà été domestiqué par l'homme, il trouvera peut-être un nouveau souffle avec un nouveau nom, celui de parc naturel régional
Bruno Masure
A l'occasion de la semaine de sensibilisation au problème du SIDA, je.....