La fusion du Provençal et du Méridional

03 juin 1997
02m 12s
Réf. 00258

Notice

Résumé :

À Marseille, les quotidiens Le Provençal et Le Méridional vont fusionner pour donner naissance à La Provence. Cette fusion marque la fin d'une époque, celle de la rivalité ardente entre les deux titres, ce que rappelle une interview de Gabriel Domenech, journaliste "historique", un des piliers du Méridional et de la droite marseillaise, datant de 1977. Les temps ont changé expliquent les journalistes Hervé Vaudoit, qui représente la nouvelle génération, et Jean-Michel Gardanne, tandis que le directeur du nouveau journal, Jean-Pierre Millet, se veut rassurant et assure que la fusion ne veut pas dire contraction du personnel, mais renforcement.

Date de diffusion :
03 juin 1997
Source :
France 3 (Collection: SOIR 3 )

Éclairage

Le 3 juin 1997 les deux grands quotidiens provençaux, Le Provençal et Le Méridional, aux orientations politiques totalement différentes, fusionnent. La disparition de ces deux titres, nés en 1944, constitue un tournant dans l'histoire de la presse provençale. La page ouverte à la Libération (elle est rappelée par la photographie de Gaston Defferre qui, avec ses camarades des Milices socialistes, a pris les locaux du Petit Provençal pour y créer Le Provençal le 23 août 1944) est en grande partie tournée, puisque ne subsiste des journaux nés alors que le quotidien créé par le Parti communiste, La Marseillaise. Le tournant est d'autant plus fort que les deux quotidiens incarnaient l'un, Le Provençal, la gauche socialiste provençale, et l'autre, Le Méridional, la droite dans tout son éventail jusqu'à son aile extrême. L'objectif de cette fusion est purement économique : accroître la diffusion du nouveau quotidien, qui s'appellera La Provence.

Cette fusion est l'aboutissement d'un processus commencé en 1971 avec le rachat du Méridional par Gaston Defferre (voir Grève au "Méridional" pour protester contre son rachat par "Le Provençal"), mais celui-ci lui avait laissé son indépendance éditoriale. Un an après sa mort, le 3 juillet 1987, le groupe de presse Le Provençal est entré dans le giron du puissant ensemble médiatique formé par l'industriel Jean-Luc Lagardère autour de la société Hachette (voir Rachat du "Provençal" par le groupe Hachette Lagardère). En rachetant Le Provençal, Jean-Luc Lagardère s'était engagé à développer le rayonnement du groupe et à diversifier ses activités. Le groupe Hachette Lagardère s'est engagé à respecter la ligne rédactionnelle des deux quotidiens pendant dix ans. Il a dépêché pour prendre les rédactions en main des journalistes notoirement connus, de sensibilité différente, Ivan Levaï pour Le Provençal et Michel Bassi, ancien porte parole de Valéry Giscard d'Estaing, pour Le Méridional. Sous leur impulsion, une certaine inflexion a eu bel et bien lieu vers un recentrage, le premier apportant son soutien à Robert Vigouroux et Bernard Tapie (plutôt qu'au PS) et le second s'éloignant du Front national sur les positions duquel Gabriel Domenech, qui en avait le député en 1986, l'avait conduit.

Dans un contexte médiatique renouvelé, l'érosion de la diffusion payante des deux quotidiens, tombée à 137 000 pour Le Provençal et 58 000 pour Le Méridional, sert de prétexte, exactement au terme des dix ans d'engagement, pour les fusionner et donner naissance le 4 juin 1997 à La Provence.

Jean-Pierre Millet, patron du nouveau journal (qui vient des NMPP contrôlées par Hachette), écrit dans un article de La Provence, diffusé le jour du lancement du quotidien, que ce journal "n'est pas simplement né de la fusion du Provençal et du Méridional, mais du rapprochement de deux équipes de journalistes venus d'horizons différents qui ont choisi de se rassembler autour d'un projet éditorial ambitieux." L'objectif de ce nouveau quotidien d'information est de s'inscrire dans la vie régionale et de participer à son développement, en gardant une certaine neutralité politique. La maquette veut en témoigner en associant dans les couleurs du bandeau un bleu lavande qui rappelle celui du Méridional et un rouge qui renvoie au Provençal. En témoignent aussi les nouvelles collaborations éditoriales, avec Albert du Roy, classé plutôt à gauche et Henri Amouroux, qui se situe à droite. Pourtant, cette fusion soulève l'inquiétude d'une partie du personnel politique et des journalistes du Provençal, puisque c'est son rédacteur en chef, Laurent Gilardino, un "gaudiniste", qui devient directeur de la rédaction de La Provence. Par ailleurs, contrairement à ce qu'affirme le PDG, cette restructuration fera passer les effectifs de 225 à 180 personnes Cette fusion est, en fait, une première atteinte à la pluralité de la presse régionale, qui allait s'affaiblir encore avec la prise de contrôle du quotidien Nice Matin, hégémonique dans les Alpes-Maritimes, par le groupe Hachette Filipacchi en février 1998 (voir Le quotidien "Nice Matin" passe dans le giron du groupe Lagardère Filipacchi Hachette). Depuis le 13 août 2007, Lagardère a vendu ces titres au groupe Hersant pour 160 millions d'euros, le groupe Hersant pour 160 millions d'euros, le groupe Hersant dominant déjà une partie de la presse parisienne et régionale.

Bibliographie:

Constant Vautravers, Mon journal est mort avant moi, Marseille, J.C. Abou Éditions, 1998.

Pierre Albert, La presse française, la documentation française, Paris, 2008.

Site internet :

Groupe Lagardère, date de consultation: 24 Octobre 2008.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Henri Sannier
Evènement ce soir dans le monde de la presse, Le Provençal et Le Méridional viennent de fusionner, ils donnent naissance à La Provence, un journal qui sera dans les kiosques dès demain matin. Reportage à Marseille de Zinedine Boudaoud et Christian Gaudin pour les images.
Zinedine Boudaoud
Jusqu'au dernier instant, le secret est bien gardé. Ici, une page de l'histoire marseillaise se tourne. La cloison qui séparait 2 rédactions est tombée, on fignole les derniers détails, dernières réflexions, ultime coup de peinture avant la naissance d'un nouveau journal. Le Provençal et Le Méridional fusionnent.
Jean-Pierre Millet
Quand on dit fusion, le plus souvent c'est pour dire : restructuration ou bien économie, donc c'est pas ça la démarche première, hein.
Commentateur
C'est de rassembler une équipe, plus abondante d'ailleurs, pour faire ce journal que nous souhaitons meilleur.
Zinedine Boudaoud
La légende raconte que Gaston Defferre s'est emparé les armes à la main du Petit Provençal, journal de collabo. Le Provençal est né en août 44 à la libération. Demain, le journal des patriotes socialistes va se fondre à un autre quotidien du groupe fondé par Defferre, Le Méridional, dont la ligne éditoriale a longtemps été aux antipodes.
Gabriel Domenech
Nos deux rédactions sont absolument séparées, et puis il suffit de lire d'ailleurs pour voir qu'il n'a rien de commun avec Le Provençal sur le plan de la politique qu'il représente dans cette région.
Zinedine Boudaoud
Inimaginable il y a 20 ans, les deux rédactions ne font plus qu'une ce soir, sans que cela crée semble-t-il d'antagonisme.
Hervé Vaudoit
Les gens qui composent aujourd'hui cette rédaction sont pour la plupart des gens de, de ma génération ou de la génération un peu au-dessus et que, ils n'ont pas réellement d'état d'âme par rapport à l'histoire des deux journaux.
Jean-Michel Gardanne
Il n'y a pas d'un côté des combattants, de l'autre côté des guerriers, euh, il y a surtout je crois des journalistes de part et d'autre. Oh il y a eu par le passé surtout des éditorialistes qui eux faisaient l'image de, des journaux, et également les patrons de ces journaux qui pesaient très fortement sur leur identité.
Zinedine Boudaoud
Dans la cité phocéenne la disparition des deux titres très engagés politiquement fait jaser. Le Provençal avait accompagné la conquête de Marseille par Gaston Defferre ; le fondateur du Méridional avait été lui élu député Front National. Aujourd'hui la logique économique chère au groupe Hachette s'impose, avec l'espoir de voir enfin le chiffre des ventes remonter en flèche.
Henri Sannier
Voilà tout ce que l'on peut dire...