Défaite de Jean-Marie Le Chevallier aux élections municipales de Toulon

12 mars 2001
02m 25s
Réf. 00265

Notice

Résumé :

À l'issue du premier tour des élections municipales à Toulon, la liste de Jean-Marie Le Chevallier, maire sortant, est éliminée. C'est la liste de droite (Démocratie libérale), conduite par Hubert Falco, qui arrive en tête devant celle de la gauche, emmenée par la députée socialiste Odette Casanova. Triste soirée électorale chez le perdant, qui met sa défaite sur le compte de la zizanie dans son camp. Hubert Falco sort, lui, de l'Hôtel du Conseil général détendu, et explique la défaite de Jean-Marie Le Chevallier par la déception que son équipe a suscitée. Odette Casanova entend mobiliser les électeurs pour le deuxième tour.

Date de diffusion :
12 mars 2001
Source :

Éclairage

Toulon était bien évidemment une ville-test. Avec ses quelque 160 000 habitants, c'était la principale des villes conquises par une majorité FN en 1995 et ce, grâce à une triangulaire qui avait opposé la liste du maire PR sortant et la liste d'union de la gauche. La municipalité élue, dirigée par Jean-Marie Le Chevallier, était affaiblie par une gestion médiocre et dispendieuse, ainsi que par diverses "affaires" qui avaient émaillé sa mandature, de la mort dans des conditions troubles de son bras droit Jean-Claude Poulet-Dachary à la mise en cause de son épouse, conseillère municipale, dans la gestion de l'association municipale chargée d'encadrer la "jeunesse toulonnaise", en passant par l'inculpation de certains de ses co-équipiers, qui pour détention d'armes, qui pour harcèlement sexuel, etc. La mandature FN avait aggravé la crise d'une ville très endettée et qui perdait de la population. La majorité s'était fractionnée et Jean-Marie Le Chevallier qui avait quitté le FN en 1999 rencontrait l'opposition des fidèles de Jean-Marie Le Pen, après avoir connu un relatif succès entre 1995 et 1997 (il avait été alors un moment le seul député FN, avant que son élection ne soit annulée par le Conseil Constitutionnel). Il savait qu'il serait battu.

Pour reprendre Toulon, la droite avait délégué celui qui était devenu son chef de file dans le Var, Hubert Falco, président du Conseil général (qui avait succédé à Maurice Arreckx), parlementaire depuis 1988, maire de la bourgade semi-rurale de Pignans (2 600 habitants) depuis 1983, personnalité lisse, modeste, plutôt sympathique, mais un peu falote en apparence et assez gauche (et le reportage paraît bien le présenter ainsi). Cependant, il était parvenu à s'imposer et apparaissait à Toulon comme un homme "neuf" et un "Monsieur propre". Son principal adversaire ne se situait pas tellement dans une gauche minoritaire, bien qu'unie derrière la conseillère régionale socialiste Odette Casanova qui avait été élue députée en 1998 contre Cendrine Le Chevallier, mais sur sa droite. Les bons résultats du RPF (Rassemblement pour la France), la formation "souverainiste" de Charles Pasqua, aux élections européennes de 1999 (20,72 %) avaient conduit Jean-Charles Marchiani, dont son mentor avait fait un préfet du Var en 1995, à constituer sa propre liste. Il espérait bien rassembler les déçus de Le Chevallier et les électeurs de la droite classique, ainsi que des voix venant de diverses " communautés " de la ville, à commencer par celle des Corses. Le 1er tour des élections balaie Jean-Marie Le Chevallier, réduit à 7,78 % des suffrages, soit à peine mieux que les deux autres listes d'extrême droite (dont une FN), mais il réduit à peu les espoirs de Jean-Charles Marchiani (14,14). Hubert Falco est largement en tête avec 22 213 voix (38,98 %) devant Odette Casanova, qui en obtient 14 071 (24,69 %)

Au 2e tour, Hubert Falco, avec 68,73 % des suffrages, obtient un score que la droite n'a jamais atteint, tandis que la liste de gauche arrive loin derrière avec 31,27 % des voix. La ville de Toulon retourne donc dans le giron du PR et fait semblant d'oublier la parenthèse Le Chevallier.

Cette victoire consacre un homme à l'itinéraire politique surprenant, tant il paraissait avoir peu d'atouts pour le réaliser. Hubert Falco, issu d'une famille d'immigrés italiens, est représentatif de la nouvelle génération des élus de droite, pragmatiques, se voulant hommes ou femmes de terrain et proches des gens ordinaires, auxquels ils ressemblent, peu portés sur l'idéologie, sinon celle de la réussite individuelle. Il appartient aussi à cette catégorie dont le niveau d'études est modeste, souvent mue par un fort désir de reconnaissance, sinon de revanche, pour qui la politique est le moyen de l'ascension sociale et dont Christian Estrosi à droite ou Jean-Noël Guerini à gauche sont d'autres exemples. Maire de village depuis 1983, encore réélu en 1995 avec 82 % des voix, poussé par Maurice Arreckx et François Léotard (avant de s'en écarter), conseiller général et vice-président du Conseil général avant de le présider, député depuis 1988, sénateur en 1995, la victoire de Toulon en fait "l'homme fort" de la droite varoise et le propulse aux responsabilités les plus hautes. Il sera fait secrétaire d'État aux personnes âgées en 2002 dans le gouvernement Raffarin. Rallié à Nicolas Sarkozy, il est toujours en 2008 maire de Toulon, largement réélu, sénateur et secrétaire d'État à l'Aménagement du territoire.

Bibliographie :

Michel Samson, Le Front national aux affaires, Paris, Calmann-Lévy, 1997.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Claude Serillon
A Toulon en revanche, c'est la fin du Front National à la tête d'une mairie d'une ville de plus de 100 000 habitants. Le maire sortant, Jean-Marie Le Chevallier, n'obtient pas 8% et est donc éliminé. Voyez les résultats, c'est Hubert Falco de Démocratie Libérale qui l'emporte avec 38,10%, Odette Casanova, gauche plurielle, 24, 7, Jean-Charles Marchiani 14,2% et donc monsieur Le Chevallier, qui ne peut pas se représenter. A Toulon, reportage d'Olivier Galzi, Christophe Larocca.
Olivier Galzi
Il n'y avait guère que les journaux pour parler élections sur le marché de Toulon aujourd'hui. Monsieur s'il vous plaît, ça passionne pas les élections ?
Inconnu
Pour l'instant il n'y a pas de réaction.
Olivier Galzi
Personne n'en parle ?
Inconnu
Non. Honnêtement, il y a pas beaucoup de monde ce matin.
Olivier Galzi
Pas beaucoup de monde non plus à la permanence du maire sortant. Au lendemain de sa défaite, Jean-Marie Le Chevallier s'est fait discret.
Inconnu 2
Y'a personne, ça a pas ouvert. Il est pas venu, il a été déçu hein.
Olivier Galzi
Une déception qui hier soir se lisait au manque d'appétit chez les partisans du maire. Le couperet est tombé vers 23 heures. Avec 7, 7% des voix, Jean-Marie Le Chevallier doit se retirer dès le premier tour. Selon lui, il paie sa rupture avec le Front National.
Jean-Marie Le Chevallier
Nous avons connu la zizanie et il est évident que la division... «Division : piège à cons».
Olivier Galzi
Une division qui profite au candidat de la droite. Tout sourire ce matin, Hubert Falco arrive en tête avec près de 39% des suffrages, un résultat qui selon lui sanctionne la gestion du maire sortant.
Hubert Falco
Ils ont fait naître un espoir, ils n'ont pas tenu leurs promesses, les gens les ont naturellement lâchés.
Olivier Galzi
Quant à la gauche plurielle, elle n'a obtenu que 24,7% des suffrages, mais malgré ce faible score Odette Casanova repartait dès hier soir au combat.
Odette Casanova
J'appelle alors ceux et celles qui veulent que ça change à Toulon, qu'ils soient abstentionnistes ou qu'ils n'aient pas voté pour monsieur Falco de se rassembler derrière moi.
Olivier Galzi
La bataille du second tour sera donc celle des abstentionnistes. Ils représentaient hier près d'un électeur sur deux à Toulon. Et puis un autre enjeu de ce second tour, eh bien c'est le maintien ou le retrait de la liste RPF de Jean-Charles Marchiani. A l'heure à laquelle où je vous parle, il est en réunion avec son équipe dans un lieu qu'ils ont voulu secret. Ses co-listiers bien sûr souhaiteraient qu'ils se maintiennent, dans ce qui serait alors une triangulaire, réponse probable avant la fin de la soirée.