Dernier sommet France-Afrique pour Jacques Chirac.

16 février 2007
02m 17s
Réf. 00276

Notice

Résumé :

La fin du 24e sommet France-Afrique qui s'est tenu à Cannes, a été marquée par la signature d'un accord entre dirigeants soudanais, tchadiens et centrafricains sur le Darfour. C'était la dernière réunion de ce type pour Jacques Chirac, qui ne se représentera plus à la présidence de la République.

Date de diffusion :
16 février 2007
Source :

Éclairage

La 24e conférence des chefs d'État d'Afrique et de France qui se tient à Cannes, au Palais des festivals et des congrès, les 15 et 16 février, est une illustration de la place que tient la région Provence-Alpes-Côte d'Azur dans l'organisation de réunions internationales de haut niveau. Quelques années auparavant, c'était à Nice, le 26 février 2001, que les gouvernants de l'Union Européenne avaient signé un traité qui cherchait à adapter le fonctionnement des institutions communautaires à l'élargissement à 27.

Le sommet France-Afrique 2007 revêt un tour particulier puisqu'il est le dernier auquel Jacques Chirac doit participer, puisque, même s'il s'en défend, tout indique qu'il ne se représentera pas à l'élection présidentielle qui doit avoir lieu en mai. Ce sont donc les adieux de "Chirac l'Africain" et peut-être un tournant dans les relations entre la France et un continent où son attitude a souvent été taxée de néo-colonialiste ou de paternaliste. Jacques Chirac, dont la réputation est d'être très attaché à l'Afrique, a soutenu, comme ses prédécesseurs, des chefs d'État au comportement autocratique, comme le général Eyadema au Togo ou l'inamovible Omar Bongo du Gabon. Il n'a pas rompu avec les réseaux et les pratiques de ce que ses détracteurs appellent la "Françafrique". Dans ce qui ressemble à une "testament" politique, chargé d'empathie vis-à-vis du continent, il vante les mérites des rapports d'exception que la France entretient avec lui, mais développe longuement l'idée qu'il faut désormais passer à un autre stade, celui du partenariat. Cette insistance contribue à donner le sentiment qu'une page était - peut-être - en train de se tourner, d'autant que, pour la première fois, était invitée à une telle réunion la présidence de l'Union Européenne en la personne de la chancelière allemande, Angela Merkel.

Le sommet avait été précédé d'un Forum, intitulé "Afrique Avenir", qui s'était tenu à Paris la veille avec des Africains symbolisant divers domaines de réussite. Les conclusions du Forum ont été lues à Cannes par l'académicien français Érik Orsenna, connu pour ses sympathies socialistes et qui venait de publier Voyage au pays du coton (Paris, Fayard, 2006), et la journaliste Christiane Kelly. Les débats du sommet avaient porté sur trois thèmes, la gestion des matières premières, la place et le rôle de l'Afrique dans le monde et les risques de fracture entre le continent et la nouvelle société de l'information. Les conclusions de ces débats ont été celles que l'on pouvait attendre : la gestion des matières premières devait être durable, la place de l'Afrique, renforcée, et les risques de fracture, comblés.

Rassemblant 49 délégations, avec des représentants des principales institutions internationales (ONU, UE, Union africaine, Organisation internationale de la francophonie), la réunion n'était pas sortie du rituel propre à ce type de "grand messe". Peu de dictateurs manquaient d'ailleurs à l'appel, comme on le voit sur le reportage. Jacques Chirac avait même réussi à faire signer un accord de paix entre le président soudanais et ses voisins, tchadiens et centrafricains. Il fallait essayer de mettre fin à la tragédie du Darfour, qui battait alors son plein. La suite a montré ce que valaient les promesses des uns et des autres.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Béatrice Schönberg
La fin du sommet France-Afrique sur un bilan modeste. Dominé par le drame du Darfour au plan politique, c'est probablement une page qui se tourne et une nouvelle ère dans les relations avec le continent noir. Enfin, pour Chirac l'Africain, le dernier sommet de son quinquennat. Thierry Thuillier, Francis Forget.
Thierry Thuillier
Il a fallu beaucoup de persuasion à Jacques Chirac pour convaincre le Soudan et ses voisins de s'asseoir à la même table au sujet du Darfour. Mais hier soir, malgré la tension, un texte a été signé entre les présidents soudanais, tchadien et centre-africain. Avec le but affiché de stopper la contagion de la guerre du Darfour, au-delà de la frontière soudanaise, et d'empêcher les infiltrations de groupes rebelles. Un premier pas, selon Jacques Chirac.
Jacques Chirac
L'accord obtenu hier soir, sous l'égide de l'Union africaine, doit, nous l'espérons, permettre la reprise du dialogue entre le Tchad, le Centre-Afrique et le Soudan.
Thierry Thuillier
Cet accord ne règle pas la crise du Darfour. Le président soudanais, El-Bechir, très entouré, ce matin, a froidement rappelé son opposition à tout déploiement de troupes internationales à la frontière et dans le Darfour. Une mise en garde qui, officiellement, n'a pas gâché ce sommet, pendant lequel certains chefs d'Etat amis de Jacques Chirac y sont allés de leur hommage.
Amadou Toumani Touré
Vous avez su apporter à la relation africaine une touche personnelle, faite de chaleur humaine, de complicité et d'attention.
Thierry Thuillier
Mais pour Jacques Chirac, l'heure de la retraite n'a pas sonné.
Jacques Chirac
Vous me demandez si c'est mon dernier sommet. Je vous répond oui pour cette année.
Thierry Thuillier
Jacques Chirac n'a pas voulu que ce sommet marque ses adieux à l'Afrique. Il a quand même laissé un message pour l'avenir. La France devra tenir son rôle dans une Afrique convoitée, une France dont il sait pourtant qu'elle est en recul sur le continent noir.
Béatrice Schönberg
La guerre sanglante au Darfour qui s'étend au pays voisin, le Tchad, où commencent à sévir ces milices arabes du Soudan, les Janjawid qui violent et torturent. Seules encore sur le terrain sont présentes quelques organisations humanitaires, qui tentent de soigner les blessés chaque jour plus nombreux.