"Monsieur K" en visite à Marseille

06 avril 1960
47s
Réf. 00281

Notice

Résumé :

Au sixième jour de sa visite officielle en France, Nikita Khrouchtchev, accompagné de son épouse, est accueilli à Marseille après être passé par plusieurs villes de province, dont Nîmes et Arles. Sous la conduite de Gaston Defferre, le couple présidentiel a fait le tour du port en bateau, puis a visité l'école maternelle des Chartreux.

Date de diffusion :
06 avril 1960

Éclairage

Le voyage officiel de Nikita Khrouchtchev en France tient des relations publiques, tout autant que de la politique. À 66 ans, "M. K" règne sur l'URSS en tant que secrétaire général du Parti communiste d'Union soviétique et président du Conseil des Ministres, alors que son pays est en pleine rivalité avec les États-Unis pour la domination du monde. La Guerre froide n'est pas terminée et la rivalité entre les deux super-puissances s'exprime sur tous les plans, le plus spectaculaire étant alors celui de la conquête spatiale.

La France gaullienne est un partenaire sur lequel l'URSS espère pouvoir compter. En réalité ce voyage donnera peu de résultats, car, si le général de Gaulle fait preuve d'une grande volonté d'indépendance vis-à-vis des États-unis, il n'est pas dupe des intentions soviétiques. Mais le but de Khrouchtchev est aussi de soigner sa popularité auprès de l'opinion. Il consacre une bonne partie de ses dix jours de voyage à la province. Marseille fait partie de son circuit, en dépit de Gaston Defferre qui devait se rendre au Japon. Le 24 mars 1960, la ville est en état de siège, mais le séjour relève du tourisme : tour du port, visite à la Comex, réception à l'hôtel de ville et à la préfecture, repas au Vallon-des-Auffes, etc. L'imprévisible "M. K" se montre très enjoué, soucieux de séduire. Le personnage est plutôt populaire, comme en témoigne la foule qui se presse. Cette popularité va au-delà des communistes et de leurs sympathisants, même si c'est là que l'on trouve ses admirateurs les plus fervents. Son épouse, dont l'allure est celle d'une grand-mère affable, contribue à humaniser le personnage et sa présence à ses côtés lors de ce voyage relève aussi de la communication. L'apparente bonhomie de celui que l'on présente volontiers comme un paysan, la déstalinisation dont on lui fait crédit font oublier l'apparatchik qu'il est resté et le commissaire politique stalinien qu'il a été. Avec son apparente spontanéité, "M. K" est médiatique et il en joue. Le geste qu'il fera, quelques mois après, le 12 octobre 1960, à New York, en pleine séance de l'assemblée générale de l'ONU (il se déchausse et tape avec sa chaussure pour manifester sa colère contre les propos qui viennent d'être tenus à la tribune), en apportera la preuve.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
Journaliste
Après Bordeaux, Pau, Nîmes et Arles, monsieur Khrouchtchev a commencé sa 6ème journée française à Marseille, 5ème ville étape de son tour de France.
(Musique)
Journaliste
De Marseille, qu'aura retenu le président du conseil soviétique ? La vision d'un grand port, d'abord, où le promenait durant 3/4 d'heure un dragueur de la marine nationale.
(Musique)
Journaliste
Mais aussi, sans doute, l'image attendrissante des petits élèves de la maternelle de la Chave. Chef de 212 millions de Soviétiques, monsieur Khrouchtchev est aussi grand-père.
(Musique)
Journaliste
Grand-père, il l'est redevenu un instant...