Lancement du Godavery à Port de Bouc [Muet]

25 décembre 1954
03m 17s
Réf. 00295

Notice

Résumé :

Lancement du Godavery au chantier naval de Port de Bouc, pour le compte des Messageries Maritimes. Ouvriers et notables sont réunis pour la bénédiction religieuse du bateau.

Type de média :
Date de diffusion :
25 décembre 1954
Source :

Éclairage

Le reportage rend bien compte du caractère spectaculaire d'un évènement qui marquera régulièrement la vie de la cité, du moins jusqu'à la fermeture des chantiers en 1966.

Le chantier de construction navale de Port-de-Bouc a été le dernier grand chantier édifié en France. À l'origine de la société des Chantiers et Ateliers de Provence (CAP), créée en 1899, se trouvait Alfred Fraissinet, héritier d'une vieille famille d'armateurs de Marseille, directeur de la Compagnie française de navigation appelée plus communément la Compagnie Fraissinet. Ayant réuni autour de lui les grands noms de la banque et du négoce marseillais, il reçut le soutien du député Jules Charles-Roux qui obtint de l'État le financement des travaux du dragage de la rade de Port-de-Bouc et de la passe du canal de Caronte, c'est-à-dire des espaces reliant le chantier à la mer.

Dès 1900, les chantiers employaient près de 1 100 personnes, alors que la commune ne comptait que 1 400 habitants deux ans auparavant. Aussi, Port-de-Bouc devint un exemple de "ville usine", structurée autour de son entreprise. Les chantiers navals ont imprégné la cité de leurs références culturelles, sociales et politiques. Ce processus d'identification est d'autant plus fort que la nature même de la fabrication - le bateau - rejaillit sur tout l'environnement, qu'il s'agisse des bruits qu'elle engendre - bruits des frappeurs, des façonneurs, des riveurs, des ponts roulants -, que du paysage qu'elle crée. Le travail n'est plus confiné dans l'espace usinier, mais devient un acte public, visible par tous. La masse des navires en construction dépasse rapidement les murs d'enceinte de l'entreprise. À cela s'ajoute le lancement des bateaux qui, pour le plus grand nombre, est vécu comme un spectacle dont la mise en scène est rendue possible par la configuration du site. C'est le spectacle de la masse de fer qui pénètre la mer dans un bruit assourdissant, c'est la vague qui vient s'écraser le long des quais. Mais le lancement est aussi une fête qui rassemble l'ensemble de la cité, jusqu'aux enfants des écoles qui viennent assister à l'évènement, accompagnés de leurs instituteurs. Pour les garçons surtout, il est chargé d'une valeur initiatique d'autant plus forte que, jusqu'aux années 1960, ceux-ci aspirent à reprendre le métier de leur père et à "rentrer aux chantiers".

Le lancement du Godavery est significatif de toute une époque, celle de la reprise de l'activité, dans la période de la reconstruction et des Trente Glorieuses. C'est le premier d'une série de 10 cargos-vraquiers, dits "8300 tonnes", destinés à remplacer les liberty-ships. Ce cargo de 149 mètres de long et de 6 936 tonneaux de jauge brute, construit pour les Messageries Maritimes, sera affecté à la ligne Dunkerque-Afrique du Sud jusqu'à sa vente en décembre 1976. Il naviguera encore six ans avant sa démolition à Bombay en 1982.

Bibliographie :

Jean Domenichino, Une Ville en Chantiers. La construction navale à Port-de-Bouc. 1900-1966. Aix-en-Provence, Edisud, 1989.

Jean Domenichino