Marcel Pagnol Président du festival de Cannes

30 avril 1955
05m 32s
Réf. 00297

Notice

Résumé :

Reportage sur le séjour azuréen de Marcel Pagnol, depuis l'Académie de Monaco jusqu'au Festival de Cannes, dont il est préside cette année le jury, suivi d'un panorama des vedettes de ce Festival 1955.

Type de média :
Date de diffusion :
30 avril 1955
Source :

Éclairage

Dans un style hagiographique typique de l'époque (le reportage date de 1955), le journaliste Constant Vautravers nous décrit par le menu une journée affairée de Marcel Pagnol, président du Festival de Cannes en 1955. On le suit d'abord le matin à Monaco, où Pagnol siège à l'Académie aux côtés de Georges Duhamel et du prince de Polignac, puis dans sa chambre de l'Hôtel Carlton de Cannes, ensuite au palais des festivals où il assiste à une projection de film dans l'après-midi, enfin le soir, accompagné de sa femme Jacqueline, de Marcel Achard et de Isa Miranda, se rendant à la cérémonie officielle en tenue de soirée. Aujourd'hui, le reportage vaut plus pour les vues du Cannes de l'époque, de ses starlettes et de la jeune Brigitte Bardot en "sauvageonne " que pour le récit, somme toute anecdotique, d'une journée de la vie de Marcel Pagnol à Cannes.

En 1955, ayant lieu désormais la deuxième quinzaine de mai, le festival a acquis son rythme de croisière. Projetant de plus en plus de films venant de pays toujours plus nombreux, il devient une véritable institution. Mieux : c'est un rituel chaque année renouvelé, avec son lot de paillettes, de starlettes et de scandales, certes, mais surtout d'authentiques découvertes artistiques. Même si l'académisme est souvent au rendez-vous, il permet de voir des films du monde entier. Robert Favre d'Arcier en est le délégué général depuis 1952. Brigitte Bardot y est venue comme starlette en 1953 et va triompher en 1956 avec Et Dieu créa ... la femme, tandis que, cette année-là, Nuit et brouillard d'Alain Resnais est retiré de la sélection à la demande des autorités allemandes. En 1955, le jury, que préside Marcel Pagnol et dont font partie Marcel Achard et Isa Moranda, ne fait pas dans l'audace et le reportage, centré sur l'accessoire, rend bien compte de la futilité qui semble régner. La palme d'or, qui est décernée pour la première fois (à la place du grand Prix), ira... à une production américaine vite oubliée et destinée à la télévision, Marty, de Delbert Mann, qui raconte l'histoire simple d'un boucher italo-américain, tandis que le prix spécial couronne Continent perdu de Leonardo Bonzi (Italie), qui survole le folklore de l'Asie du Sud-Est. Claude Chabrol, qui vient à Cannes pour la première fois, pour Les Cahiers du cinéma, repère lui un film bien plus audacieux, Dossier noir d'André Cayatte, qui est l'un des premiers à dénoncer des policiers ripoux. Les années suivantes - on les qualifiera d'"années cinéphiles" - marqueront davantage. Bunuel, Visconti, Demy, Camus, Resnais et quelques autres feront vite oublier la palme 1955. Reste que ce reportage donne un reflet de Cannes, côté paillettes.

Bibliographie :

Pierre Billard, D'or et de Palmes, le Festival de Cannes, Paris, Découvertes Gallimard, 1997. 

Emmanuel Éthis dir., Aux marches du palais, le Festival de Cannes sous le regard des sciences sociales, Paris, La Documentation française, 2001.

Loredana Latil, Le Festival de Cannes sur la scène internationale, éd. Nouveau Monde, 2005.

Boris Grésillon

Transcription

(Musique)
Journaliste
Au micro, Constant Vautravers.
(Musique)
Constant Vautravers
Les armes de Monaco, une plaque consulaire. Et oui, c'est Marcel Pagnol, 2 Boulevard d'Italie. Marcel Pagnol ou plutôt sa voiture, car ce matin-là, monsieur Pagnol siège à l'Académie, non pas à celle de Paris où il y a 40 Immortels, mais celle de l'Etat de Monaco, dont il fait partie ainsi que le prince que vous voyez ici. Précisément ce matin-là, avec son papillon en bataille, Marcel Pagnol a contribué à accorder à Louise de Vilmorin son grand prix annuel : un million de francs pour l'ensemble de son oeuvre. Et c'est déjà pas mal de travail pour quelqu'un d'assez occupé comme notre ami Pagnol.
(Musique)
Constant Vautravers
Une sortie fort digne, en vérité, pour une académie. Précédé du feutre et des lunettes de monsieur Duhamel, Marcel Pagnol, académicien monégasque, regagne sa voiture non sans, au passage, serrer la main d'un ami. Et la Packard se prépare à démarrer pour rejoindre la villa Lestra. Toutefois, pour être académicien et consul du Portugal, on n'en est pas moins un peu nerveux avec les vitesses. Voilà.
(Musique)
Constant Vautravers
Villa Lestra, Pagnol est trop occupé encore pour s'y reposer. Et c'est avec une paire de souliers neuve qu'il va rejoindre le festival de Cannes, sa deuxième occupation de l'après-midi. La paire de souliers prend place à l'arrière, apportée par l'homme d'affaires monsieur Pastorelli. On referme la malle et en route pour les quelques 45 ou 50 kilomètres qui nous séparent de la deuxième occupation quotidienne de Marcel Pagnol, homme très occupé, s'il en fut, ces jours-ci. Cette fois, d'ailleurs, le démarrage est impeccable.
(Musique)
Constant Vautravers
Cannes, où le palais du festival rutile de 36 drapeaux nouveaux, et la façade du Carlton. Voilà à peu près les deux pôles de travail de Marcel Pagnol. C'est là qu'après ses visions, il écrit. Et quelquefois aussi, qu'il entend les voix.
(Musique)
Constant Vautravers
C'est un travail, vous savez, pour un président. Et l'on aime bien, de temps en temps, ouvrir sa fenêtre à l'air pur du large, et contempler, du haut du balcon, la perspective ensoleillée de la Croisette.
(Musique)
Constant Vautravers
Mais bien peu de temps car déjà, voyez-vous, la foule assiège partout le Carlton et le palais des festivals. Elle est là qui poursuit ses vedettes, et voyez : une troupe de chasseurs d'autographes a réussi à en prendre une d'assaut. Derrière ses lunettes, c'est la jeune mariée franco-américaine Olivia de Havilland, qui vient de débarquer précisément pour signer à la douzaine toutes sortes de cartes postales et de carnets souvenir.
(Musique)
Constant Vautravers
Cependant, voûté par la fatigue ou raidi par la dignité, et toujours son papillon en bataille, monsieur le président Pagnol s'avance vers sa loge ou plus exactement vers la salle obscure où les visions vont se poursuivre, tandis que la foule, béante d'admiration, circule sur la Croisette à la recherche des vedettes. Mais mon Dieu ! Tout le monde sait que les vedettes, en toute simplicité, sont allées se faire photographier. Après Brigitte Bardot en sauvageonne, devant 50 photographes, Eddie Constantine fait une démonstration de judo particulièrement remarquée. Et à côté de ces vedettes confirmées, en voici une qui commence à peine à naître. Elle s'appelle Yannick. Elle est inconnue pour l'instant. Elle a de charmants yeux bleus et de belles boucles blondes, et un photographe se prépare à la lancer probablement à la couverture d'un des plus grands magazines français. Van Johnson de son côté, et Nadia Gray, ont préféré beaucoup plus classiquement l'automobile. Voici 3 heures passées. Ration ingurgitée ce matin : après un film japonais, un peu épuisé, la mèche en bataille, Pagnol rentre officiellement. Mais pendant que les vedettes, toujours à la parade, zigzaguent sur d'autres vedettes à moteur, celles-là, dans la rade ensoleillée, monsieur Pagnol, président, a quitté sa veste, comme on dit chez nous, et vous l'allez voir tout à l'heure sortir paisiblement et incognito de la porte de l'hôtel, accompagné de madame, qui dissimulait son regard derrière des lunettes noires. Ces instants de repos, d'ailleurs, seront brefs. La détente est courte si l'appétit est bon. Ce soir, monsieur le président et madame vont être de réception. Et précédée du smoking blanc de Marcel Achard, Lisa Miranda toujours romantique, après avoir signé le dernier autographe de la journée, lui aussi, monsieur Pagnol, président, fait son entrée pour la soirée. (Musique)
(Silence)