Février 1956 : un froid exceptionnel paralyse la région

11 février 1956
04m 28s
Réf. 00302

Notice

Résumé :

Comme partout en France et en Europe, la Provence est touchée par l'exceptionnelle vague de froid de février 1956. Dans une région qui y est peu préparée, la vie en est d'autant plus perturbée, voire paralysée, les paysages transformés et l'agriculture sérieusement affectée.

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Date de diffusion :
11 février 1956
Source :

Éclairage

L'année 1956 a marqué les mémoires et, dans une certaine mesure, les paysages. Un épisode de froid exceptionnel s'est abattu sur l'Europe durant tout le mois de février. La Provence n'a pas été épargnée. Trois vagues de froid successives l'ont touchée, accompagnées d'abondantes chutes de neige et d'un vent violent. Paris Match du 25 février fera d'ailleurs sa "une" avec la photo de Saint-Tropez sous la neige - près d'un mètre ! - tombée le 11. Le 11 février, date du reportage, marque l'apogée de l'épisode.

La première vague est arrivée le 2 février, alors que janvier avait été assez doux, et le mistral a soufflé à 180 km/h dans la vallée du Rhône. La deuxième vague a touché le Sud-Est dans la nuit du 9 au 10, accompagnée elle aussi de vents violents. Voies ferrées et routes sont coupées, y compris la RN7. Des milliers de véhicules automobiles sont bloqués. On ne compte plus les accidents et les toits effondrés. Nombre de conduites d'eau n'ont pas résisté. Quant aux pylônes électriques et aux poteaux téléphoniques, beaucoup sont au sol. On recense quelques morts de froid, y compris sur la côte. Le Rhône charrie des glaçons, les ports, dont celui de Marseille, sont couverts de glace, tout comme l'Étang de Berre. Phénomène unique : la mer, plus chaude que l'atmosphère ambiante, se met à "fumer". Tout prend un autre aspect et la vie paraît tourner au ralenti. Les transports et l'activité économique sont paralysés. La troisième vague touche la région le 19 février, après quelques jours de léger redoux. Avec elle, tombe encore une épaisse couche de neige. Le 24, plusieurs centaines de localités de la Provence moyenne sont encore isolées, notamment Draguignan, la préfecture du Var, et la presqu'île de Saint-Tropez, dont les villages sont ravitaillés en hélicoptères. Certaines communes manquent de pain. Les villes continuent de connaître des moments difficiles pour leur approvisionnement. L'horticulture légumière ou florale, qui est l'une des richesses de la région, est anéantie. Rares sont les oliviers épargnés. L'arbre supporte un froid sec et de courte durée, mais pas celui, humide et de longue durée, de ce mois de février. Les oliviers éclatent sous l'effet du gel, car la sève a commencé à monter. La plupart - soit aux alentours de cinq millions dans la région - devront être coupés. Beaucoup seront abandonnés. Le froid de 1956 accélère le déclin de l'oléiculture, commencé depuis un siècle, et l'abandon des terrasses sur lesquelles les oliviers se trouvaient souvent. Le dégel ne commencera que le 26. Il faudra plusieurs semaines pour réparer les dégâts. Certains se révèleront pus tard, ainsi la destruction des pins maritimes dans les Maures et l'Estérel, tués par une cochenille dont le prédateur naturel - une coccinelle - n'avait pas résisté au froid.

Ce mois de février reste celui des records de température en Basse Provence avec - 15 à - 18° enregistré dans le centre Var et - 7° à Porquerolles. Et l'année 1956 reste pour la région la plus froide qu'elle ait connue. Avec la mort des oliviers, c'est une part de la Provence rurale qui s'en est allée, comme pour marquer que l'on passait alors, dans l'agriculture comme dans la société, à un autre système économique et social.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
Narrateur
Depuis près d'un demi-siècle, jamais le bassin de Saint Christophe n'avait présenté cet aspect insolite de grand lac canadien. En effet, pendant que vous suivez sur l'écran de votre téléviseur «Provence Magazine», la Provence toute entière continue à frissonner sous la glace et la pluie. Revenons au bassin de Saint Christophe. Il fallait tout d'abord, vous le comprenez, assurer le ravitaillement en eau potable de Marseille. Certains canaux d'adduction, certaines vannes, et maintes écluses se trouvaient bloquées par les glaces. Il fallait donc les dégager, ce fut chose faite, rapidement et fort heureusement.
(Musique)
Narrateur
[incompris], si la plupart de nos maux actuels viennent de la glace, c'est-à-dire de l'eau, c'est l'eau qu'il nous faudra employer tout à l'heure pour lutter contre les accumulations de neige. Véritable catastrophe sur le plan des cultures maraîchères. La plupart des légumes ont brûlé à Châteaurenard. Cette saison, décidément, nous ne chanterons « Est-ce que les artichauts sont meilleurs froids que chauds ?» Notre choix est fait. Cageots pleins de légumes détruits, grand centre d'expédition paralysé, et c'est ainsi que la capitale, en même temps que nous, va souffrir de cette pénurie de légumes frais.
(Musique)
Narrateur
Marchés déserts, promeneurs frileux, et paradoxalement, à Marseille par exemple, les fleurs sont plus faciles à trouver que les légumes. Conséquence inéluctable de cette vague de froid, quand le thermomètre baisse, les prix montent. Et tragiquement [incompris]. Nous sommes loin de l'expression familière affirmant que les carottes sont cuites.
(Musique)
Narrateur
A Vaucluse la Fontaine, même spectacle. Mais cependant, alimenté par les eaux du vaste réservoir souterrain, la Fontaine continue à déverser ses flots plus tumultueux, plus écumants, plus rugissants que jamais. S'engouffrant cette fois, toujours dans les mystérieuses bouches d'ombre, mais en franchissant des portes de neige.
(Musique)
Narrateur
A Marseille, le vieux port, tant de fois représenté - nous pensons à Raoul Dufy -, tant de fois représenté dans le grand soleil du Midi et sous la constellation des pavois, le vieux port rappellerait plutôt [incompris]. A l'avant d'une barque, quelques frileuses mouettes viennent rechercher la chaleur. Chaleur des moteurs naturellement, qu'on laisse prudemment tourner. Cependant que la Canebière est dégagée par les pompiers.
(Musique)
Narrateur
Le Château Borély offre également de vastes et blanches perspectives. C'est plutôt un Versailles qui serait ici évoqué par la Roseraie. Plutôt Versailles que Marseille.
Au Palais Longchamp, les statues frissonnent, étranges et tragiques décors, pensons aux sans logis, et cette actualité de dernière heure, pour nous arriver à l'instant, est exactement le contraire d'une actualité brûlante.
(Musique)