Les nouvelles Facultés à Aix-en-Provence et Marseille

03 novembre 1956
02m 53s
Réf. 00305

Notice

Résumé :

Au milieu des années 1950, plusieurs constructions universitaires voient le jour dans la région marseillaise, pour faire face à l'augmentation du nombre d'étudiants. Trois chantiers sont évoqués : la Faculté des Lettres et de Droit à Aix-en-Provence, la Faculté de Médecine de La Timone, les nouveaux bâtiments de la Faculté des Sciences Saint-Charles à Marseille.

Date de diffusion :
03 novembre 1956
Source :
Personnalité(s) :

Éclairage

Au cours des années 1950, le nombre d'étudiants dans les Universités françaises augmente considérablement, sous le double effet des réformes des études - qui vont démocratiser progressivement les cursus universitaires - et d'une augmentation démographique (effets du baby-boom) qui sera particulièrement marquée dans la décennie suivante. Dans l'Académie d'Aix-Marseille, le nombre d'étudiants, tant à Aix qu'à Marseille, se compte désormais par milliers (6 000 au moment du reportage) au lieu de quelques centaines dans les années 1930. De ce fait, les Facultés traditionnelles (Lettres, Droit, Médecine), abritées depuis le XIXe siècle dans des bâtiments historiques des centres-villes (hôtels particuliers à Aix, Palais du Pharo à Marseille), ne permettent plus d'accueillir cet afflux d'étudiants et ne répondent plus aux nouvelles conditions d'enseignement, tant en ce qui concerne l'organisation des locaux que les équipements pédagogiques ou la création de nouvelles filières.

Le reportage de 1956 fait le point sur ces chantiers dans les deux villes. A Aix-en-Provence, la nouvelle Faculté des Lettres et de Droit est tout juste achevée. Le projet de construction de nouveaux locaux remonte aux années 1930, mais la décision en a été plusieurs fois reportée du fait de différends entre les autorités municipales et les autorités universitaires sur la localisation. Les premiers crédits ont été votés en 1939 et le chantier a commencé, mais il a été interrompu par la guerre. Il faudra ensuite attendre près de quinze ans pour voir la fin du chantier, puisque la bibliothèque universitaire a été inaugurée en 1960. Le reportage montre l'architecture extérieure et intérieure d'une construction, située dans le quartier des Fenouillères, au sud d'Aix, relativement éloigné du centre, peu urbanisé et mal équipé. L'essentiel du bâtiment est l'oeuvre de deux architectes aixois, Sardou et Boët. À la mort de ce dernier, l'administration universitaire a fait appel comme remplaçants à une équipe de jeunes architectes locaux, René Egger et Fernand Pouillon. C'est ce dernier qui a achevé le bâtiment, déjà bien entamé et difficilement modifiable, et qui a signé la bibliothèque universitaire, ainsi que plus tard la cité universitaire des Gazelles. Il a défini, dans la limite des crédits disponibles, un semblant d'organisation urbanistique autour des nouvelles constructions. Il est piquant d'entendre le commentaire qualifier cette architecture d'élégante, alors que Pouillon considérait qu'il s'agissait d'une imitation monstrueuse de la villa Médicis à Rome. Cette image a toutefois perduré face aux architectures des années 1960. Conçue pour accueillir 4 000 étudiants, la nouvelle Faculté devenait rapidement trop petite face à la forte augmentation des effectifs à la fin des années 1950, notamment dans les disciplines littéraires, ce qui a exigé la construction d'une "nouvelle" nouvelle Faculté des Lettres au début des années 1960 dans le même secteur des Fenouillères.

À Marseille, le reportage montre le chantier, déjà bien avancé, de la nouvelle Faculté de Médecine située dans le quartier de La Timone, à l'extrémité du boulevard Baille, à proximité du vieil hôpital psychiatrique du même nom. Jusque-là, la Faculté de médecine - d'abord située à l'Hôtel-Dieu puis dans le pavillon Daviel derrière la mairie - occupait depuis 1893 les locaux de l'ancien Palais impérial du Pharo, construit sous le Second Empire en l'honneur de l'impératrice Eugénie. Le bâtiment principal, profondément modifié, ainsi que les communs abritaient la totalité des installations nécessaires à l'enseignement de la médecine et de la pharmacie ainsi que la médecine "coloniale" dont Marseille était un des grands centres, en tant que port d'accès à un vaste empire outre-mer. Là aussi, l'inadaptation et la vétusté des locaux, face à la montée des effectifs étudiants et aux besoins en médecins et en équipements de santé qu'exigeait la croissance économique et sociale de l'après-guerre, ont conduit à rechercher une localisation plus excentrée mais plus adéquate. Sur les terrains de La Timone, quartier relativement peu urbanisé jusqu'à la construction de la rocade du Jarret (qui recouvre l'ancien lit de ce petit fleuve côtier) la nouvelle Faculté de Médecine a ouvert en 1958, constituant avec le nouvel hôpital de la Timone un Centre Hospitalier et Universitaire (CHU), réunissant en un même lieu les soins, l'enseignement et la recherche. Les Facultés de Pharmacie et d'Odontologie rejoindront la Médecine dans les années 1970. Enfin la Faculté des Sciences de Saint-Charles, près de la gare, fait elle aussi l'objet d'agrandissements, mais in situ. Le reportage montre les vues extérieures de nouveaux bâtiments construits à proximité immédiate des bâtiments "historiques" construits entre 1911 et 1914 par Victor-Auguste Blavette, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux. Il s'agit de bâtiments administratifs élevés autour d'un patio central, d'un grand amphithéâtre et d'une bibliothèque universitaire, signée Fernand Pouillon.

Nicole Girard

Transcription

(Musique)
Présentatrice
Au micro, Constant Vautravers.
Constant Vautravers
Rentrée des facultés, six mille étudiants, voilà n'est-ce pas beaucoup de monde ? Aussi l'université construit-elle, et la bonne ville d'Aix a déjà donné le ton, avec sa nouvelle faculté, qui résout le problème du logement avouez-le, avec une belle élégance. C'est un vrai palais du savoir, une Thélème de la littérature et du droit, à laquelle ne manquent pas les ornements de l'art. Sur les frises de ce Parthénon aixois, Pégase invite à voler vers les sommets de l'esprit, et la source du gai savoir coule à flots, pour étancher la soif de connaître Même les enseignes sont artistiques. Faculté des lettres, faculté de droit, s'ouvrent sur un patio très méditerranéen d'allure. Il découpe dans la pierre de ses arceaux un petit peu du ciel provençal, et laisse le soleil pénétrer en curieux jusque dans le hall. Eh ! bien, pénétrons avec lui dans ces salles actuellement vides et silencieuses et qui résonneront demain d'une foule animée, dont le tableau noir offrira son espace vital au professeur et où il n'y aura plus un seul fauteuil de libre. La bibliothèque elle aussi jouera à guichets fermés. Ce qui permettra aux vieux livres de ces rayons de voir secouer leur vénérable poussière. Quant au Penseur de Rodin, il sera sans doute aux premières loges pour les conférences, ce qui sans doute le distraira un peu.
(Musique)
Constant Vautravers
A Marseille, c'est encore le chantier. La faculté de médecine la plus moderne de France et qui pourra accueillir cinq mille étudiants, commence à prendre forme. Les deux ailes nord sont déjà achevées, et l'on se hâte de faire monter, étage par étage, le bâtiment central.
(Musique)
Constant Vautravers
Et tandis qu'un ouvrier, songeur et appliqué, joue la leçon d'anatomie sur une future table de dissection, les carabins, quant à eux, se contenteront pour cette année encore de leur vieux palais du Pharo, ancienne résidence d'une impératrice, et pourront rêver devant la maquette de leur futur logement.
(Musique)
Constant Vautravers
A ces somptuosités de demain, les scientifiques opposent leur réalisme. Eux, ils ont plus de chances, car leur nouvelle faculté est finie, et l'ancienne est tout à côté. Jamais, de Lavoisier à Einstein, le pas avait été aussi vite franchi.