Arrivée du bateau hôpital La Marseillaise à Toulon

01 décembre 1956
01m 50s
Réf. 00306

Notice

Résumé :

Le paquebot La Marseillaise, qui a été transformé en navire hôpital, vient d'arriver à Toulon. Il rapatrie les militaires, malades ou blessés lors des combats qui ont opposé les troupes aéroportées françaises aux Égyptiens lors de l'attaque du canal de Suez, afin d'être soignés à l'Hôpital Sainte-Anne. Le bateau ramène également 40 Français et 240 étrangers que l'Égypte vient d'expulser.

Date de diffusion :
01 décembre 1956
Source :

Éclairage

L' "Affaire de Suez" a, bien entendu, des répercussions dans la région. Les bâtiments qui ont canonné le canal en proviennent, ainsi qu'une partie des troupes qui y ont été parachutées ou débarquées. L'attaque, préparée conjointement par les Français, les Britanniques et les Israéliens, visait à "punir" le colonel Nasser qui régnait alors sur l'Égypte et qui venait de nationaliser le canal de Suez le 26 juillet précédent (et de mettre sous séquestre les biens de la Compagnie du canal). La riposte qui n'avait pu s'effectuer immédiatement a été déclenchée le 29 octobre avec l'invasion de Gaza et du Sinaï par Israël, suivie aussitôt d'un simulacre d'ultimatum - qui n'a trompé personne - lancé par les Français et les Anglais aux deux belligérants sous prétexte de protéger le canal, où l'armée israélienne, commandée par le général Dayan, arrivait. Le refus (prévu) des Égyptiens entraîna le bombardement de leur pays le 31 octobre, puis le déclenchement d'une opération aéroportée sur Port-Saïd et Port-Fouad par les parachutistes coloniaux français et les commandos du 11e Choc, le 5 novembre, suivi d'un débarquement britannique, appuyé par un bombardement naval, le 6. La ville de Port-Saïd, où les combats ont fait rage, a été sévèrement endommagée. Grâce en particulier à leur suprématie aérienne, les assaillants sont venus à bout de la défense égyptienne et s'apprêtaient à marcher sur Le Caire quand le cessez-le-feu intervint. Il avait été imposé par l'action conjointe de l'URSS, alliée de l'Égypte, des États-Unis, dont le président, le général Eisenhower, en passe d'être réélu, avait peu apprécié une initiative qui visait à lui forcer la main, et des Nations Unies où l'action franco-britannique avait été presque unanimement condamnée. Les envahisseurs doivent se résigner à évacuer et à rapatrier leurs troupes. En représailles, les Égyptiens expulsent les ressortissants des pays qui les ont attaqués. La communauté juive d'Égypte (soit environ 75 000 personnes) est particulièrement menacée. La plupart iront en Israël, mais on estime à près de 10 000 ceux qui viendront s'installer en France et qui formeront en fait la plus grande partie des rapatriés d'Égypte.

Le bâtiment qui arrive à Toulon le vendredi 30 novembre au matin assure avant tout un transport sanitaire. La Marseillaise est un ancien paquebot de luxe de 19 000 tonneaux, faisant la ligne d'Extrême-Orient, qui a été transformé en navire-hôpital avec toutes les installations indispensables (radiographie, salles d'opération, piste d'atterrissage pour les hélicoptères, etc.). L'essentiel de ses passagers est constitué de soldats, malades ou blessés lors des combats, qui vont être soignés à l'Hôpital Sainte-Anne. On notera la disproportion des pertes entre les belligérants : aux 10 morts et 33 blessés français et aux 16 morts et 96 blessés britanniques s'opposent les 1 650 morts et les 4 500 blessés égyptiens. Les civils font partie des premiers expulsés, la plupart sont Britanniques ou apatrides, quelques-uns sont Belges. Les 40 Français sont aussitôt pris en charge par le Centre d'accueil des rapatriés des Bouches-du-Rhône et seront sans doute orientés vers la villa "Les Vagues" à Saint-Cyr-sur-Mer, qui est le premier centre d'hébergement ouvert pour cette population. Plusieurs milliers de rapatriés de conditions modestes bénéficieront de cette aide. On estime à plus de 2 000 ceux d'entre eux qui s'installeront à Marseille.

Bibliographie :

Abdelmalek Sayad, Jean-Jacques Jordi et Émile Témime dir., Migrance. Histoire des migrations à Marseille, tome 4, Aix-en-Provence, Édisud, 1991.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
Présentatrice
Au micro, Jean-Paul Seligman.
Jean-Paul Seligmann
Toulon au petit matin. Le jour s'est levé sur nos bâtiments de guerre, sur le porte-avion Arromanches par exemple. Mais les événements ont donné même au paquebot La Marseillaise cette parure de guerre.
(Musique)
Jean-Paul Seligmann
De La Marseillaise, navire hôpital, cent quarante militaires blessés ou malades sont débarqués. Certains avaient subi une opération pendant la traversée.
(Musique)
Jean-Paul Seligmann
Ils reviennent des environs de Suez.
(Musique)
Jean-Paul Seligmann
Mais La Marseillaise est aussi le navire de l'exil, si l'on peut ainsi désigner le sort des quarante Français et des deux cent quarante étrangers, parmi lesquels de nombreux sujets britanniques, qui reviennent d'Egypte avec une, deux, peut-être trois valises. Oh, le compte des bagages est vite fait, et il n'en est pas d'autres dans les soutes. Ceux qui ont chassé ces gens disent qu'ils ne les ont pas expulsés. Mais ils avaient leurs familles, leurs situations, toute leur vie là-bas. Et ils ne paraissent pas débarquer en touristes. On peut jouer sur les mots, cette femme accablée, elle, ne se paye pas de mots, et sa détresse explique tout.