Les Tripettes de Barjols

21 janvier 1958
01m 48s
Réf. 00311

Notice

Résumé :

Après quatre ans d'absence, la fête des Tripettes de Barjols, où la foule sautille en cortège derrière la statue de Saint Marcel, patron de la commune, a été célébrée. Les origines de ce rituel traditionnel ne sont pas très précises.

Date de diffusion :
21 janvier 1958
Source :

Éclairage

Grosse bourgade du Haut Var, nichée au pied d'une falaise de tuf, Barjols a été le dernier grand site de tannerie en Provence (voir Les tanneries de Barjols). Mais sa célébrité vient aussi d'une fête hivernale traditionnelle, celle des " tripettes ", dont les origines relèvent du légendaire mi païen, mi religieux. D'après la tradition locale, saint Marcel, né à Avignon et évêque de Die au Ve siècle, enterré au monastère de Saint-Maurice, à Montmeyan (commune du haut Var proche du Verdon), serait apparu en 1349 au gardien du monastère et lui aurait ordonné de faire porter son corps "dans un lieu plus religieux". Les collégiales d'Aups et de Barjols s'attribuèrent chacune l'honneur de posséder les reliques du saint. Afin de départager les deux rivales, le comte de Provence voulut connaître la distance séparant Aups et Barjols, la plus proche devant recevoir les reliques. Or, pendant que les chanoines se livraient à ce calcul, les habitants de Tavernes conseillèrent à leurs amis de Barjols de s'emparer des reliques. C'est ce qu'ils firent le 17 janvier 1350. Au retour, le groupe porteur des reliques rencontra des femmes qui étaient en train de laver les tripes du boeuf abattu en hommage à l'animal qui, quelques années auparavant, avait sauvé la paroisse de la famine. Un cortège se forma, plein d'allégresse, pour accompagner les porteurs des reliques jusqu'à l'église où il entra au milieu d'un enthousiasme sans bornes, s'épanouissant en chants, cris, trépignements de joie, autour des restes du nouveau patron de la cité. Ce serait l'origine de la danse des tripettes et du chant "San Maceù, san Macèù, lei tripèto vendran lèù". Depuis ce jour, chaque année, durant le weed-end le plus proche du 17 janvier, Barjols fête la Saint-Marcel. Toutes les générations se rassemblent pour danser les tripettes et chanter leur refrain dans la collégiale ! À diverses reprises, le clergé a essayé de faire disparaître cette tradition, mais en vain. À intervalles plus ou moins réguliers (en général tous les quatre ans depuis 1930), la "Petite Saint-Marcel" fait place à la "Grande" au cours de laquelle un boeuf parcourt le village avant de terminer ... à la broche. En 1958, c'est une "Petite Saint-Marcel", alors que celle de 1959 sera une "Grande". Avec le félibrige, la fête revêtit un caractère folklorique. Les jeunes filles revêtent le costume provençal traditionnel et fifres et tambourins accompagnent les participants dans leur tour de ville. On remit la bravade à l'honneur et le prêche se fit en provençal, tant qu'il y eut des curés pour le parler. En 1963, le pastis Ricard fournit même les affiches, les arlésiennes et les gardians... C'est à partir des années soixante, et la généralisation de la voiture, que la "Saint-Marcel" devint un événement touristique qui fait affluer à Barjols des centaines de curieux.

Bibliographie :

Augustin Roquebrun, Saint Marcel à Barjols : La danse des Tripettes, éditions Augustin Roquebrun, Marseille, 1909.

Paul H. Vaillant, La Saint-Marcel et les tripettes de Barjols, 2e éd. 1968.

Transcription

Toursky
Depuis quatre ans, Barjols attendait avec une impatience mesurée, qui n'empêchait point les travaux habituels, avec impatience quand même, que reviennent les Tripettes. Sans doute est-ce une occasion d'honorer le bon Saint Marcel, patron de la petite cité, dont l'effigie polychrome n'est pas encore remise de l'étonnement.
(Musique)
Toursky
L'étonnement qu'on est en droit d'éprouver devant la particularité du rite populaire. Et pourtant, il y a six cent et sept années que ça dure. Donc, sur l'air de Saint Marcel, dont un expert en folklore a dit que hormis la foi qui l'a inspiré, il ne présente pas d'intérêt particulier, ce qui n'empêche pas, soit dit en passant, de compter une bonne dizaine de longs couplets, chantant et dansant tout à la fois, ce qui est également une excellente gymnastique, Tous et toutes accompagnent le bon saint dans son tour de ville. Le bon saint qui participe lui-même à la sauterie, tandis que les porteurs font ce qu'ils peuvent. Les raisons de ce rite, qui prend ici la forme d'une épreuve de trot, il y a si longtemps qu'on en discute. S'agit-il des tripes du boeuf gras traditionnellement sacrifié et que l'on distribuait jadis aux escoliers et à la pauverie de la ville ? Ou d'une étymologie latine fort précise, puisque Cicéron emploie le verbe «tripuliare» dans le sens de se trémousser de joie ? A l'appui de cette thèse, on nous dit qu'en provençal, «faire tripet» signifie «faire le diable à quatre». Saint Marcel est là en tout cas pour ramener l'allusion à de justes proportions, et c'est en toute innocence, quoiqu'en grande liesse, que les Barjolais chantent et dansent «Sant Macèu, Sant Macèu, lei tripeto, lei tripeto»