Les anciens combattants de l'Afrique française à Marseille

11 juillet 1958
02m 19s
Réf. 00313

Notice

Résumé :

Sur fond de Marche des Africains, les délégations d'anciens soldats coloniaux des deux guerres mondiales débarquent à Marseille, derrière les pancartes de leur circonscription. Ces hommes, souvent en costumes locaux, bardés de médailles, sont conduits à la gare Saint-Charles pour prendre le train, afin d'assister à Paris au défilé militaire du 14 juillet.

Date de diffusion :
11 juillet 1958

Éclairage

Ce reportage, qui se déroule tout entier sur fond du Chant des Africains, relève, dans ses objectifs, comme dans sa mise en scène, de la propagande impériale la plus classique. La venue en France de délégations d'anciens combattants d'Afrique du Nord et d'Afrique noire à Marseille et leur départ en train vers Paris pour participer au défilé du 14 juillet ne constitue pas, à vrai dire, un "évènement". Ce n'est pas la première fois, ni la dernière, qu'ils sont associés à des cérémonies militaires en métropole. Et, contrairement à ce que l'on affirme par ignorance aujourd'hui, aucune "occultation"  ne masque leur participation aux combats pour la libération du pays, qui, au contraire, fait partie du répertoire traditionnel du discours colonial. C'est même l'un des arguments régulièrement mis en avant par ceux qui entendent garder l'empire dans le giron de la France.

Le reportage est révélateur du climat qui règne après le 13 mai 1958 et la chute de la IVe République. Nombre de ceux qui ont applaudi au retour au pouvoir du général De Gaulle se font des illusions sur ses convictions et ses orientations. C'est ce qu'illustre le commentaire qui, par son ton et ses propos, ne recule pas devant l'emphase. Il se situe dans l'atmosphère du mois de mai 1958 lorsque l'armée organisait en Algérie des manifestations de fraternisation entre Nord-Africains et Européens. Le Chant des Africains, composé en 1943 pour servir d'hymne à l'Armée d'Afrique, est devenu le chant des partisans de l'Algérie Française. Le reportage est donc significatif d'une époque, mais il répond aussi à des objectifs politiques immédiats.

De Gaulle a besoin d'être plébiscité, à la fois pour imposer son autorité en France et surtout en Algérie, et pour réformer les institutions, avec en particulier la création par le projet de Constitution qu'il va soumettre à référendum de la Communauté Française, qui doit offrir un cadre politique aux anciennes colonies. De Gaulle est un réaliste. Sans doute est-il convaincu de la nécessité de faire la part du feu, tant en Algérie qu'en Afrique noire, et que l'émancipation des territoires dominés par la France est inévitable. Mais il souhaite maintenir son influence, contrôler cette évolution et, à défaut de conserver l'Algérie, négocier en position de force. Les anciens combattants sont, le plus souvent, les meilleurs relais de l'emprise française sur les autochtones (les "indigènes", comme on dit encore souvent) et l'opération de ce 14 juillet prend alors tout son sens, d'autant qu'ils seront appelés à se prononcer lors du référendum.

Le Général, lors de son premier voyage en Algérie, du 4 au 6 juin, a évoqué la fraternité qui devait unir les "dix millions de Français d'Algérie" et l'égalité des droits qui devait être établie entre eux. À sa deuxième visite, au début juillet, il a confirmé que tous - même les femmes - se rendraient aux urnes pour donner leur avis sur la nouvelle constitution. Il délivrera un message à la "vaste et libre communauté" des peuples d'Outre-Mer, le 13, à la veille du défilé, alors qu'il s'apprête à entreprendre, au mois d'août, une vaste tournée en Afrique noire qui le conduira de Madagascar au Sénégal, en passant, entre autres étapes, par Brazzaville où s'était tenue le 30 janvier 1944 une fameuse conférence ouvrant des perspectives de liberté aux peuples colonisés.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Musique)
Narrateur
Oui, depuis plusieurs jours, de nombreux bateaux chargés de délégations de Français Musulmans sont accueillis avec enthousiasme à Marseille. Chaque arrivée de courrier d'Algérie donne lieu à une réception officielle sur les quais des bassins de la Joliette, en l'honneur des Algériens anciens combattants, venant en métropole pour défiler à Paris le 14 juillet. Toute l'Afrique française sera présente pour ce 14 juillet de la France. Et les représentants de nos territoires d'outre-mer arborent déjà fièrement, en débarquant à Marseille, leur légion d'honneur ou médaille militaire gagnées au service de notre pays, à Verdun, Cassino, ou sous le ciel des Vosges. Il y avait beaucoup d'étrangers ce matin sur les quais de la Joliette. Qui regardaient avec admiration deux cent cinquante chefs de tribus d'Afrique, dont la majorité portaient, épinglés sur la poitrine, les insignes de commandeur de la légion d'honneur. Ils seront près de dix mille Musulmans français, de l'Etoile aux Tuileries, pour ce 14 juillet de la France. Cette année, plus que toute autre, mieux que toute autre, cette année qui gardera pour elle cette autre date désormais historique du 13 mai, doit rendre au 14 juillet de la France son plein sens et sa haute valeur. Elle doit redire son symbole au monde d'aujourd'hui, elle doit surtout rendre aux Français la fierté de l'être.