Les obsèques d'Albert Camus à Lourmarin

11 janvier 1960
01m 14s
Réf. 00321

Notice

Résumé :

Le prix Nobel de littérature, Albert Camus, est enterré dans le village de Lourmarin où il s'était retiré.

Date de diffusion :
11 janvier 1960
Source :

Éclairage

Albert Camus est né en 1913 à Mondovi en Algérie dans une famille très modeste. Cependant, encouragé par son instituteur Louis Germain, puis par un de ses professeurs, Jean Grenier, il poursuit des études secondaires puis supérieures en philosophie, grâce à une bourse et malgré des atteintes de tuberculose. Il écrit très jeune dans des revues et journaux à Alger, puis à Paris. Il publie son premier roman, L'Étranger, en 1942 et son essai sur la question philosophique de l'absurde, Le Mythe de Sisyphe. Il s'engage dans la Résistance, dans le mouvement Combat, et prend la direction du journal du même nom à la Libération. Il écrit aussi pour le théâtre (Caligula, Le Malentendu, Les Justes). Son récit La Peste en 1947 rencontre un grand succès. Il développe sa posture philosophique, la révolte, dans L'Homme révolté (1951). Il est personnellement très affecté par la guerre d'Algérie, ne pouvant se "réjouir d'aucune mort, quelle qu'elle soit". Après un nouveau récit La Chute en 1956, il reçoit l'année suivante le prix Nobel de littérature.

En 1958, grâce au chèque du prix Nobel, il achète une maison dans le midi de la France, une ancienne magnanerie, située rue de l'Église, à Lourmarin, au pied du Lubéron, près de chez son ami René Char. Il parcourt la région qui n'est pas sans lui évoquer son Algérie natale, et noue des relations avec les habitants du village.

À l'automne 1959 il réside à Lourmarin pour travailler, dans la solitude, à l'écriture d'un nouveau roman, Le Premier homme, qui a des accents autobiographiques. Pour les fêtes de la fin de l'année, sa femme et ses deux enfants viennent le rejoindre à Lourmarin, et repartent en train pour Paris le 2 janvier. Albert Camus a décidé de retourner dans la capitale en voiture, en compagnie de Michel et Janine Gallimard et de leur fille, venus de Grasse lui rendre visite. Ils quittent Lourmarin le 3 janvier dans la puissante Facel Vega conduite par Michel Gallimard. Après une étape à Mâcon, ils roulent vers Paris. Le 4 janvier 1960, à 13 h 55, le conducteur perd le contrôle de son véhicule qui s'écrase contre un platane. Michel Gallimard, grièvement blessé, décède au bout de cinq jours, Albert Camus, qui était assis à côté de lui, meurt sur le coup. Une semaine plus tard, on l'enterre dans le cimetière de Lourmarin, en présence des villageois et de ses amis du monde des lettres. Plus de trente ans après, en 1994, Catherine Camus, la fille d'Albert, qui réside toujours à Lourmarin, fait éditer le manuscrit inachevé du Premier homme que son père avait dans ses bagages le jour où il trouva la mort sur la RN 5, près de Champigny-sur-Yonne.

Bibliographie :

Albert Camus, oeuvres complètes, 4 volumes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2006-2008.

Albert Camus, Album, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1982.

Olivier Todd, Albert Camus, une vie, Paris, Gallimard, 1996.

Bernard Cousin

Transcription

(Musique)
Journaliste
Lourmarin, petit village de Provence, posé au milieu des oliviers, a fait aujourd'hui de touchantes obsèques à Albert Camus, prix Nobel de littérature. C'est dans ce petit village entre deux fontaines, à l'ombre du vieux clocher, que Albert Camus avait découvert sa maison, son refuge comme il l'appelait. Et ce matin, tout le village s'est joint au cortège des parents, des amis. Entre Lucien Camus, frère du disparu et Gaston Gallimard, madame Albert Camus. Il y avait là d'humbles paysans mêlés aux personnalités. A Emmanuel Roblès, Jules Roy, Jean Grenier, René Charles, Gabriel Audisio, Roger Maurice. Porté par les hommes du village, Albert Camus a traversé une dernière fois cette campagne qu'il aimait tant. Albert Camus, prix Nobel de littérature, disparaît, son oeuvre demeure. Et à l'heure où le monde des lettres pleure un grand écrivain, le petit village provençal de Lourmarin évoque le souvenir d'un de ses concitoyens, Albert Camus, homme simple et juste, qui était devenu un ami.
(Musique)