Pèlerinage des Saintes Maries de la mer

25 mai 1960
03m 05s
Réf. 00323

Notice

Résumé :

Les guitares et les chants des Gitans résonnent aux Saintes Maries de la Mer pour le pèlerinage traditionnel des 24 et 25 mai. Ils sont nombreux à être venus adorer Marie Salomé, Marie Jacobé et la servante Sarah.

Date de diffusion :
25 mai 1960

Éclairage

Depuis un siècle environ, les Gitans, peuple nomade, ont pris l'habitude de se retrouver tous les ans aux Saintes-Maries-de-la-Mer, lieu hors du commun, bout du monde mangé par la mer et le recul du delta du Rhône, pour célébrer une sainte atypique, la servante noire Sarah. Le bourg camarguais des Saintes-Maries-de-la-Mer se trouve en effet à l'extrémité du delta du Rhône, en front de mer. L'église, un édifice roman fortifié au XIVe siècle, était une étape du pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. On y vénérait deux saintes, Marie Jacobé, soeur de la Vierge, et Marie Salomé, mère de Jean l'Évangéliste, qui selon une légende médiévale, fixée en 1212 par Gervais de Tilbury dans sa chronique Otia imperiala, aurait abordé les côtes provençales en compagnie de Lazare, de Marthe et de Marie-Madeleine pour évangéliser le sud de la Gaule. Des fouilles effectuées dans l'église en 1448, à la demande du roi René, ont mis à jour des ossements considérés alors comme étant ceux des deux saintes Marie. Ils ont été conservés dans des châsses, aujourd'hui encore abritées dans " la chapelle haute ", dédiée à saint Michel. Aux saintes Marie a été associée par la suite Sarah, présentée tantôt comme une princesse orientale, tantôt comme leur servante, qui est devenue la patronne des Gitans : "Sarah la kâli". Dans la crypte de l'église, elle a sa statue qui évoque une Vierge noire.

La dévotion ancienne a été revivifiée à la fin du XIXe siècle et au début du XXe sous l'impulsion du félibre camarguais, le marquis Folco de Baroncelli, inventeurs des traditions qui font toujours la célébrité de la Camargue " gardianne ". Le 24 mai, dans un concours de foule associant les Gitans arrivés de divers horizons et les touristes venus assister au pèlerinage, les châsses contenant les reliques des saintes sont descendues par des treuils de leur chapelle haute. Une grande procession conduit la statue de Sarah, vêtue de tissus brillants et brodés, jusqu'à la mer. Les quatre gitans qui la portent pénètrent dans l'eau jusqu'à mi-cuisse ; puis la statue est ramenée dans l'église. La procession est accompagnée d'une grande ferveur populaire, de cris de "Vive sainte Sarah". Elle est suivie d'une messe nocturne, prolongée par des chants et des danses sur des airs de guitare manouche. Le lendemain une nouvelle procession concerne les effigies de Marie Salomé et Marie Jacobé, dans leur barque. Sorties de l'église, elles sont mises à la mer, pour rappeler la légende qui les a fait accoster en Provence, venant de Judée, puis ramenées au sanctuaire. Le document date d'un demi-siècle. Il rend compte de la foule qui se presse, de l'ambiance qui règne et de différentes phases de ce pèlerinage devenu traditionnel, et qui se poursuit toujours chaque année.

Bernard Cousin

Transcription

Journaliste
Saintes-Maries de la Mer, où tout un peuple se retrouve une fois l'an, pour adorer Marie Salomé, Marie Jacobée et leur servante Sarah, patronne des gitans. Ici, les 24 et 25 mai, le mois des lilas et des lys, unit à la mer le peuple de la route. Certains, ceux qui ne voient pas toujours la vie en rose, taxent d'«affligeante banalité» le concours de ces forains, de ces [incomprsi] de service, le vacarme de ce mélange de ferveur vraie et de foi sainte. N'empêche que le touriste, et Dieu sait s'ils viennent nombreux, n'est jamais volé.
(Musique)
Journaliste
Aux Saintes-Maries de la Mer, le peuple le plus mystérieux, le plus diffus du monde, une semaine chaque année, se coagule à un îlot de guitares.
(Musique)
Journaliste
Aux Saintes-Maries, les gitans de tous les horizons fracassent de leur danse les sarcophages de musée.
(Musique)
Journaliste
Attachés à défendre sa vie, enchaînés à briser les chaînes, aux Saintes, pour la louange de Sarah, les gitans explosent d'enfants, de filles, et de matrones prophétiques. Il faut y être allé au moins une fois dans sa vie, il faut avoir cherché dans le parfum des chevelures et l'encens banal des sardines grillées, le mot de passe.
(Musique)
Journaliste
Nous sommes bien sûr trop habitués à l'ordre, nous faisons trop cas de la raison, ici l'on cesserait d'être si l'on pensait. Et de dés, cartes en cartes, on se tire la bonne aventure, ce qui vaut mieux que mourir triste. Chaque année, un peuple s'en va piétiner la mer originelle, fouler ces vagues où naquit Aphrodite, et répéter qu'au commencement était le verbe et que le verbe était Dieu.
(Musique)
Journaliste
Sarah la noire, Sarah, c'est une vierge du soleil, et cet adjectif « noire », qui depuis si longtemps pour nous stigmatise l'erreur et le péché, pour elle, pour les gitans, c'est au fond la bénédiction d'un astre qui a la forme d'une roue, celle d'Ezéchiel quand il se met en colère, et celle d'une roulotte quand ils partent.
(Musique)