Les mineurs de Gardanne manifestent à Marseille

19 mars 1963
51s
Réf. 00330

Notice

Résumé :

Partis de Gardanne pour Marseille à bord d'une quarantaine de cars, les mineurs se rendent, le 19 mars, à Marseille pour protester contre le décret de réquisition qui les frappe. En cortège, ils se rendent à la mairie de la ville. Leur manifestation, dans laquelle se retrouvent maires et députés de gauche du département, est soutenue par des ouvriers et des employés en grève.

Date de diffusion :
19 mars 1963

Éclairage

Le bassin minier de Gardanne est le grand bassin minier de Provence. Il emploie plus de 2 000 salariés. L'implantation syndicale est solide avec une domination de la CGT, qui, aux élections professionnelles, obtient plus de la moitié des suffrages.

À partir de janvier 1963, les Charbonnages de France sont agités par une série de conflits à l'appel des fédérations CFTC, FO et CGT qui agissent le plus souvent en ordre dispersé. Les revendications sont toujours les mêmes : hausses des salaires, réduction du temps de travail, obtention de la quatrième semaine de congés payés. La situation est telle que le 31 janvier, FO et la CFTC appellent à la grève illimitée à partir du lendemain, tandis que la CGT se contente d'un mot d'ordre de grève de 48 heures pour la même date. Cet embryon de front syndical uni incite le gouvernement à ouvrir des négociations. Ouvertes le 15 février, elles aboutissent à un échec. Alors que les syndicats évaluent à 11 % le retard pris par les salaires sur les prix, les Charbonnages proposent une augmentation de 0,77 % au premier janvier, 2 % au titre du rattrapage et 0,75% au premier jour de chaque trimestre de l'année 1963. Le soir même, les négociations sont rompues et les confédérations syndicales réitèrent leurs mots d'ordre pour le 1er mars : grève illimitée pour la CFTC et FO, grève de 48 heures et du rendement pour la CGT. Le 27 février, le ministre de l'Industrie , Michel-Maurice Bokanowski, convoque les syndicats pour leur rappeler les propositions du gouvernement et leur signaler qu'en cas de prolongation de la grève au-delà de 24 heures, des mesures de réquisitions des mineurs et des travailleurs de cokeries seraient prises. Rien n'y fait.

Le 1er mars, la grève est presque générale chez les mineurs de fond. Dans le bassin de Gardanne, elle commence au puits Biver qui donne le ton. Le 2 mars, le président de la République, le général de Gaulle, signe un décret autorisant "la réquisition du personnel des Houillères de bassin et des Charbonnages de France". Exceptionnellement, le Journal Officiel sort le dimanche 3 mars afin d'assurer la validité juridique du décret : l'épreuve de force est engagée... et tourne à l'avantage des mineurs. Délaissant la grève sur le tas, ils multiplient les initiatives pour expliquer leurs revendications et populariser leur mouvement. Aussi, ils sont soutenus très vite par la majorité de la population et les partis politiques de gauche, PCF et SFIO.

La grève durera jusqu'au 4 avril. Les mineurs obtiennent une hausse immédiate des salaires de 6,5 %, portée par paliers à 11 % d'ici la fin 1963 pour atteindre 15,5 % le 1er avril 1964. En outre, ils se voient accorder une prime de 20 francs plus une avance de 80 francs. Quant aux congés payés supplémentaires, il faudra attendre 1964 pour que le problème reçoive un début de réponse.

Bibliographie :

Xavier Daumalin, Jean Domenichino, Philippe Mioche, Olivier Raveux, Gueules noire de Provence. Le bassin minier des Bouches-du-Rhône (1744-2003), Editions Jeanne Laffitte, Marseille, 2005.

Jean Domenichino

Transcription

(Musique)
Narrateur
A 14 heures cet après-midi, les mineurs du bassin des Houillères de Provence ont pris la route de Marseille, à bord d'une quarantaine de cars précédés d'une voiture haut-parleur. Dans les faubourgs de la ville, le cortège traverse une double haie d'ouvriers et d'employés qui ont cessé le travail pour accueillir les grévistes. A 16 heures, c'est l'arrivée à la Joliette et la marche vers l'Hôtel de Ville de Marseille, où s'est rassemblée une foule nombreuse. On remarque dans le cortège des parlementaires et des maires des différentes localités des Bouches-du-Rhône. Après une prise de parole des délégués syndicaux, qui confirment la position des mineurs, une résolution a été déposée à la préfecture ; aucun incident n'est à signaler.