Cinquantenaire de la revue littéraire Les Cahiers du Sud

28 novembre 1963
42s
Réf. 00335

Notice

Résumé :

Gaston Defferre, maire de Marseille, remet la médaille d'or de la ville à Jean Ballard, fondateur et directeur de la revue Les Cahiers du Sud, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la parution de celle-ci.

Date de diffusion :
28 novembre 1963
Source :

Éclairage

À l'automne 1913 un petit groupe de lycéens et anciens lycéens du Lycée Thiers de Marseille, animé par le jeune Marcel Pagnol, fonde une revue littéraire intitulée Fortunio. Le premier numéro sort le 10 février 1914. Quelques mois plus tard le déclenchement de la Première Guerre mondiale interrompt la publication. En 1920, Marcel Pagnol relance la revue, avec le concours, notamment de Jean Ballard qui démarche des entreprises marseillaises pour trouver des publicités assurant le difficile équilibre financier de la revue. Pagnol parti à Paris en 1922, c'est Jean Ballard qui assure désormais la direction de la revue, qui change de nom en 1925, pour prendre celui de Cahiers du Sud. Jean Ballard, né à Marseille en 1893, exerce la profession de peseur-juré, qui consiste à assurer la régularité des transactions des marchandises qui transitent par le port de Marseille. Comme tous les collaborateurs de Fortunio, il écrit de la poésie, publiée dans les premiers numéros, mais, rapidement, il va consacrer la totalité de son énergie à la revue, s'occupant à la fois du contenu éditorial (contacts et correspondance avec les auteurs), de sa production matérielle (travail avec l'imprimeur), et de sa survie économique (diffusion, recherche de soutiens publicitaires, notamment du côté des messageries maritimes). Bien qu'ancrés dans une ville, Marseille, Les Cahiers du Sud ne sont en rien une revue régionaliste. Entre 1926 et 1929, l'influence d'André Gaillard est déterminante dans l'ouverture au surréalisme de la revue qui publie des textes de Paul Éluard, Robert Desnos, Henri Michaux, Antonin Artaud, Jules Supervielle. Le contact est noué également avec Joël Bousquet et le groupe de Carcassonne.

La revue publie des textes poétiques de jeunes auteurs, dont certains deviendront célèbres, elle consacre des numéros spéciaux au romantisme allemand ou au théâtre élisabéthain, mais elle se veut aussi un lien entre les deux rives de la Méditerranée avec le numéro sur l'Islam et l'Occident, et les collaborations régulières de Louis Brauquier et de Gabriel Audisio, ce dernier contribuant à la diffusion en Afrique du Nord.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la revue continue à paraître et tisse un réseau entre les écrivains et artistes réfugiés à Marseille, souvent dans l'attente d'un départ : André Breton, André Masson, Simone Weil, René Daumal. Elle reste un espace de liberté intellectuelle, comme en témoigne son numéro spécial consacré au "Génie d'oc et l'Homme méditerranéen", qui paraît au début de 1943 et prend le contre-pied de l'idéologie nationaliste et xénophobe régnant alors. Après la Libération Jean Ballard relance la revue autour d'un comité de rédaction associant des anciens (Léon-Gabriel Gros, Alex Toursky, Jean Tortel) et des membres d'une nouvelle génération comme Jean Lartigue et Pierre Guerre.

En 1966, paraît la dernière livraison des Cahiers du Sud, comportant des textes de René Char, Julien Gracq et Gabriel Audisio ; s'achève ainsi une aventure de plus d'un demi-siècle qui a fortement marqué la vie intellectuelle méridionale. Jean Ballard meurt en 1973. En 1981, les Archives de la ville de Marseille organisent l'exposition "Rivages des origines" autour de la revue dont les archives ont été déposées à la Bibliothèque municipale.

Bibliographie :

Alain Paire, Chronique des Cahiers du Sud 1914-1966, IMEC éditions, Paris, 1993.

Bernard Cousin

Transcription

(Musique)
Journaliste
La grande médaille d'or de la ville de Marseille, remise à Jean Ballard par monsieur Gaston Defferre, député maire, a marqué le cinquantenaire de la fondation des Cahiers du Sud. Toute l'équipe, tous les amis de la célèbre publication, qui fut le banc d'essai de la littérature moderne, étaient là. Pour notre nouveau préfet, monsieur Cousin, Jean Ballard devait évoquer le long cours que représente cette aventure de l'esprit. Et Gaétan Picon, directeur général des Arts et Lettres, sut enchanter l'auditoire à la faveur d'un éblouissant exposé. Les Cahiers ont 50 ans, mais surtout l'éternelle jeunesse de la poésie.
(Musique)