Une visite au Muséon Arlaten, musée ethnographique de la ville d'Arles

04 février 1965
03m 43s
Réf. 00341

Notice

Résumé :

Cet extrait entend faire visiter au téléspectateur le Muséon Arlaten ("musée arlésien" en langue d'oc) créé en 1894 par le "pape" de la littérature provençale, Frédéric Mistral. Ce musée d'ethnographie contient trente-trois salles qui illustrent la vie quotidienne traditionnelle dans le terroir d'Arles. Des personnages en trois dimensions ainsi que des objets illustrent les activités (couture), les vêtements (accessoires) et les coutumes (lors de l'arrivée d'un nouveau-né par exemple) des Arlésiens. C'est sur un ton enthousiaste et en introduisant des mots provençaux, que cet extrait tente d'immerger le téléspectateur dans la culture traditionnelle arlésienne, telle qu'elle est largement idéalisée au Muséon Arlaten.

Type de média :
Date de diffusion :
04 février 1965
Source :

Éclairage

Le Museon Arlaten est installé dans le centre historique de la ville d'Arles. Le grand écrivain provençal Frédéric Mistral est à l'origine de ce qui a été l'un des premiers musées d'ethnographie en France. C'est en 1895, alors qu'il écrit sa dernière grande oeuvre en vers Lou Pouèmo dou Rose (Le Poème du Rhône), qu'alors âgé de soixante-cinq ans, il a l'idée de la création d'un musée qui prolongerait l'oeuvre littéraire du Félibrige. Le Félibrige, mouvement qu'il a créé avec ses amis en 1854, avait pour objectif de sauvegarder la langue d'oc en donnant à sa littérature un souffle nouveau, mais aussi de sauvegarder les "traditions" provençales, menacées par les transformations de la société. Mistral s'est beaucoup dépensé pour la création de ce musée, qui est pour lui "un poème en action". Avec le concours d'Émile Marignan, médecin féru de préhistoire et d'ethnographie, il a suscité une grande collecte d'objets ethnographiques (outils, meubles, costumes, mais aussi images, chansons etc.) dans le pays arlésien. Les Arlésiens furent si enthousiastes et leurs apports si importants qu'ils rendirent possible en 1899 l'ouverture d'un second étage au Tribunal de Commerce, où les objets étaient alors présentés. L'inauguration eut lieu à l'issue des Fêtes d'Arles, le jour de la Sainte Estelle, fête annuelle du Félibrige. Afin d'assurer la pérennité de son projet, Frédéric Mistral légua sa collection au Conseil général des Bouches-du-Rhône, propriétaire du bâtiment. Mais l'argent du Prix Nobel permit au poète d'envisager une installation plus conforme à ses voeux. Les collections furent transférées dans l'Hôtel Laval-Castellane, bâtiment de la Renaissance, devenu au XVIIIe le collège des Jésuites, mis à disposition par la ville d'Arles. C'est là qu'elles se trouvent toujours aujourd'hui. L'inauguration du nouveau musée, les 29 et 30 mai 1909, fut l'occasion de grandes manifestations dans toute la ville, avec l'érection d'une statue de Frédéric Mistral sur la place du Forum.

Après la mort de Frédéric Mistral en 1914, c'est sa veuve qui, pendant une vingtaine d'années, présida aux destinées du musée, lequel recueillit alors de nombreux témoignages à la mémoire du Maître. Par la suite, sous l'impulsion de Fernand Benoît, puis de Charles Galtier, Jean-Maurice Rouquette et Dominique Séréna-Allier, une volonté d'extension des fonds, par dons et achats, s'est poursuivie dans l'esprit du fondateur. Les collections muséographiques du Museon Arlaten sont estimées à près de 30 000 objets, sans compter les fonds d'archives et de bibliothèques. Elles sont issues de collectes sans cesse enrichies. Une vie provençale mythifiée, principalement rurale, correspondant aux orientations du mouvement félibre, est représentée dans des salles conçues par le poète, puis remaniées notamment par l'archéologue et folkloriste félibre Fernand Benoît qui fut le conservateur du musée. Les collections du musée, dans leur présentation même, sont devenues objets de patrimoine, illustration d'une représentation de la Provence datée, significative d'une idéalisation, dont le reportage fournit une bonne illustration.

De nouvelles salles sont ouvertes au deuxième étage du bâtiment, qui font du Museon Arlaten un véritable musée des Arts et Traditions Populaires. La politique actuelle d'acquisition s'intéresse aussi à la société et la culture en Provence aujourd'hui. Des expositions temporaires permettent également de valoriser des aspects comparatifs avec d'autres régions, concernant les objets ou les pratiques. Départementalisé en 2000, le musée est engagé aujourd'hui dans un vaste projet de rénovation, destiné à le mettre plus en conformité avec les conceptions muséographiques d'aujourd'hui, tout en maintenant l'esprit qui a présidé à sa conception.

Bibliographie :

outre les oeuvres de Frédéric Mistral,

Fernand Benoît, La Provence et le Comtat-Venaissin, arts et traditions populaires, Avignon, Aubanel, 1975. 

Charles Galtier et Jean-Maurice Rouquette, La Provence et Frédéric Mistral au Museon arlaten, Paris, J. Cuénot, 1977. 

Claude Mauron, Frédéric Mistral, Paris, Fayard, 1993. 

Robert Laffont, Mistral ou l'illusion, Paris, Plon, 1954.

Site Internet :

Le Museon Arlaten

Maryline Crivello

Transcription

(Musique)
Journaliste
C'est enfin à une rencontre avec le passé, avec le livre d'or de la Provence que nous vous convions maintenant, car c'est au Museon Arlaten qu'il convient d'interroger le visage mistralien de la Provence. Dans ce sanctuaire de l'ethnographie, de la cour duquel émerge un monument romain. Et si Frédéric Mistral choisit Arles, capitale spirituelle de la Provence, pour y créer ce qu'il appela d'abord le palais du félibrige, c'est que l'antique y saisit le présent, ou du moins un passé si récent qu'il est d'hier. Ces 33 salles ou galeries sont d'un musée, certes, mais comme l'a voulu le maistre, un musée de la vie vivante et de la race d'Arles. Dans cette salle des costumes par exemple, avec quelle ferveur a été reconstitué cet atelier de couturière, d'après un tableau d'Antoine Raspal, habituellement au musée Réattu d'Arles, et actuellement exposé au palais Longchamp, à Marseille, où sa grâce familière illustre bien l'un des aspects de la société française du XVIIIe siècle. Et là, on retrouve à leur juste place, sur ces gracieux mannequins de cire, ou dans ces vitrines, tous les attributs du costume d'Arles : jupes d'indiennes, casaquins, droulets, et cette [incompris] , cette coiffe, qui dégagera bientôt la chevelure, pour n'être plus qu'un ruban enserrant seulement le chignon, gansé sous la Restauration, puis à bouts flottants, tel que les Arlésiennes le portent encore aujourd'hui. Au Museon Arlaten, d'ailleurs, sont fixés pour toujours, dans ce qu'était leur vie, leurs travaux de tous les jours, des personnages que nous reconnaissons dans des gestes et des coutumes que les traditions orales nous ont transmises de mère à fille. Ainsi, dans cette chambre de l'accouchée, la scène de l'offrande des dons traditionnels aux nouveaux-nés. Dans le décor d'un riche intérieur bourgeois, l'une des visiteuses offre une allumette pour que l'enfant soit droit, «dré coume uno brouqueto». Une autre visiteuse offre du sel pour qu'il soit saint et pur, «Saur coume la sau». Une autre encore un oeuf pour qu'il soit comblé de biens et plein de santé, «Plen coume un iou». Une dernière, enfin, du pain pour que l'enfant soit bon, bon comme lui, bon comme le pain. Si les dons eux-mêmes ne sont plus effectivement apportés aux nouveaux-nés, les vieilles provençales énoncent encore, de nos jours, leurs souhaits de cette façon. «Siegue bon coume lou pan, plen coume un iou, saur coume la sau, a dré coume une brouqueto» De telles, bonnes, et saines traditions, comme celles, d'ailleurs, que l'on retrouve dans cette salle qui est la salle Calendal, vous la reconnaissez, avec le cacho-fio et la table du gros souper, Mistral a eu raison de vouloir les représenter. En faisant connaître au peuple le charme de son pays, la noblesse de son travail, la beauté de forme de ses objets ménagers, la grâce de son costume, la force de ses coutumes, il l'y attachait encore davantage. Et à travers cette prise de conscience de tout ce qui a trait à sa vie matérielle, à sa vie psychique ou à sa vie collective, on comprend que le provençalisme rayonne bien au-delà des frontières du Midi et du Languedoc grâce au trésor de ces traditions.
(Musique)