Une journée à l'abbaye de Sénanque

04 août 1965
03m 48s
Réf. 00343

Notice

Résumé :

L'abbaye de Sénanque est située sur la commune de Gordes. C'est une relique cistercienne du Moyen-Age très bien conservée. Les moines y vivent en totale autarcie. La journée se partage entre la prière, l'étude et les travaux manuels. L'abbaye accueille également des personnes qui souhaitent faire une retraite spirituelle.

Date de diffusion :
04 août 1965
Source :

Éclairage

L'extrait met en scène les activités des moines de l'abbaye cistercienne de Sénanque. Cette abbaye, l'une des trois "soeurs" cisterciennes de Provence (avec Le Thoronet et Silvacane), a été construite au XIIe siècle dans le contexte d'un fort développement du monachisme.

C'est à la fin du XIe siècle que le moine Robert de Molesme, guidé par la quête de la solitude et de la pauvreté, a fondé l'abbaye de Cîteaux sur les bords de la Saône. Au début du XIe siècle, le moine Bernard de Clairvaux a organisé ces moines en un ordre dit cistercien (car issu de Cîteaux) en leur donnant la même règle monastique. Son action a attiré de nombreux moines et les abbayes se rattachant à Cîteaux ont été de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que l'ordre s'étendait. Le plus souvent, ces abbayes étaient fondées dans des lieux retirés, propices au travail et à la méditation. C'est ce dont témoignent les abbayes provençales qui sont parmi les joyaux de l'architecture cistercienne.

Les raisons du succès cistercien s'expliquent par la réforme introduite dans la vie des communautés monastiques afin de revenir aux règles de Benoît de Murcie. Au XIe siècle, le monde monastique est dominé en effet par l'abbaye "mère" de Cluny qui, en accumulant les donations, est devenue puissante et riche. Or, l'objectif du monachisme tel qu'il est fixé par Benoît de Murcie au VIe siècle est d'imiter la vie de Jésus en vivant dans la pauvreté, l'isolement et la méditation. C'est précisément cette contradiction entre l'idéal monastique et la situation de l'abbaye de Cluny que dénonce Bernard de Clairvaux et ses compagnons et qui les pousse à instituer un nouvel ordre respectant ces principes.

À cette austérité est associée dans le Midi l'architecture romane, dont Sénanque est l'un des plus beaux exemples. L'abbaye est constituée de murs massifs, percés par de petites fenêtres et un décor très sobre. Fondée en 1148, dans une vallée écartée, entre le Luberon et les monts du Vaucluse, à proximité d'un cours d'eau afin que la communauté puisse être autonome, sa construction s'est étalée sur tout le XIIe siècle. L'église a été consacrée par l'évêque de Cavaillon en 1178. Du XIIe au XIVe siècle, l'abbaye fut à son apogée : les moines y étaient nombreux et l'abbaye bien dotée. En déclin au XVIIIe siècle, elle ne retrouva une vie monastique que récemment. Aujourd'hui, une communauté cistercienne réside toujours à Sénanque.

La vie des moines, présentée dans l'extrait, reste fidèle aux principes fondateurs. La journée commence et finit à l'église. Les moines se lèvent à quatre heures du matin pour la première prière puis méditent dans l'église ou lisent dans le cloître. Au réfectoire, les repas se limitent à du pain et des légumes bouillis, parfois du poisson mais jamais de viande. À 14 heures, les moines reprennent la prière en chantant, puis effectuent un travail manuel jusqu'à 17 heures. Entre deux offices, ils mangent un bout de pain, des légumes et des fruits avant d'aller rejoindre les dortoirs.

Par ailleurs, l'abbaye est devenue un centre culturel actif, organisant des stages de chant grégorien et de musique médiévale, ainsi que des expositions artistiques.

Bibliographie :

François Cali, L'ordre cistercien d'après les trois soeurs provençales : Sénanque, Silvacane, Le Thoronet, Vanves, Hazan, 2005.

Gérard Guillier, L'abbaye de Sénanque : une architecture de sérénité, Barbentane, Équinoxe, 2002.

Maryline Crivello

Transcription

(Musique)
Journaliste
Amateurs de silence, ces images sont pour vous. L'abbaye de Sénanque est située sur le territoire de la commune de Gordes, site touristique de la Haute Provence, 40 kilomètres à l'est d'Avignon. Sénanque, c'est une relique du Moyen-âge, conservée par une sorte de miracle malgré les Vaudois et malgré la Révolution. C'est un monastère oublié, dans le creux d'une vallée vauclusienne. Chaque moine a sa charge matérielle : l'un travaille aux champs, l'autre est forgeron, ou bien menuisier, ou encore couturier. On récolte le blé, on cueille la lavande, on ramasse le chardon qu'on expédie ensuite dans le monde entier pour le cardage du lin. Les Cisterciens de Sénanque peuvent vivre ainsi en économie fermée. Ils produisent leur pain, leur vin, un miel et une liqueur, la Sénancole, que les touristes savent apprécier. Des touristes qui sont rares mais des connaisseurs, souvent, d'architecture médiévale, car on donne Sénanque pour l'un des plus purs spécimens que l'art cistercien ait réalisé. Dans la congrégation de Sénanque, c'est à 4 heures que la cloche sonne le réveil. On passe 6 heures par jour à l'église. 2 heures sont consacrées durant la matinée à l'étude, et l'après-midi aux travaux manuels. De Pâques à la Toussaint, on a droit à une petite sieste d'une heure.
(Musique)
Journaliste
Ainsi qu'il est de tradition dans toutes les abbayes cisterciennes, Sénanque reçoit, pour quelques jours, les hommes et les jeunes gens désireux de se livrer à une retraite spirituelle. Le bâtiment de son hôtellerie est spécialement affecté à cet usage.
(Musique)
Journaliste
Comme eux, vous avez le privilège de visiter l'église abbatiale, simple et dépouillée, qu'on a pu surnommer le «Cîteaux primitif». Comme eux, vous serez séduits par le cloître à l'ordonnance délicate, rythmé par des piles rectangulaires et des colonnes jumelles, dont chacune a sa décoration particulière.
(Musique)
Journaliste
Mais ce qui frappe surtout les citadins, que nous sommes pour la plupart, c'est le calme, la sérénité, la grâce aérienne du silence de Sénanque. Oui, la paix monacale, ça existe encore. Le paradis est-il à ce prix ? Peut-être, si l'on en croit l'inscription placée au fronton de l'abbaye : « Solitude, porte du ciel ».
(Musique)