Hommage à Raimu

15 septembre 1966
10m 12s
Réf. 00351

Notice

Résumé :

Cela fait vingt ans que Jules Auguste César Muraire, surnommé Raimu, est décédé. Le film de Pagnol César a révélé l'acteur. Pour lui rendre hommage, sa femme a transformé leur maison à Aups en musée. C'est l'occasion aussi de revenir sur les lieux de sa jeunesse et de ses débuts à Toulon.

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Date de diffusion :
15 septembre 1966
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Thèmes :

Éclairage

Vingt années après sa mort, le souvenir de Raimu est vivace chez les Marseillais interrogés sur le Vieux-Port, à tel point qu'ils pensent tous que la mort de l'acteur ne remonte pas à plus de dix ans. Pourtant Raimu n'est pas né à Marseille, mais à Toulon en 1883. Il a commencé sa carrière dans les cafés-concerts méridionaux, avant de "monter" à Paris, sur la sollicitation de Mayol. Il entame alors une carrière au théâtre, notamment dans des pièces de Sacha Guitry (Faisons un rêve), d'Yves Mirande, de Flers et Caillavet, et des revues ou des opérettes d'Albert Willemetz . En 1929, le rôle de César, patron du bar de la marine, dans Marius de Marcel Pagnol, lui apporte la consécration, d'abord sur les planches, puis au cinéma en 1931. Il devient alors l'acteur majeur de Pagnol, dans les deux autres films de la trilogie : Fanny et César où il a le rôle titre, mais aussi dans La Femme du boulanger (1938) et La Fille du puisatier (1940). Il tourne beaucoup (quarante-cinq films entre 1931 et sa mort en 1946), notamment sous la direction de Marc Allégret (Gribouille), Pierre Colombier (Ces messieurs de la santé), Raymond Bernard (Tartarin de Tarascon), André Hugon (Gaspard de Besse), Julien Duvivier (Carnet de bal ), Jean Grémillon (L'étrange Monsieur Victor), Henri Decoin (Les Inconnus dans la maison) et Pierre Billon, dans son dernier rôle, L'Homme au chapeau rond.

Son statut de vedette de cinéma l'a détourné un temps du théâtre ; il y revient triomphalement en 1944 en entrant à la Comédie française où il interprète les deux grands personnages de Molière : Le Bourgeois gentilhomme et Le Malade imaginaire. Raimu était célèbre par ses colères, qu'il interprétait à l'écran, mais dont il était aussi coutumier dans la vie, notamment dans son travail, pour lequel il était très méticuleux.

En 1966 les souvenirs de Raimu étaient rassemblés par son épouse dans leur maison d'Aups, presque transformée en musée. Au début des années quatre-vingt, c'est sa fille, Paulette Brun, qui les regroupe dans le  Musée Raimu. Depuis 1989, le relais a été pris par "L'espace Raimu", installé à Cogolin (Var), et tenu par Isabelle Nohain, fille de Pauletyte et petite-fille de Raimu et de Jean Nohain. À côté d'une salle de projection, il présente des objets et des souvenirs liés à sa arrière d'acteur, et à sa vie privée.

Site Internet :

Le musée Raimu

Bernard Cousin

Transcription

Présentateur
C'est à propos d'un autre anniversaire que nous sommes ici, plus exactement d'un double anniversaire. Et c'est pourquoi, sur ce vieux port de Marseille, ce double anniversaire doit être ressenti avec la même intensité que dans le haut Var où nous étions il y a un instant, et où nous allons d'ailleurs retourner. A nos côtés, Monsieur Joseph [Latière], plus connu dans le milieu du cinéma sous le surnom de «Pendule». Eh ! bien, il y a trente deux ans, Pendule en ce moment, une autre équipe de cinéma occupait ce coin du vieux port près de l'embarquement du ferry-boat pour tourner le dernier volet de la trilogie de Pagnol, César. Je crois que les choses ont un petit peu changé, le décor a changé.
Pendule
Ca a beaucoup changé, parce que là où il y avait la voilerie, il y a un hôtel maintenant. Et maintenant où il y avait la barque de César, il y a une pizzeria, quoi, et tout ça, ça a beaucoup changé.
Présentateur
César, c'est je crois l'hommage qui était enfin rendu au grand personnage de la trilogie, c'est-à-dire au créateur du rôle, Raimu. Quels souvenirs vous a laissés Raimu ?
Pendule
Il avait très mauvais caractère. Mais un bon artiste, tout ce que [incompris], c'était un homme, que quand il était sur le plateau [incompris].
Présentateur
Est-ce qu'il était identique dans la vie et devant la caméra ?
Pendule
Oui, il était identique. C'est un homme que, on n'avait pas besoin de lui mettre des gouttes dans les yeux pour le faire pleurer, d'un côté de l'autre, ce qui faisait, c'était...
Présentateur
En assistant au tournage, est-ce que vous, quelques fois, vous avez été très ému en voyant jouer Raimu ?
Pendule
Oui. J'étais très ému, malheureusement, bien souvent, quand il jouait, il fallait débarrasser des fois le plateau, parce qu'il ne voulait personne autour de lui, quand il répétait, il voulait faire sa répétition, avec le metteur en scène, jamais avec du monde, bien souvent, sur le plateau.
Présentateur
Et si vous aviez un mot pour le définir, vous diriez qu'il est irremplaçable ?
Pendule
Oh, c'est un homme irremplaçable [incompris] et je garde un bon souvenir de lui.
Présentateur
Madame, Raimu, vous avez un bon souvenir de Raimu, bien sûr, n'est-ce pas ?
Inconnue
Oui, très.
Présentateur
A votre avis, depuis quand il est mort ?
Inconnue
Sept ou huit ans.
Inconnu
A peu près une dizaine d'années.
Inconnu 2
Ca doit faire... Au moins sept ans.
Inconnue 2
A peu près une dizaine d'années. Il me semble que c'est hier, il n'y a pas tellement longtemps.
Présentateur
Monsieur, d'après vous, il y a combien de temps Raimu est mort ?
Inconnu 3
Je crois qu'il y a environ dix ans à peu près.
Présentateur
Madame Raimu, cette série de réponses ne vous étonne pas je crois. Et pourtant, si nous sommes là aujourd'hui, c'est parce qu'il y a vingt ans que Monsieur Raimu est mort.
Esther Métayer
Oui, évidemment, cette série de réponses ne m'étonne pas d'ailleurs, parce que moi-même, à peu près chaque semaine, beaucoup de personnes me disent la même chose.
Présentateur
Je crois que c'est le fait de l'énormité de la personnalité de Raimu qui le fait toujours être présent, et personne ne pense qu'il y a en réalité vingt ans, il y aura vingt ans le 20 septembre qu'il est mort à Paris.
Esther Métayer
Oui, c'est vrai.
Présentateur
Je crois que la première question qu'on se pose à propos de Raimu, elle est née peut-être d'une légende. Etait-il vraiment coléreux ?
Esther Métayer
C'est devenu une légende mais c'était quand même au départ, c'était vrai, c'était absolument vrai. Il était coléreux, c'est un fait.
Inconnue
Remarquez qu'il soulignait toujours qu'il ne fallait pas dire «coléreux», qu'il fallait dire qu'il était colérique. Ca revenait au même...
Esther Métayer
Mais malgré tout, ça ne durait jamais, vous savez. Les colères de Raimu sont légendaires, mais ça ne durait pas.
Présentateur
Il n'était pas rancunier ?
Esther Métayer
Non pas du tout. Il ne savait pas faire d'excuses par exemple. Il s'arrangeait pour se faire excuser d'une manière ou d'une autre. Par exemple moi en ce qui me concernait, le lendemain des grandes crises de colère, il venait vers moi puis il me disait : « Oh ! dites mon amour [incompris], c'est vous la femme du comique, rappelez-vous quoi. Pour la femme d'un comique, vous n'êtes pas triste, vous n'êtes pas gaie, vous savez ? ». C'était une manière à lui de se faire excuser et d'essayer de me faire rire. Comme je n'avais pas de rancune moi non plus, tout allait très bien le lendemain.
Présentateur
Je crois que surtout ce qui le caractérisait, c'était une grande honnêteté envers lui-même et envers tous ceux qui l'entouraient pour son métier.
Esther Métayer
Ah ! oui. Pour ça en tout d'ailleurs. Il était honnête jusqu'au bout des ongles. Il avait une conscience professionnelle extraordinaire. Ecoutez tous les gens du métier vous le diront.
Présentateur
Eh ! bien Madame, nous sommes à Aups où vous êtres vous-même depuis quelques années, dans une maison que vous avez aménagée vous-même avec beaucoup de goût et qui est surtout bien sûr, emplie du souvenir de Raimu. Alors je vais vous demander d'avoir la gentillesse de nous révéler quelques-uns de ces souvenirs et du même coup de les faire partager avec les téléspectateurs du magazine «De Soleil et d'Azur».
Esther Métayer
Mais avec le plus grand plaisir. Vous y verrez une grande caricature de [incompris] qui est très belle, que je considère être la plus belle, et que mon mari considérait comme une chose extraordinaire, parce qu'il était non photographiable mais il était très difficile à croquer.
Présentateur
A cause de la mobilité de ses expressions ?
Esther Métayer
Oui. A cause de la mobilité de son regard, de son visage, et celle-ci est extraordinaire.
Présentateur
Et c'est la première chose que nous allons voir maintenant.
Esther Métayer
Comme je vous disais tout à l'heure, voici la caricature, la caricature de [incompris] à laquelle il tient beaucoup, parce qu'il la jugeait extraordinaire.
Présentateur
Et la photo qui est en dessous ?
Esther Métayer
Et la photo qui est en dessous, alors la photo qui est en dessous, ça c'est une photo du film Les Gueux au Paradis qui était je crois l'avant-dernier film de mon mari.
Présentateur
Alors, ici à gauche, Madame, nous avons votre cabinet de travail, je crois que c'est là que vous avez placé le masque.
Esther Métayer
Le masque de mon mari, oui.
(Silence)
Esther Métayer
C'est le masque mortuaire. Qui est d'ailleurs très bien venu, auquel je tiens beaucoup bien sûr et dont les eux profils sont excellents.
Présentateur
Alors, nous allons maintenant regagner le premier étage de votre maison d'Aups, Madame, et là bien sûr, retrouver certains documents que vous avez bien voulu nous montrer et que vous conservez bien sûr, on le comprend, avec une certaine piété. La première chose qui nous frappe, Madame, c'est un chapeau posé sur une commode.
Esther Métayer
Oui c'est le chapeau de L'Homme au chapeau rond, que je conserve évidemment comme une relique.
Présentateur
Car ce fut le dernier film de Raimu.
Esther Métayer
Ce fut le dernier film de mon mari, oui.
Présentateur
A côté, sur cette commode, une photographie de votre mari dans Le Bourgeois gentilhomme.
Esther Métayer
Oui, dans Le Bourgeois gentilhomme. Et ce que vous voyez sur la droite de la commode, c'est une photographie dans Le Malade imaginaire, à la Comédie française toujours. Ensuite, là vous avez quelque chose d'assez amusant, c'est une...
Présentateur
Dédicace ?
Esther Métayer
Oui, enfin une dédicace, c'est un...
Présentateur
C'est surtout le papier sur lequel elle est faite qui est assez drôle.
Esther Métayer
Oui. C'est assez drôle, c'est écrit sur un petit morceau de tapisserie, signé de Pagnol, un petit morceau de tapisserie dans une loge, dans la loge de mon mari au Théâtre de Paris en 1930, à la création de Marius. Monsieur Pagnol avait écrit : « Monsieur Raimu est un génie, 1930 », signé Marcel Pagnol. Mon mari avait encadré ça, je lui ai dit, quand je me suis mariée, je trouve ce n'était pas très modeste. Il m'a répondu à ça : « Je l'ai gardé exprès, je l'ai encadré, pour le jour où Marcel Pagnol m'engueulera et me dira que suis un, enfin ce que tu comprends, Je lui dirai que tu l'es encore plus que moi, puisque tu m'as écrit que j'étais un génie ».
Présentateur
Nous traversons maintenant votre grand salon, pour arriver je crois à une médaille dont il est question, une médaille de Raimu, qui va être tirée par la monnaie.
Esther Métayer
C'est la monnaie qui a pris l'initiative de frapper une médaille à la mémoire de mon mari.
Présentateur
Nulle médaille ne pourrait mieux que son talent prolonger le souvenir de Raimu dans le coeur des Provençaux. Et plus particulièrement de ceux qui vivent à Toulon. A Toulon où les traces de Jules Muraire sont en plus grand nombre. C'est au Clos Mayol qu'elles sont les plus lisibles. Ici Raimu fit ses débuts sur les planches, en jouant un rôle dans L'Arlésienne. Notre propos n'était pas aujourd'hui de raconter Raimu, de le suivre dans cette carrière prodigieuse partie d'ici pour aboutir à la Comédie française. L'admiration bien partagée que nous lui portons nous a fait simplement adresser une pensée au décor familier qui fut celui de sa vie fabuleuse. Saluer au passage la maison où il est né. L'église Saint-Louis, où le petit Muraire fut baptisé et fit sa première communion. La maison où son père tapissier, comme celui de Molière, exerçait son métier avec pour voisin le cabaret, où pour la première fois, Raimu interpréta des chansons de [Toulou]. Raimu, il y a vingt ans déjà. Mais il est toujours présent. Le secret de cette pérennité spirituelle, ne serait-ce pas le naturel avec lequel il a fait son merveilleux métier de comédien ? Naturel, il le fut jusqu'au bout. Ce qui lui a permis, comme il le dit dans Marius, de ne pas manquer sa sortie.
Raimu
Ah ! voilà le mot, c'est mon fils qui l'a trouvé le mot. C'est mon enfant qui a trouvé le mot, c'est « naturel ». Je sens naturellement.
(Silence)
(Musique)
Présentateur
Ont participé à cette émission pour les prises de vue [René Brunet, Georges Gantôme, Maurice Juliano, Louis Grec, Désiré Ebgui, Raymond Lagarde et Henri Lelièvre]. Prise de son René [Chautemps], mixage Edgar [Barthelot], montage Fernand [Manella] assisté d'Eugène [Stephanagi], mise en images Raymonde [Bianchi].