Edmonde Charles-Roux, lauréate du prix Goncourt

16 décembre 1966
02m 35s
Réf. 00352

Notice

Résumé :

Edmonde Charles-Roux vient de recevoir le prix Goncourt pour son roman Oublier Palerme. L'écrivain fait un parallèle entre Marseille et Palerme, deux villes méditerranéennes qui pour elle évoquent de nombreux souvenirs.

Date de diffusion :
16 décembre 1966
Source :
Personnalité(s) :

Éclairage

Edmonde Charles-Roux, fille de François Charles-Roux, ambassadeur de France, a passé son enfance dans les capitales étrangères, à Prague puis à Rome, suivant les postes occupés par son père. Mais, lors des vacances, elle venait à Marseille, berceau de sa famille. Son arrière grand-père y avait fondé une savonnerie, et son grand-père, Jules Charles-Roux, était une personnalité marseillaise de la IIIe République. Savonnier, comme son père, il devint administrateur de la Caisse d'Épargne, député, puis président de la Compagnie générale transatlantique. Il organisa la grande exposition coloniale de Marseille en 1906, et joua également un rôle de mécène des arts et des lettres, suscitant des concerts, des expositions de peinture et aidant le Félibrige.

Edmonde Charles-Roux fut blessée en mai 1940 près de Verdun où elle était infirmière aux armées. Elle participa à la Résistance, et après le débarquement en Provence, en août 1944, elle prit part, comme infirmière et assistante sociale, à la campagne de France dans la Ie Armée française du général de Lattre de Tassigny. Elle fut à nouveau blessée lors de l'entrée des troupes françaises en Autriche.

Rendue à la vie civile, elle travailla pendant deux ans au nouveau journal féminin Elle, puis à l'édition française de Vogue, dont elle devint rédactrice en chef, jusqu'en 1966. Cette année-là elle publia Oublier Palerme, roman où elle utilise une partie de ses souvenirs d'enfance, transposés de Marseille à Palerme, dont la narratrice, Gianna Meri, est originaire : elle travaille à New York, avec son amie Babs, dans un journal de mode, mais arrive difficilement à s'intégrer à la société américaine, et à oublier Palerme.

C'est ce livre, premier roman publié par Edmonde Charles-Roux, mûri au long de cinq années, qui obtient le prix Goncourt et rencontre un large public. À cette occasion, l'auteur revient à Marseille, pour un court séjour à l'occasion d'une signature. Elle découvre une ville où se réalisent d'importants travaux à l'initiative de son maire Gaston Defferre : creusement du tunnel sous le vieux port, aménagement de la corniche du bord de mer, mais elle considère que la ville, où elle n'était plus venue depuis quatre ans, n'a pas changé. Elle y reviendra souvent, et épousera Gaston Defferre en 1973, poursuivant une oeuvre littéraire et signant des livrets pour les ballets de Roland Petit. Membre de l'Académie Goncourt à partir de 1983, elle la préside de 2002 à 2008.

Bibliographie :

Edmonde Charles-Roux, Oublier Palerme, Paris, Grasset, 1966.

Bernard Cousin

Transcription

Présentatrice
Ce n'est pas tous les ans que les Provençaux ont la joie d'accueillir comme un des leurs le lauréat d'un prix Goncourt. Or, Edmonde Charles-Roux, les Goncourt viennent de vous couronner, ou plutôt votre ouvrage Oublier Palerme, paru chez Grasset, et ils en sont très fiers. Les autorisez-vous à être fiers de vous et de votre oeuvre ? Vous reconnaissez-vous à Marseille et parmi eux ?
Edmonde Charles-Roux
Oui, certainement. J'ai passé toutes mes vacances d'enfant à Marseille, régulièrement. Et tout dernièrement, j'écrivais à Monsieur le maire de Marseille, qu'enfant, un jour, on m'a dit, à Prague, «Vous êtes française», j'avais sept ans et j'ai répondu «Non, je suis Marseillaise». Donc, je me reconnais comme Provençale.
Présentatrice
Avez-vous reconnu Marseille, vous venez de traverser, il y a très longtemps que vous n'étiez venue je crois ?
Edmonde Charles-Roux
Enfin, il y avait pratiquement quatre ans, quatre ans et demi, et on m'avait beaucoup dit que la ville avait changé. C'étaient mes informateurs, ils étaient Marseillais, ils sont, je crois comme les Siciliens, de nature plutôt pessimiste. Alors ils m'avaient expliqué que la ville était bouleversée, je n'ai trouvé pratiquement aucun changement. J'ai trouvé que la ville était superbe, et les travaux sur le vieux port me paraissent très intéressants, et j'étais, enfin pour moi il n'y a rien de changé, absolument rien.
Présentatrice
Vous avez déjà admiré tout cela ?
Edmonde Charles-Roux
Oui, tout à fait. J'ai vu le port, la Corniche déjà, et tout ça à peine arrivée.
Présentatrice
Vous avez écrit Oublier Palerme, Edmonde Charles-Roux, alors que vous n'avez pas vécu à Palerme plus qu'à Marseille, je crois. N'auriez-vous pas eu de raison d'écrire Oublier Marseille ?
Edmonde Charles-Roux
Vous savez, un romancier ne s'inspire jamais d'une réalité absolue. Et beaucoup de mes souvenirs d'enfance qui sont évoqués dans Oublier Palerme, sont des souvenirs transposés de Marseille sur Palerme. Les deux villes... Il se trouve que par... j'ai été forcée de choisir Palerme parce que le roman l'exigeait, parce que l'aventure romanesque l'exigeait. Mais il y a beaucoup de points communs entre Palerme et Marseille. Je ne nie pas que beaucoup de personnages marseillais pourraient s'y reconnaître. D'ailleurs, des Marseillais de Paris ont reconnu des personnages marseillais, dont ma grand-mère d'ailleurs.
Présentatrice
Allez-vous séjourner plusieurs jours à Marseille, Edmonde Charles-Roux ?
Edmonde Charles-Roux
Je pense assez peu, malheureusement, je suis obligée de retourner à Paris où le prix Goncourt est une sorte d'esclavage, encore pour peut-être une semaine ou deux, mais enfin je vais rester jusqu'à lundi, quelque chose comme ça.
Présentatrice
Précisons pour terminer que demain, vous avez une signature qui vous attend, où très exactement ?
Edmonde Charles-Roux
Chez Laffitte, dans le haut de la Canebière, je crois, à partir de cinq heures et demi six heures je crois. Je m'en réjouis d'ailleurs.
Présentatrice
Nous vous remercions pour cette visite et nous vous souhaitons un très bon séjour dans votre Marseille, si vous nous autorisez à le dire.
Edmonde Charles-Roux
Merci beaucoup.