L'inauguration du tunnel sous le Vieux Port

16 décembre 1967
04m 57s
Réf. 00359

Notice

Résumé :

Un tunnel a été creusé sous le Vieux-Port de Marseille pour faciliter la circulation automobile de la ville. Les premiers marseillais ayant fait la "traversée" sont plutôt impressionnés et satisfaits de cette réalisation.

Date de diffusion :
16 décembre 1967
Source :

Éclairage

Au cours des années 1960, la circulation automobile s'intensifie fortement à Marseille, comme dans la plupart des grandes villes. L'adaptation de la voirie devient une nécessité face à la croissance du parc automobile et à l'augmentation de la mobilité des personnes entre leurs lieux de résidence et leurs lieux de travail. En une quarantaine d'année, de 1950 à 1990, le parc automobile marseillais allait être multiplié par six. Il était de 50 000 véhicules en 1950 et allait passer à 171 000 en 1966 et 257 000 en 1976.

L'amélioration du réseau de voirie a été une priorité de la politique municipale pendant plus de vingt ans sous la municipalité Defferre. Après avoir amélioré d'abord les accès à la ville - et au port - par le premier tronçon de l'autoroute Nord en direction d'Aix, puis l'autoroute Est en direction d'Aubagne, au cours des années 1950, la municipalité s'est attaquée aux liaisons intra-urbaines comme la rocade du Jarret (entre 1955 et 1968), la promenade de la Corniche, ouverte en 1968 et le tunnel sous le Vieux-Port. Le reportage sur l'inauguration du tunnel du Vieux-Port (son nom officiel est le tunnel Saint-Laurent) comporte deux parties : l'une relate la cérémonie officielle, avec la coupure symbolique du ruban et les interviews des personnalités, puis une "enquête de satisfaction" en forme de micro-trottoir auprès des premiers automobilistes qui empruntent le nouvel ouvrage.

Les liaisons Nord-Sud sont déterminantes dans le contexte urbain de l'époque car les quartiers résidentiels se développent de plus en plus au sud de la cuvette marseillaise, alors que les emplois sont au centre et dans les quartiers Nord (port et arrière-port industriel). Le Vieux-Port est dans ces conditions un obstacle car son contournement routier est encombré. Le pont transbordeur, construit en 1905, qui permettait le franchissement d'une rive à l'autre pour les piétons et quelques véhicules, a été gravement endommagé par les bombardements de la guerre et détruit peu après. Les mythiques "ferry-boat" continuent à transporter les piétons du quai de Rive-Neuve à l'Hôtel de Ville, quai du Port, mais la circulation automobile menace d'asphyxier le Vieux-Port. Les travaux d'un double tunnel routier immergé de 1,5 km de longueur ont commencé en 1964 et se sont terminés un peu plus de trois ans plus tard. Cet ouvrage est exclusivement réservé, en accès gratuit, aux véhicules légers (il est donc interdit aux piétons et aux camions). L'ingénieur, directeur général des services techniques, en souligne les difficultés techniques tandis que le maire de Marseille, Gaston Defferre, et le préfet des Bouches-du Rhône insistent sur la collaboration des institutions qui a permis la réalisation de cet ouvrage, notamment la ville de Marseille (alors dans l'opposition par rapport au pouvoir gaulliste) et l'État. Ce dernier a subventionné l'ouvrage à hauteur de 50 %, ce qui est considérable. Cet engagement peut être lu comme l'un des aspects de l'aide de l'État en direction des "métropoles d'équilibre", alors que la politique d'aménagement du territoire se met alors en place. Comme le souligne Gaston Defferre, elle doit permettre le renforcement des infrastructures et la modernisation urbaine. L'ouvrage va indéniablement permettre, pour un temps, de raccourcir la durée de la traversée de la ville, comme en témoignent unanimement les conducteurs interrogés, qui, on le remarquera, sont tous seuls à bord de leur véhicule, ce qui est caractéristique des migrations pendulaires de travail.

Le chantier du tunnel a considérablement modifié le paysage du bassin du Carénage au Sud, aujourd'hui enclavé dans les bretelles d'échangeurs. Au Nord, le passage en tranchée de l'accès au tunnel a exigé la construction d'une véritable muraille autour du quartier Saint-Laurent et a isolé le quartier de La Tourette du Fort Saint-Jean et de la mer. Avec la nouvelle Promenade de la Corniche qui sera inaugurée l'année suivante, le tunnel du Vieux-Port amorce ainsi une liaison directe entre le littoral sud et le littoral Nord qui se poursuivra plus tard avec l'autoroute nord-littorale entre le Vieux-Port et Mourepiane (entre 1971 et 1977), puis par le tunnel Prado-Carénage en 1993.

Nicole Girard

Transcription

Présentateur
Il était 11h29 ce matin lorsque Monsieur Gaston Defferre, député maire de Marseille, ayant à ses côtés Monsieur Jean Laporte, préfet de région, Monsieur le président du conseil général des Bouches du Rhône et les membres du conseil municipal, coupait le ruban barrant l'accès du tube ouest du tunnel sous le vieux port. Après quoi, les voitures des personnalités invitées à l'inauguration se sont engagées dans le tunnel. A la sortie sud, les voitures ont effectué le tour du bassin de carénage, puis ont emprunté le tube est.
(Musique)
Présentateur
Personnalités et invités se sont rendus ensuite esplanade de la Tourette au poste de commandement. Monsieur Gaston Defferre, sur les conseils de monsieur l'ingénieur en chef Lacroix, devait alors successivement éclairer l'ouvrage, mettre les ventilateurs en marche, et faire basculer les feux de signalisation, livrant le tunnel du vieux port à la circulation.
(Musique)
Journaliste
Monsieur le député-maire, il y a quelques instants, vous venez d'appuyer sur le bouton de commande du tunnel sous le vieux port, est-ce que vous n'avez pas eu l'impression de tourner un petit peu une page de l'histoire marseillaise ?
Gaston Defferre
Oui, bien sûr. Le pont transbordeur, c'est fini, et maintenant nous devons regarder vers l'avenir, c'est-à-dire vers les liaisons routières qui permettront d'aller de l'autoroute Nord jusqu'à l'autoroute Est, en passant par une voie supérieure jusqu'à l'entrée du tunnel sous le vieux port, Ensuite par le tunnel du carénage au Prado, dont les travaux vont commencer, les crédits sont obtenus. Ainsi, nous ferons de Marseille une ville moderne. Je veux ajouter, puisque vous me posez cette question, ça n'a pu être possible que grâce à un esprit d'équipe, j'insiste là-dessus. D'abord au conseil municipal, grâce à la majorité qui a voté les crédits. Ensuite grâce à l'aide qui nous a été apportée par l'Etat, qui nous a fourni une subvention de cinquante pour cent. Et enfin, et je tiens à les remercier, grâce à tous les techniciens, en particulier à Monsieur Lacroix, directeur général des services techniques, qui ont veillé à la réalisation de ce tunnel, qui a été, vous le savez une chose difficile, compliquée, mais qui est aujourd'hui parfaitement réussie.
Présentateur
Monsieur l'ingénieur Lacroix ?
monsieur Lacroix
Ce que l'on peut dire sur l'exécution du chantier, c'est que c'est un ouvrage qui a accumulé les difficultés. C'est un tunnel. Un tunnel c'est toujours difficile à faire. C'est un tunnel urbain. C'est-à-dire qu'il a fallu mener le chantier en plein milieu d'une ville, avec toutes les difficultés, les encombrements, la gêne causée par le bruit etc., des travaux en site urbain. Et enfin, c'est un tunnel routier, ce qui impose d'énormes servitudes techniques en ce qui concerne notamment l'éclairage et la ventilation. N'oubliez pas qu'il y a là près de mille kilowatts de puissance installée. A peu près la moitié pour l'éclairage, et autant pour la ventilation, et je ne sais pas mais peut-être deux ou trois cents kilomètres de circuits électriques pour pouvoir faire fonctionner cet ouvrage et en surveiller le bon fonctionnement.
Présentateur
Monsieur le préfet ?
Jean Laporte
Monsieur Defferre l'a dit, nous avons été tous très émus de passer à gué le vieux port. C'est évidemment une page tournée et pour la ville et pour la région. Mais Monsieur Defferre a eu raison de dire aussi que c'était vers l'avenir qu'il fallait se tourner, Car l'opération d'aujourd'hui n'est qu'un maillon d'une chaîne d'infrastructures qui doit se placer très rapidement, pour donner véritablement à Marseille un aspect du point de vue de la circulation, d'une véritable métropole déquilibre.
(Silence)
Journaliste
A la sortie du tunnel, nous avons recueilli les impressions des premiers usagers.
Inconnu 1
On vient de gagner une demi-heure sur le circuit habituel. C'est une réalisation fantastique.
Inconnue 1
Je pense qu'il évitera beaucoup d'encombrements, et personnellement je fais tous les jours le trajet Aix-Marseille, et il m'évitera beaucoup de perte de temps. Donc, merci au maire de Marseille.
Inconnu 2
Ca fait éviter 5 feux rouges, c'est pas mal.
Inconnue 2
Ca va très vite et c'est très agréable.
Inconnu 3
Je viens exprès jusqu'ici avec ma cliente. Pour l'essayer, je vais aller jusqu'à Castellane.
Inconnue 3
Ca va très vite, je ne croyais pas que ça soit si court d'ailleurs.
Inconnu 4
Impeccable. Très bien. Je le trouve même très court. Il semble plus court que la longueur de la traversée, en réalité.
Inconnue 4
Et ça raccourcit bien, ça rend service.
Inconnu 5
On a été un peu angoissé quand on était sous l'eau.
Présentateur
Pourquoi angoissé ?
Inconnu 5
On se demandait s'il ne perdrait pas.
Inconnu 6
Terrible !
Usager
Terrible ?
Inconnu 6
Je viens de le faire dans les deux sens.
Usager
Ca va être un beau jouet pour les fêtes de Noël alors ?
Inconnu 6
C'est formidable. Oui, très bien.