Pose de la première pierre du Mémorial Jean Moulin

22 avril 1968
02m 33s
Réf. 00361

Notice

Résumé :

Le ministre des Anciens Combattants Henri Duvillard pose la première pierre du Mémorial Jean Moulin, accompagné de Laure Moulin, en présence de nombreuses personnalités et des délégations d'associations patriotiques. Il évoque dans son discours la vie du héros, représentant le général de Gaulle en France et créateur du Conseil national de la Résistance, mort en martyr après son arrestation à Lyon par la Gestapo.

Date de diffusion :
22 avril 1968
Source :

Éclairage

Le reportage rend compte du lancement de la construction du Mémorial Jean Moulin en présence de Laure Moulin - qui se fera peu après la biographe de son frère -, des personnalités de la région et des représentants des associations d'anciens résistants et déportés. La cérémonie suit le rituel ordinaire et le maire de Salon, lui-même ancien résistant, honore le ministre Henri Duvillard. Celui-ci sera toujours en fonction lorsque le Mémorial sera inauguré le 28 septembre 1969 par Jacques Chaban-Delmas, alors premier ministre, mais qui était aussi compagnon de la Libération et qui avait été en 1944 le représentant du général de Gaulle et donc, le successeur de Jean Moulin.

Jean Moulin, délégué du général de Gaulle en France occupée, créateur et président du Conseil national de la Résistance, arrêté à Lyon par la Gestapo le 21 juin 1943, mort des suites de ses tortures, est devenu le héros et le martyr emblématique de la Résistance française au fil des années. Homme de gauche et ministre du général de Gaulle, préfet de la République limogé par le régime du maréchal Pétain, Jean Moulin est mis en avant par le régime gaullien pour rassembler ceux qui se réclament de la Résistance et rappeler sur quoi repose la légitimité du chef de l'État. L'étape décisive dans la promotion de sa mémoire a été le transfert de ses cendres au Panthéon, le 19 décembre 1964, pour le vingtième anniversaire de la Libération, et le discours qu'André Malraux, ministre de la Culture, a prononcé à cette occasion. Le projet du Mémorial de Salon est porté dès 1965 par une association gaullienne, celle de la France combattante, qui rassemble des anciens de la France Libre et des réseaux qui en étaient issus. Son animateur est un adjoint de la municipalité salonnaise, Bernard Bermond, lui-même ancien résistant, parachuté et débarqué clandestinement dans la région, arrêté par la Gestapo de Marseille, mais ayant pu s'évader. Le décret approuvant l'érection du monument est signé le 19 octobre 1966. Le financement se fera par souscription publique, mais lorsque la première pierre est posée celui-ci n'est pas tout à fait bouclé.

Le choix de Salon s'explique, non seulement par le rôle du comité du Mémorial, mais surtout par les liens de Jean Moulin avec la région. Sa famille est originaire du village de Saint-Andiol où lui-même venait en vacances et où son père est enterré. Très attaché aux Alpilles, Jean Moulin avait acheté une petite bastide, La Lèque, non loin d'Eygalières, en lisière de la forêt. Replié à Saint-Andiol, dans la maison familiale, après son éviction par le régime de Vichy en novembre 1940 et avant de gagner Londres en septembre 1941, c'est à partir de la région qu'il avait pris les premiers contacts avec la résistance naissante. C'est dans le secteur des Alpilles qu'il s'était fait parachuter avec deux compagnons dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 pour unifier les mouvements de résistance de zone non occupée sous la direction du général de Gaulle. L'emplacement du Mémorial, qui n'est pas directement lié à la présence du héros, a été choisi car, situé au bord de la RN7 et non loin de l'autoroute, il permet de voir de loin la statue effilée et stylisée qui évoque un parachutiste atterrissant en même temps qu'un homme dans toute sa fragilité. Elle est l'oeuvre de Marcel Courbier, auteur d'autres monuments en l'honneur de Jean Moulin.

Près de dix ans plus tard, en 1978, sera inaugurée la "Route Jean Moulin. Chemin de la liberté". Cette route, qui part de Saint-Andiol et aboutit à Salon, en passant par Eygalières, symbolise le parcours réel en janvier 1942, en même temps que l'itinéraire en Résistance du héros, de son parachutage de 1942 à sa mort de 1943.

Le Mémorial de Salon est devenu l'un des hauts lieux de la mémoire résistante en France.

Bibliographie :

Laure Moulin, Jean Moulin, Paris, Presses de la Cité, 1969. 

Etudes héraultaises n° spécial "Jean Moulin (1899-1943), "Le plus illustre des Héraultais", 2001.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Silence)
Journaliste
Hier dimanche, près de Salon de Provence, monsieur Henri Duvillard, ministre des anciens combattants et victimes de guerre, est venu poser la première pierre du mémorial Jean Moulin, qui sera érigé à quelques kilomètres du coin où fut parachuté pour sa première mission en France, l'organisateur de la Résistance. Accompagné de mademoiselle Laure Moulin, soeur de Jean Moulin, le ministre s'est fait présenter les personnalités, les représentants des associations d'anciens combattants, et les animateurs du comité d'érection, avant de signer le livre d'or de cette manifestation du souvenir qui rappellera le sacrifice de Jean Moulin, dont le ministre des anciens combattants devait retracer la vie exemplaire au cours de son allocution.
(Musique)
Henri Duvillard
Comment ne pas rappeler, en terminant, le texte gravé sur la plaque commémorative dans la salle du conseil général du département d'Eure et Loire et qui pourrait sans y rien changer être gravée sur la pierre de ce monument élevé à la mémoire et à la gloire de Jean Moulin : «A refusé, même sous la torture, la signature infamante pour l'armée française qu'exigeait le général allemand lors de l'occupation de Chartres. Révoqué par Vichy en novembre 40, a organisé la résistance en héros et en est devenu un des grands chefs. Arrêté à Lyon en 1943, et mort victime de nouvelles et effroyables tortures, n'a jamais parlé, n'a jamais trahi, ni la République ni la France». Et enfin, c'est à Laure Moulin que j'emprunterai cette page magnifique. «Toi qui même au milieu de ta course, respirait la jeunesse et la vie, toi qui fut le plus jeune préfet de France, puisse ton sacrifice n'avoir pas été vain. Que ce pays de liberté et de justice sache qu'il est urgent que le sens du devoir civique l'emporte sur l'esprit de parti et que les Français entendent la voix de Jean Moulin leur crier encore : messieurs, il y a la France ».
Journaliste
Peu après, à la mairie de Salon de Provence, la médaille d'honneur de la ville a été remise par le maire monsieur Jean Francou à monsieur Henri Duvillard. Brève et simple cérémonie au cours de laquelle, dans le plus pur esprit de la Résistance, les grands moments de la lutte des soldats de l'ombre provençaux furent évoqués avec l'émotion que l'on devine.
(Musique)