Mai 68 : manifestations à Nice et Cannes

13 mai 1968
02m 07s
Réf. 00362

Notice

Résumé :

Les étudiants et lycéens niçois se sont mobilisés pour la journée d'action du 13 mai et ont manifesté au centre ville, avec les syndicalistes. Ils arborent des banderoles et scandent des slogans hostiles à la répression, demandant des réformes et appelant à l'unité d'action avec les salariés. Ils sont allés ensuite à Cannes et ont manifesté devant le Palais du Festival.

Date de diffusion :
13 mai 1968
Source :
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Éclairage

Les événements de mai constituent un mouvement social et culturel de grande ampleur, inédit dans ses formes et son déroulement, ainsi que par la place que les étudiants y tiennent. La contestation étudiante occupe dans un premier temps le devant de la scène.

Les villes universitaires de la région n'y échappent pas, bien au contraire. Le reportage se situe à Nice, mais il aurait pu se situer à Aix ou à Marseille, à la tradition universitaire beaucoup plus ancienne. En effet, Nice est une jeune ville universitaire, l'Université n'y a que trois ans, elle est issue d'un collège universitaire qui faisait partie de l'Université d'Aix-Marseille, et elle draine principalement des étudiants des Alpes-Maritimes, du Var et de Corse venant y faire des études de Droit, de Sciences, de Lettres et Sciences humaines.

À Nice comme ailleurs, le mouvement, qui commence le lundi 6 mai, est d'abord un mouvement de solidarité vis-à-vis des étudiants de la région parisienne après la fermeture de Nanterre, puis de la Sorbonne et les heurts qui ont suivi avec la police. Il devient très vite un mouvement de contestation contre un pouvoir jugé trop autoritaire et une société bloquée. L'UNEF, principal syndicat des étudiants (qui contrôle l'Union générale des étudiants qui apparaît dans le reportage), suivi par le SNESUP, syndicat majoritaire chez les enseignants d'université, bien implantés dans les Facultés de Lettres et de Sciences, sont en pointe. Depuis lors, ces facultés sont en grève et des manifestations ont lieu depuis le 11 mai. Le mouvement touche certains lycées. Il s'accélère après la "nuit des barricades" (10/11 mai) à Paris. Les centrales ouvrières, CGT et CFDT, expriment à leur tour leur solidarité. Cette première phase culmine le lundi 13 avec une journée d'action qui met dans la rue plusieurs milliers de personnes : 50 000 à Marseille, près de 10 000 à Toulon, et, événement inédit dans ces villes plutôt bourgeoises, plus de 5 000 à Aix et presque autant à Nice. En même temps, on compte plusieurs dizaines de milliers de grévistes (130 000 dans la seule région marseillaise). Le reportage est particulièrement intéressant par ce qu'il donne à entendre des divers slogans lancés au cours de la manifestation. Ils sont très significatifs du moment. Certains dénoncent la répression ("Amnistiez nos camarades", "Des profs, pas des flics"), l'information contrôlée par le pouvoir (" La presse ment "), le ministre de l'Éducation nationale Christian Fouchet dont on conteste la politique sélective ("Fouchet démission"). D'autres appellent à la solidarité ("Étudiants, travailleurs, unité d'action") et réclament des débouchés ou des réformes. Parfois les revendications pointent des besoins particuliers ("Nous voulons des profs de gym").

À l'issue de la manifestation, les étudiants se déplacent à Cannes où, le 10, vient de s'ouvrir le 21e Festival de cinéma. Ce Festival restera dans les mémoires : chahuté par une partie des réalisateurs présents, il sera finalement annulé le 20.

Le mouvement a pris un tour politique, très nettement dirigé contre le pouvoir en place. Mais il est parcouru de tensions contradictoires. S'il s'étend à l'ensemble des salariés et se radicalise, il se divise aussi. Les communistes et la CGT entendent le canaliser et ne veulent surtout pas se laisser déborder par ceux que l'on commence à désigner comme les "gauchistes", c'est-à-dire les quelques militants maoïstes, trotskistes ou du PSU, qui tiennent une grande partie de l'UNEF et du SNESUP, et qui apparaissent comme les leaders du mouvement universitaire. C'est la deuxième phase de mai 68 qui s'ouvre. Elle est politique et syndicale, alors que le mouvement étudiant tend à s'isoler et à s'enfermer dans les facultés (occupées à Nice depuis le 20 et jusqu'à la fin juin).

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Silence)
Manifestants
«Unité d'action, président, travailleurs, unité d'action, président, travailleurs, unité d'action, président, travailleurs...» «Amnistiez nos camarades, amnistiez nos camarades, amnistiez nos camarades...» « Fouchet, démission, Fouchet, démission, ...» «Nous voulons des débouchés, ... nous voulons des débouchés,...» «Etudiants, travailleurs, unité d'action ..., étudiants, travailleurs, unité d'action ...» «Les étudiants avec les travailleurs..., les étudiants avec les travailleurs...»
(Silence)