Visite du Catholicos arménien Vasken 1er à Paris

26 juillet 1968
03m 42s
Réf. 00367

Notice

Résumé :

Le patriarche suprême de tous les Arméniens est l'hôte de la capitale française. Joseph Comiti, secrétaire d'État chargé de la Jeunesse et des Sports, lui a rendu visite, et à cette occasion, a rappelé l'exemplaire intégration de la communauté arménienne à la société française.

Date de diffusion :
26 juillet 1968
Source :
Personnalité(s) :

Éclairage

L'Arménie est une des plus vieilles terres de la chrétienté. L'Église apostolique arménienne, église indépendante, en est la principale branche. Le catholicos, qui réside près d'Erevan, en Arménie, en est le patriarche suprême. Le catholicos Vasken 1er, 130e catholicos, fut à l'initiative de réunions, de débats, de projets ayant pour objectif la création d'un diocèse de France de l'église apostolique arménienne. Sa venue à Paris est d'importance : elle permet de relancer une demande ancienne de la communauté arménienne. La visite de Joseph Comiti, tout nouveau secrétaire d'État à la jeunesse et aux sports et député des Bouches-du-Rhône, au catholicos appuie le voeu des Arméniens de Marseille.

Installés depuis le début de leur exode, en 1922, très pratiquants, ils ont construit une cathédrale avenue du Prado dès 1931 et établis des lieux de culte dans les "petites Arménies", que forment les quartiers de la banlieue marseillaise où ils se rassemblent et perpétuent leurs traditions. Un premier projet envisage une organisation diocésaine divisée en trois régions : Ile-de-France, Centre (Lyon) et Midi (Marseille). Cette idée est finalement abandonnée par le catholicos Vasken 1er qui demande à Monseigneur Kude, élu prélat de Paris, de procéder à la mise en place du diocèse sous un an. En fait, après des années de négociations et alors que Vasken 1er est décédé en septembre 1994, il faudra attendre le 10 décembre 2006 pour que le diocèse de France de l'église apostolique arménienne soit promulgué.

Bibliographie :

Krikor Beledian, Les Arméniens, Bruxelles, Brepols, 1997.

Régis Bertrand, Le Christ des Marseillais, Marseille, La Thune, 2008.

Gérard Dédeyan, Les Arméniens, histoire d'une Chrétienté, Toulouse, Privat, 1990.

Marie-Françoise Attard

Transcription

Journaliste
Cela s'est passé ce matin en l'archevêché de l'église arménienne apostolique. Venant des Etats-Unis et avant de regagner l'Arménie soviétique, sa sainteté le catholicos Vazguène 1er, patriarche suprême de tous les Arméniens, est depuis quelques jours l'hôte de la capitale française, où de nombreuses manifestations et réceptions ont lieu en son honneur. Ce matin, sa sainteté recevait un membre du gouvernement, monsieur Joseph Comiti. Qu'attend et qu'espère votre sainteté de la communauté arménienne de France ?
Vazguène 1er
Notre désir et notre prière est que nos fidèles de France restent fidèles à leur église sainte arménienne et gardent la foi chrétienne, nos traditions et les valeurs culturelles de l'église et du peuple arménien.
Journaliste
Monsieur le professeur Comiti, vous êtes ministre, secrétaire d'Etat de la jeunesse et des sports, oserai-je vous demander pourquoi vous êtes, vous avez tenu à saluer sa sainteté ?
Joseph Comiti
Oserai-je oublier que j'ai été élu dans les Bouches-du-Rhône, et vous n'êtes pas sans ignorer que la communauté arménienne en France est très importante puisque elle compte 200 000 membres, mais singulièrement, dans la région provençale, nous avons 80 000 Arméniens d'origine établis. Ces Arméniens se sont établis surtout au début du siècle, aux environs de 1920. Mais il ne faut pas oublier que les rapports entre la France et l'Arménie datent de fort longtemps puisque déjà, au Ve siècle après J - C, des missionnaires arméniens s'étaient établis dans la vallée du Rhône. Et puis au XIVe siècle, après que ces rapports soient développés tout au long des croisades, Léon de Lusignan, le dernier roi d'Arménie, qui soit dit en passant était d'origine française, s'est réfugié en France et est inhumé en la basilique Saint-Denis. Ce qui est important à considérer c'est la façon dont les Arméniens sont intégrés dans cette communauté française. Nous les avons vu arriver en 1920, misérables, dénués de tout, et puis, ils se sont petit à petit attaqués à leur problème qui était difficile, et avec toute la foi, toute l'honnêteté scrupuleuse, tout ce, ce travail de tous les instants, ils ont fini par avoir, non seulement dans notre cité, mais également en France, une place de premier choix. D'ailleurs, ils sont intégrés à la France à tel point que les Arméniens ont eu une attitude héroïque pendant la dernière guerre et pendant la résistance. Mais sur le plan économique, leurs réussites sont innombrables, depuis la réussite familiale de la famille arménienne qui a trouvé à, sa place dans notre économie, jusqu'à des réussites, ce que j'appellerai le palmarès national. Tout le monde connaît Charles Aznavour, bien entendu, tout le monde connaît également Henri Verneuil, mais il y a moins de gens qui connaissent l'apport culturel, économique et scientifique des Arméniens. Un peintre, Jean Carzou, pour n'en citer qu'un, deux écrivains, Gabriel Arout et Arthur Adamov, des professeurs, le professeur Dedeyan de la Sorbonne, le professeur Dervichian de l'institut Pasteur, et pour clore avec ce palmarès national, Henri Troyat de l'Académie française est d'origine arménienne. C'est la raison pour laquelle je pense que l'apport des Arméniens a été un apport fructueux pour notre pays.