Un nouveau statut pour la Corse

02 avril 1969
02m 48s
Réf. 00373

Notice

Résumé :

Le projet de loi en discussion prévoit la mise en place de 21 régions. La Corse sera détachée de Provence-Côte d'Azur à qui elle était associée jusqu'ici. Elle aura un statut régional sans devenir pour autant une vingt-deuxième région. Le préfet de Corse présente ce nouveau statut et les changements qu'il va apporter.

Date de diffusion :
02 avril 1969
Source :
Personnalité(s) :

Éclairage

Le gouvernement est en passe de décider que la Corse va être détachée de la région provençale pour former une entité particulière. Cette décision sera actée le 9 janvier 1970. Le moment est important pour la Corse, puisqu'il correspond à la première étape de sa reconnaissance comme entité régionale autonome d'un point de vue administratif. Depuis que les premières régions ont été mises en place, en 1919, sur le plan économique et sur la base des circonscriptions des chambres de commerce et d'industrie, la Corse a été naturellement rattachée à la Provence. L'étoffement des structures régionales sous Vichy, puis après la Libération, et surtout la création par le gouvernement Guy Mollet de vingt-deux régions de programme ont confirmé ce rattachement à la Provence. C'est alors, le 28 novembre 1956, qu'est née la "région de Provence et de Corse". Ce rattachement s'explique par les très nombreux liens qui unissent la Corse et cette région. Marseille, Toulon, Nice sont, avec Paris, les principales villes "corses" par le nombre de leurs habitants originaires de l'île. Le port de Marseille joue un rôle déterminant dans la vie économique et sociale de la Corse. Mais les médias de l'île - journaux, radio, télévision - dépendent eux aussi des groupes ou des structures installées dans cette ville ou à Nice. Cependant, l'ouverture de l'île à la modernité, l'amoindrissement de son isolement, le développement d'un tourisme de masse, l'arrivée des rapatriés d'Afrique du Nord dans l'île, ont provoqué un choc identitaire, qui s'inscrit dans le regain du régionalisme que connaissent les années soixante en France. Une partie des élites corses entend rester maîtresse du destin de l'île. Beaucoup avaient le sentiment que la Corse était délaissée, ou que ses évolutions étaient décidées ailleurs (à Paris surtout). Le Plan d'action régionale élaboré en 1957 ou la création, en 1966, d'une Mission interministérielle pour l'aménagement de la Corse avaient nourri cette conviction. La création du "Mouvement du 29 novembre 1960" en a été la première expression, suivie par d'autres au cours des années suivantes. Le référendum du 2 avril 1969, proposé par le général de Gaulle, prévoyait de détacher la Corse de la Provence. Le texte avait été rejeté sur le plan national, mais il avait recueilli 54 % de "Oui" dans l'île et Corse Action avait titré significativement : "La Corse enfin détachée de la région Provence-Côte d'Azur".

La solution choisie en 1970 est une étape vers la constitution d'une région à part entière. La Corse devient la 22e circonscription d'action régionale (les vingt-et-une autres avaient été créées en 1960). Cette décision vient trop tard et déçoit. La loi du 5 juillet 1972 l'entérinera pourtant en faisant de l'île un établissement public régional. Son découpage en deux départements à partir du 1er janvier 1976 rapprochera son statut de celui des autres régions, en attendant sa constitution en région à part entière grâce à la loi de 1982. Mais, entre temps, le mouvement régionaliste aura pris en Corse une autre tournure, en s'orientant, avec des actions parfois violentes (dont les évènements d'Aleria en août 1975), vers l'autonomisme, voire l'indépendantisme.

Bibliographie :

Francis Pomponi dir., Le Mémorial des Corses, tome 5 : De l'Histoire à l'actualité 1945-1960, Ajaccio, 1982.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Silence)
Journaliste
... fait, le texte du projet de loi référendaire a été rendu public, alors la Corse est-elle enfin une région ?
Maurice Lambert
Eh bien maintenant, la situation est très claire, depuis la publication des textes du projet de loi référendaire, la France est divisée en 21 régions, qui sont les régions actuelles, plus la Corse, qui a un statut régional. Vous connaissez la position du gouvernement : pas de modification des limites des régions actuelles, une seule exception a été accordée : la Corse, en raison de son insularité.
Journaliste
Pouvez- vous nous rappeler les grandes lignes de ce projet de loi ?
Maurice Lambert
Les deux éléments essentiels pour la Corse sont les suivants : la Corse est d'abord détachée de la région Provence-Côte d'Azur-Corse, et c'est une revendication très ancienne de tous les élus et tous les organismes économiques ou socioprofessionnels, le détachement de la Corse de la région Provence-Côte d'Azur, cela veut dire que tous les dossiers d'équipement de la Corse ne seront plus en compétition avec ceux de Marseille, de Nice, de Toulon, ils seront isolés et traités séparément. Le deuxième élément, c'est que la Corse est dotée d'institutions régionales avec toutes les compétences et toutes les attributions des autres régions françaises.
Journaliste
La question que l'on peut se poser maintenant est pourquoi : la Corse, dans le fond, n'est-elle pas la 22ème région ?
Maurice Lambert
Oui c'est une question que l'on a évoqué à maintes reprises mais c'est très simple, parce que la Corse est d'abord un département, et qu'il n'était pas question de supprimer le département. Encore une fois, la Corse présente un caractère particulier, et pour vous donner un chiffre, la moitié des investissements civils de l'Etat sont transférés, en moyenne générale, sur les régions. En ce qui concerne la Corse, c'est plus des deux tiers des investissements publics de l'Etat qui vont être transférés à la région. Mais pratiquement, les conséquences pratiques de cette réforme, ce sont deux choses essentielles, d'une part les décisions ne seront plus prises à Paris dans des bureaux de ministère, d'administration centrale, elles seront prises à Ajaccio, en Corse. Et la seconde conséquence, c'est que les décisions seront prises non pas par des fonctionnaires mais par des élus, des élus corses au sein du conseil de développement. Notre ambition essentielle, c'est le développement de la Corse, en affirmant la personnalité corse, il convient de réaliser la Corse moderne dans ses structures, dans ses équipements et même dans sa mentalité, et cette Corse moderne, il faut la réaliser avec les Corses.
(Silence)