La plongée en grande profondeur et la Comex

20 juin 1969
07m 11s
Réf. 00374

Notice

Résumé :

Les océanographes de la Comex s'entraînent à la plongée sous-marine et essaient de développer de nouvelles techniques d'exploitation des fonds marins. Sept caissons ont été installés en communication pour l'entraînement des scientifiques et une sphère de 5 mètres de diamètre, la plus grande au monde, va être construite. Des mélanges gazeux spécifiques sont utilisés pour remplacer l'air. Les plongées simulées ont atteint les 365 mètres.

Date de diffusion :
20 juin 1969
Source :

Éclairage

La COMEX (Compagnie générale d'expertises) a été créée en 1961 à Marseille par Henri-Germain Delauze, né à Cairanne dans le Vaucluse, ingénieur des Arts et Métiers. Il a participé aux campagnes de fouilles sous-marines du commandant Cousteau dans les années cinquante et a découvert la recherche océanographique dans les laboratoires de l'Université de San Diego en Californie. Parallèlement à une participation aux aventures du bathyscaphe avec le CNRS, il crée la Comex qui va devenir une société pionnière au niveau mondial dans la recherche et l'expérimentation de la plongée humaine à de grandes profondeurs, d'abord en simulation (caissons hyperbares) puis en mer, grâce à des mélanges respiratoires d'abord à base d'hélium puis d'hydrogène.

Au moment du reportage, en 1969, la recherche pétrolière off-shore à des profondeurs de plus en plus importantes est en plein développement, et rares sont les sociétés capables de mettre en oeuvre une technologie et une ingénierie adaptées, dans des conditions optimales de sécurité. C'est ce défi que va relever la Comex durant plus de vingt ans, notamment dans ses programmes Hydra qui lui permettront de devenir la première entreprise de travaux sous-marins au service notamment de l'industrie pétrolière.

Le reportage concerne les premiers essais à base d'hélium pour des plongées à moins 300 mètres, chiffre exceptionnel pour l'époque à comparer aux records de moins 700 mètres en simulateur et moins 534 mètres en mer qu'atteindront 20 ans plus tard les équipes de la Comex en 1988. Le programme qui fait l'objet du reportage repose sur un contrat avec le CNEXO (Centre national d'exploitation des Océans), établissement public à caractère industriel et commercial créé en 1967, devenu l'IFREMER après fusion en 1982 avec l'Institut Scientifique et technique des Pêches maritimes.

Dans les années 1980, la Comex diversifiera ses activités dans de nombreux domaines où son savoir-faire est applicable (énergie nucléaire, recherche et ingénierie médicale), à travers plusieurs entreprises filiales.

Nicole Girard

Transcription

Journaliste
Des cosmonautes s'apprêtent actuellement à nous rapporter des échantillons du sol lunaire, et pendant ce temps, des océanautes s'entraînent, eux ,à l'exploitation du plateau continental, et à des prospections même beaucoup plus profondes. Parmi les pionniers de cette prospection, monsieur Delauze, monsieur Delauze qui est le président directeur général de la COMEX, la compagnie maritime d'expertise. Il reçoit aujourd'hui monsieur La Prairie, directeur du CNEXO, le centre national pour l'exploitation des océans. Monsieur Delauze, cette visite consacre officiellement, en quelque sorte, la mise en train de vos nouveaux laboratoires, est-ce que vous pourriez nous guider parmi ces nouvelles installations ?
Henri Delauze
Oui, ce sont, vous êtes en ce moment dans un labo que nous avons construit, que nous construisons depuis environ 8 mois, qui est la continuation du labo où nous avons travaillé depuis 64 à l'avenue Joseph Vidal, par conséquent, environ il est à 2 km d'ici, et nous avons installé ici, grâce au CNEXO d'ailleurs, comme vous venez de le dire, un nombre de caissons assez redoutable puisque nous avons maintenant 7 caissons en communication qui vont de 100 mètres à 1.200 mètres de pression, par conséquent de travail. Et nous allons même ajouter à cette série de 7 caissons, une grande sphère de 5 mètres de diamètre qui sera le plus grand caisson au monde, et où s'entraîneront ce que vous appelez très gentiment les océanautes, et je fais un petit, un petit...
Journaliste
Parenthèse
Henri Delauze
Une petite parenthèse, un petit parallèle, en fait je vous remercie d'employer ce terme là parce que, les cosmonautes sont des gens que nous admirons et que nous envions. Enfin nous envions, pratiquement, l'ambiance dans laquelle ils travaillent, l'admiration qu'ils apportent dans le monde et le souci que pratiquement chacun a de la conquête de la lune. On espère un petit peu que, nous ne nous considérons donc pas comme des oubliés, parce que nous ne le sommes pas, et pratiquement le grand public s'intéresse à ce que l'on fait. Enfin je pense que nos enfants, en tout cas, dans 10 ou 20 ans, mèneront une vie sous l'eau peut-être plus passionnante que ce que les cosmonautes vivent aujourd'hui dans l'espace, et que peut-être à ce moment là, on se rappellera un petit peu de ce que nous avons fait à titre de pionniers.
Journaliste
Nous sommes ici devant ces appareils, de quoi s'agit-il ? De compresseurs ?
Henri Delauze
Ces 3 là, ce sont des compresseurs qui servent à comprimer de l'hélium, parce que vous savez que dès que l'on dépasse la profondeur de 100 mètres ou même de 60 mètres, la respiration de l'air devient pratiquement impossible, donc l'on remplace, on remplace l'air comprimé par des mélanges respiratoires spéciaux qui sont des, assez complexes d'ailleurs, qui sont des mélanges d'hélium, d'oxygène, d'azote, dont les pourcentages varient avec la profondeur. Et ces mélanges, qui sont devenus pratiquement classiques dans la plongée industrielle pour l'assistance de la recherche du pétrole en mer, mais malgré tout, ils ont une limite qui pratiquement est de l'ordre actuel de 300 - 350 mètres, 400 mètres peut-être, qui sera probablement avec des recherches plus poussées, aux alentours de 500 - 600 mètres. 2 ou 3 groupes au monde s'y intéressent, et pratiquement nous allons probablement, nous avons grâce au CNEXO précisément, un contrat assez important pour voir si, après l'hélium, il y a une autre réponse à la pénétration humaine sous l'eau, et nous nous intéressons beaucoup à l'hydrogène. L'hydrogène, vous savez, mélangé à l'oxygène est un mélange, est un gaz explosif, et nous travaillons dans des zones non explosives bien entendu, mais où on doit manipuler ce gaz avec précaution. Et le but d'un contrat que nous avons obtenu du CNEXO est précisément, d'industrialiser et pratiquement de mettre, si vous voulez, en exergue et en utilisation courante la plongée au mélange à l'hydrogène, qui nous permettront peut-être d'atteindre des profondeurs plus importantes. Je ne veux pas en citer aujourd'hui de peur enfin, de peur pratiquement d'être un peu apprenti sorcier, enfin pratiquement il n'est pas déraisonnable de penser peut-être à 5 - 600 peut-être 800 mètres, peut-être 1.000 mètres même, mais enfin, il vaut mieux attendre encore un ou deux ans pour avoir la réponse définitive.
Journaliste
Monsieur Delauze, nous sommes là en quelque sorte au coeur du problème, c'est-à-dire que nous pourrions être à quelques moins 1.200 mètres.
Henri Delauze
Oui, nous pourrions être à 1.200 mètres puisque ce caisson va jusqu'à 1.200 mètres, mais enfin je ne sais pas si nous irons un jour, mais pour le moment nous sommes mieux à la pression atmosphérique. Dans ce même caisson, l'année dernière j'ai, j'ai fait une plongée à 335 mètres avec 5 jours de décompression, et euh il y a eu des plongées plus profondes faites par notre ami René [Verune], en particulier, suivi du docteur [Brower], vous vous en rappelez peut-être, qui ont culminé à 365 mètres. Maintenant, nous nous intéressons à des plongées beaucoup plus profondes, et c'est notre programme HYDRA, qui est financé en grande partie par le CNEXO.
Journaliste
Alors quelques détails sur ce programme, les détails des expériences.
Henri Delauze
Eh bien la tentative de l'année dernière, dont vous vous rappelez, s'appelait HYDRA 1, finalement nous n'avons pas fait grand chose car nous n'avons pratiquement pas réussi à essayer l'hydrogène sous l'eau, et nous nous financions pratiquement seuls à cette époque là. Maintenant grâce à l'aide du CNEXO, nous avons fait un programme systématique qui va par conséquent être divisé en HYDRA 2, HYDRA 3 et HYDRA 4. HYDRA 2 est une série d'expériences sur singes, en caissons, dans ces caissons-ci, jusqu'aux profondeurs maximum que l'on pourra employer à l'hydrogène, en faisant des électroencéphalogrammes systématiques. Et HYDRA 2 commencera, a déjà commencé par 3 premières expériences sur singes à l'hélium pour, si vous voulez, mettre la méthode au point, mais en fait le vrai HYDRA 2 à l'hydrogène se passera en septembre - octobre de cette année, 69. Euh, ensuite, HYDRA 3 est un essai en caisson fictif à grande pression maximum - nous le verrons d'après nos essais sur singes HYDRA 2 - à l'hydrogène, à des profondeurs que l'on peut estimer être 400, 500, 600 mètres. Et HYDRA 4 est le grand saut dans l'eau, autrement dit, ce que nous avons pris dans HYDRA 2 sur singes et HYDRA 3 sur hommes en caisson, sera une série de plongées en pleine eau, à bord du navire Astragale, et également une opération financée par le CNEXO et par la société pétrolière ELF en 1970, autrement dit : dans environ pratiquement un an de maintenant.
Journaliste
Monsieur La Prairie, quel sens convient-il de donner à la présence à cette visite du CNEXO, dont vous êtes le directeur général ?
Yves La Prairie
Et bien, vous savez que le centre national pour l'exploitation des océans a une double mission, au fond, de coordonnateur sur le plan scientifique, et de promoteur industriel, d'incitateur industriel. Et parmi les sociétés industrielles que nous souhaitons aider pour développer ce par quoi tout passe au fond pour l'exploitation des ressources des mers, c'est-à-dire l'exploration, et par conséquent l'amélioration de la pénétration de l'homme sous la mer, eh bien dans ce domaine là, nous avons choisi en particulier de passer un contrat important avec la COMEX à Marseille. C'est dans le cadre de ce contrat qui va bientôt commencer entre nous que j'ai voulu, d'une part, profiter de ce que la COMEX vient de transférer ses installations dans un nouveau site, pour voir comment elle était installée. Et également pour préparer la suite qui va comporter des installations qui compteront parmi les plus modernes.