Gabriel Audisio et ses amis

16 novembre 1972
04m 52s
Réf. 00390

Notice

Résumé :

À l'occasion de la remise de la médaille de la ville de Marseille au poète et écrivain Gabriel Audisio, la journaliste Marie Albe le questionne sur son attachement à Marseille et le thème de l'amitié en littérature. Elle interroge aussi quelques-uns de ses amis réunis autour de lui à cette occasion : Jean Ballard, directeur de la revue Les Cahiers du Sud, l'écrivain et dessinateur Carlo Rim, les poètes Léon-Gabriel Gros, Jean Tortel, Louis Brauquier, membres de l'équipe des Cahiers du Sud.

Type de média :
Date de diffusion :
16 novembre 1972
Source :

Éclairage

Gabriel Audisio est né à Marseille en 1900, d'un père piémontais, directeur du théâtre municipal d'Alger et puis de l'Opéra de Marseille. Dès l'adolescence, il se lie avec Louis Brauquier. Ils quitteront l'un et l'autre Marseille pour des raisons professionnelles, mais conserveront un grand attachement à la ville dans laquelle ils reviendront souvent, et entretiendront entre eux une correspondance de quarante années.

C'est à Alger qu'il commence, à vingt et un ans, une carrière dans l'administration, et mène parallèlement une importante activité littéraire, d'auteur et de poète : Jeunesse de la Méditerranée, Le Sel de la mer, Ulysse, L'Opéra fabuleux... Son oeuvre littéraire fut couronnée par de nombreux prix, dont celui de la Société des gens de lettres en 1953 pour l'ensemble de son oeuvre. Il joue aussi un rôle d'animateur de la vie culturelle, organisant des conférences, faisant venir à Alger des grands noms des lettres, accordant une place particulière au théâtre où il voit la possibilité d'un rapprochement entre les différentes communautés. Il collabore aux Cahiers du Sud et contribue à assurer la diffusion de la revue au Maghreb. Nommé en 1929 responsable de l'OFALAC, organisme chargé de promouvoir le territoire algérien en métropole, il partage son temps entre Paris et Alger.

Il voit dans la Méditerranée un lieu d'échanges culturels, et en l' "Homme méditerranéen", incarné par Ulysse, celui qui aborde à plusieurs rivages. Cette entité méditerranéenne, fondée sur la nature : le climat, le soleil, les rivages maritimes d'une mer qui unit, est aussi lieu d'une diversité des cultures qui doivent s'enrichir mutuellement. À la Méditerranée latine des nostalgiques de la Mare nostrum, il oppose une Méditerranée à la fois une et multiple. Dans les années trente, il est la figure de proue d'un rêve méditerranéen d'avant les guerres de décolonisation, qui a influencé Albert Camus.

Et, selon Émile Témime, le Marseille cosmopolite de l'Entre-deux guerres "résume pour lui l'ensemble du monde méditerranéen... Ville-miroir de la Méditerranée, qui attache et qui retient le voyageur impénitent qu'est Audisio". Gabriel Audisio meurt en 1978.

Bibliographie :

Émile Témime, Un rêve méditerranéen des Saint-Simoniens aux intellectuels des années trente, Actes Sud, Arles, 2002.

Bernard Cousin

Transcription

(Musique)
Marie Albe
Cette médaille de la ville de Marseille, l'écrivain et poète marseillais, Gabriel Audisio, la recevait, il y a tout juste un mois, des mains de monsieur Gaston Defferre, en hommage à son oeuvre littéraire qui fait honneur à notre cité. Et cette cérémonie fut l'occasion d'une fête de l'amitié, qui vit se regrouper autour d'Audisio et de Jean Ballard, directeur fondateur des Cahiers du Sud, tous ceux qui firent un demi siècle d'activités littéraires et artistiques de notre ville. Pour vous Jean Ballard, qui est Gabriel Audisio ?
Jean Ballard
Gabriel Audisio, c'est Ulysse. [incompris] On peut pas le représenter mieux qu'en Ulysse. Un Ulysse de mer bien sûr, il connaît tous les pirates de la Méditerranée, tous ses rivages et toutes ses ruses, etc.
Marie Albe
Carlo Rim.
Carlo Rim
Autrefois les poètes mouraient à Marseille, comme Rimbaud. Aujourd'hui ils y naissent. Audisio, Brauquier, et puis il y a ceux que nous ne connaissons pas encore, qui sont peut-être pas nés. Et ce qui m'a particulièrement touché dans la petite fête d'aujourd'hui, c'est de voir une municipalité, enfin à Marseille, un peu athénienne, qui sait reconnaître et glorifier ses poètes.
Marie Albe
Léon-Gabriel Gros.
Léon-Gabriel Gros
Eh bien pour moi, qui ait très peu d'années en moins, je peux dire que Gabriel Audisio, au même titre que Louis Brauquier, ont représenté une leçon de sagesse essentiellement. Ils nous ont enseigné le plaisir et la fierté de vivre à Marseille et d'être fidèle à la Méditerranée.
(Musique)
Marie Albe
Si l'oeuvre de Gabriel Audisio tourne autour de notre Méditerranée, sa base, son point de départ et le désir de ses retours, c'est bien Marseille où il est né.
(Musique)
Gabriel Audisio
Si j'y viens très rarement, c'est un fait, que hélas ! je n'habite pas Marseille, je n'y viens que d'une manière intermittente. Mais chaque fois que j'y viens, vraiment je retrouve mon climat, je retrouve ma ville, je retrouve mon enfance, même dans des lieux dits éloignés, dans un endroit comme les [Camoens], qui sont un quartier éloigné du centre de Marseille, mais qui à l'époque de mon enfance était un véritable petit village. Ou le quartier de Saint-Antoine, où était fixée une partie de mon ascendance, la soeur de mon père, son beau-frère, qui était meunier et qui tenait un moulin à eau. Ça a l'air tout à fait paradoxal, mais il y avait encore à Marseille, à ce moment là, dans la commune de Marseille, il y avait un moulin à eau.
(Musique)
Marie Albe
Avez-vous retrouvé le ton de la litanie lyrique qu'il offrait à Marseille avec ces noms de banlieue dans Jeunesse de la Méditerranée ? Jean Tortel ? Qui est Audisio pour vous ?
Jean Tortel
Audisio ? Bien Audisio, je crois bien que c'est l'union intime de l'intelligence et du sens de l'amitié. Et c'est pourquoi il me semble que toute son oeuvre est une leçon de bonheur.
Marie Albe
Louis Brauquier ?
Louis Brauquier
Audisio ? Pour moi c'est 54 ans d'une amitié bien conservée.
(Musique)
Marie Albe
«Croulant de signaux et de fraternité, d'où qu'il vienne, ou qu'il aille, oh nuit, relâche le [incompris]»
Gabriel Audisio
Pour moi, le thème de l'amitié est une chose extrêmement importante, parce que, en France, je sais pas, il me semble qu'on ne, qu'on n'y fait pas assez attention, qu'on ne la traite pas souvent dans la littérature française, je l'ai dit, on voit rarement paraître le thème de l'amitié. Quand il y paraît, il y paraît d'une manière splendide, très belle, mais assez rarement. Et alors, de donner, tout d'un coup, en public, le spectacle de l'amitié, et d'amitiés exemplaires, je crois que c'est une chose que, qui est extrêmement significative, en tout cas pour moi qui a été presque bouleversante.
(Musique)
Marie Albe
Ulysse, Odysseus, Audisio, Louis Brauquier souligne la connivence phonétique. Mais ces connivences précieuses, ces dons inattendus de l'invisible, ces miraculeuses complicités, n'est-ce pas justement cela, la poésie ?
(Musique)