Départ du premier bateau pour Suez

05 juin 1975
01m 49s
Réf. 00400

Notice

Résumé :

Le Canal de Suez vient de rouvrir après une série de travaux, débutés en juin 1967. L'activité du port de Marseille va donc être plus importante. Déjà, le cargo Bordabarri, chargé de containers d'eau et de farine, doit partir à destination de Djibouti et Djedda (Arabie Saoudite).

Date de diffusion :
05 juin 1975

Éclairage

Le Canal de Suez qui, depuis 1865, assure une liaison maritime entre l'Océan indien et la Méditerranée en évitant le contournement de l'Afrique, est resté fermé entre 1967 et 1975, à la suite de la guerre des Six Jours (5 au 10 juin 1967) entre Israël et ses voisins arabes. Une première fermeture du canal avait eu lieu en 1956 après la nationalisation du canal par Nasser, chef de l'État égyptien, et l'expédition franco-britannique qui avait suivi, avec le soutien israélien. Condamné par l'ONU et arbitré par les États-Unis et l'Union soviétique en pleine guerre froide, ce conflit s'était soldé par un échec diplomatique pour la France et la Grande-Bretagne. Il avait consacré la réussite du nationalisme égyptien. Le conflit de 1967 a eu des conséquences géopolitiques et géoéconomiques encore plus fortes et durables. La coalition arabe ayant été écrasée par une guerre éclair, Israël a occupé, non seulement le plateau du Golan, pris à la Syrie, et la Cisjordanie et Jérusalem-Est, enlevés à la Jordanie, mais aussi la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï qui étaient sous la domination de l'Égypte. Le canal de Suez va rester pendant huit ans une ligne de feu et de frontière entre des armées hostiles, ce qui a entraîné des conséquences importantes sur le trafic maritime international.

Le trafic pétrolier entre les gisements du Golfe persique et l'Europe du Nord-Ouest ou l'Amérique du Nord-Est ne peut donc plus utiliser le canal. Il doit emprunter la route du cap de Bonne-Espérance, soit un trajet rallongé de vingt-cinq jours, comme l'indique un membre d'équipage dans le reportage. Les taux de fret s'étant envolés, le transport maritime de pétrole brut s'est adapté à cette nouvelle situation en augmentant la capacité des navires pour diminuer les coûts de ce trajet rallongé. C'est l'ère des supertankers de 300 000 tonnes et plus, jusqu'à 500 000 tonnes. Toutefois, seuls quelques sites portuaires en eau profonde étaient capables d'accueillir de tels géants ; c'était le cas du port de Fos, mis en service quelques mois après la guerre des Six Jours, en 1968. La réouverture du canal a lieu le 5 juin 1975. Le reportage filme le premier bateau, quasiment le jour même, au départ de Marseille pour Djibouti, Djedda (Arabie Saoudite) et Port-Soudan. Il faut remarquer que la cargaison est transportée dans des conteneurs métalliques. Ce mode de conditionnement est destiné à un grand avenir puisqu'il va rapidement s'imposer dans le transport maritime et entraîner la construction d'une flotte spécialisée, les porte-conteneurs. Mais, à la date du reportage, ces conteneurs d'une taille encore modeste, sont chargés selon les techniques traditionnelles de la "palanquée " avec des grues. Les engins spécialisés, permettant la manutention rapide de centaines de conteneurs, s'imposeront un peu plus tard sur les ports dédiés à ce trafic comme Fos.

La réouverture du canal est présentée comme bénéfique pour le port de Marseille. Cependant, les primes d'assurance ont fortement augmenté car le canal est situé dans une zone de conflits. Conséquence durable de sa fermeture, le canal de Suez n'est plus aussi essentiel pour le trafic pétrolier, les supertankers ne pouvant l'emprunter et les oléoducs offrant une alternative sur certains trajets. En revanche, le canal joue un rôle très important pour le transport maritime entre l'Europe et les économies émergentes de l'Inde et de la Chine. Les travaux d'élargissement entre 1975 et 1980 permettront d'augmenter la taille des navires acceptés sur le canal. Aujourd'hui, le trafic a retrouvé des tonnages importants (350 millions de tonnes). Il est constitué essentiellement de porte-conteneurs, de vraquiers, mais aussi de pétroliers.

Nicole Girard

Transcription

(Silence)
Journaliste
L'équipage, basque tout comme le nom du cargo, Bordabarri - traduction littérale : bergerie neuve - n'a pas apparemment attaché à l'événement l'intérêt que lui accorde les armateurs. Quoi qu'il en soit, le navire a effectivement quitté le port de Marseille ce matin, alors que son départ était prévu hier soir à 20 heures. A son bord, une cargaison comprenant des containers, de la farine et de l'eau, destinés à Djibouti, à Djeddah en Arabie Séoudite, à Aqaba en Jordanie et à Port - Soudan. Une certitude, la livraison des marchandises va être assurée beaucoup plus rapidement.
Inconnu
Ça fera bientôt 8 ans que le canal était fermé et évidemment ça fait une très grosse différence de temps pour le parcours, puisque nous comptons mettre simplement que 5 jours pour aller jusqu'à Suez au lieu de un mois en passant par le Cap.
Journaliste
La porte de l'orient, verrouillée en partie depuis le 6 juin 1967, s'ouvre donc toute grande face à la Méditerranée. D'aucun assimilent à juste titre la réouverture du Canal de Suez comme un ballon d'oxygène qui va revigorer le port de Marseille. C'est vrai. Pourtant subsiste encore un inconvénient, le Canal de Suez est considéré jusqu'à preuve du contraire comme une zone de guerre. Ce qui signifie que le taux d'assurance couvrant les marchandises reste assez élevé. Il est des cas, paraît-il, où les navires auront intérêt à faire encore le grand détour par le cap de Bonne Espérance. A moins bien sûr, que le bond en avant entrepris vers la paix se poursuive et se termine rapidement.
(Bruits)