Rencontres internationales de la photographie à Arles

25 juillet 1975
02m 07s
Réf. 00402

Notice

Résumé :

Les Rencontres internationales de la photographie à Arles connaissent un réel succès. Des photographes professionnels y sont invités et rencontrent des amateurs, des étudiants, ou des éditeurs.

Date de diffusion :
25 juillet 1975
Personnalité(s) :

Éclairage

Les Rencontres internationales de la photographie d'Arles ont cinq ans lorsque ce document est tourné. Elles ont été créées en 1970 par le photographe Lucien Clergue, avec le concours de l'écrivain Michel Tournier et de Jean-Maurice Rouquette, conservateur des musées d'Arles. Lucien Clergue est né à Arles en 1934. Dès l'adolescence, il s'intéresse à la photographie ; lors d'une corrida aux arènes d'Arles, il a montré quelques clichés à Picasso, avec lequel il va nouer une longue amitié. Par son intermédiaire, il fait la connaissance de Jean Cocteau. Les trois hommes participent à l'illustration de poèmes de Paul Éluard, dans l'ouvrage Corps mémorables, édité en 1957 par Pierre Seghers. Lucien Clergue publie et expose, en France et à l'étranger, des photographies artistiques en noir et blanc sur quelques thèmes qui lui sont chers : les Gitans, la tauromachie, la Camargue et les nus féminins. Il soutiendra en 1979 une thèse sur la photographie à l'Université de Provence, qui sera publiée l'année suivante sous le titre Langage des sables, avec une préface de Roland Barthes. En 2006, il sera le premier photographe à entrer à l'Académie des Beaux-Arts, dans la section nouvellement créée de photographie.

Depuis leur création, les Rencontres internationales de la photographie d'Arles réunissent chaque été plusieurs milliers de professionnels et plusieurs dizaines de milliers de visiteurs autour d'une cinquantaine d'expositions de photographies, des projections, un colloque, répartis dans divers lieux de la ville et utilisant son riche patrimoine : cloître, théâtre antique, arènes... Des prix, dont le prix de la découverte, récompensent les oeuvres distinguées au cours de ce festival. Des stages sur la pratique photographique sont également proposés durant la période du festival.

Grâce à cette manifestation, Arles est devenue la ville référence pour la photographie contemporaine. Les expositions, mais aussi les débats, les conférences, les visites ont contribué à la reconnaissance de la photographie comme une expression artistique. Le rôle pionnier de la ville dans le domaine de la photographie a été renforcé par la création, dans ses murs, en 1982, de l'École nationale de photographie. Soutenues par les collectivités territoriales, le ministère de la Culture, un mécénat privé et public international, les Rencontres d'Arles fêtent en 2009 leur quarantième édition. S'adressant aussi bien aux photographes amateurs qu'aux professionnels, les Rencontres ont pris l'habitude, ces dernières années, de faire appel à un commissaire prestigieux, comme Martin Parr en 2004, Raymond Depardon en 2006 ou Christian Lacroix en 2008.

Bernard Cousin

Transcription

(Silence)
Journaliste
Lucien Clergue, des rencontres internationales de photographie, ça implique des langages différents. Est-ce que en photo aussi il y a des langages différents ?
Lucien Clergue
Non, c'est un langage universel, c'est pourquoi ces rencontres finalement ont ce succès, parce que tout le monde peut comprendre tout le monde.
Journaliste
Alors qu'est-ce qui se passe exactement ?
Lucien Clergue
Eh bien, des photographes professionnels viennent ici, rencontrent des photographes dits amateurs, conseillent des photographes en devenir, c'est-à-dire des étudiants, des stagiaires et enfin des utilisateurs, éditeurs, directeurs de magazine, et la critique, sont là, donc c'est un brassage complet ; tout le monde peut rencontrer tout le monde.
Journaliste
Ce qu'il y avait d'assez caractéristique, il y a 30 ou 40 ans, c'est que les photographes dits amateurs comme vous dites, c'étaient des gens plutôt âgés, maintenant ils ont moins de 30 ans.
Lucien Clergue
Oui, parce que je crois que bon, c'est, c'est une, c'est un phénomène de notre temps que les jeunes, les couches jeunes de la société peuvent aborder toutes les disciplines, mais je crois que la photographie est un art éminemment jeune. Enfin, quand on voit un homme comme [Cartès] qui a 82 ans, on est obligé de préciser 3 fois qu'il a 82 ans, car c'est un homme extrêmement jeune. Et je crois que la photographie a cette faculté de, de préserver cet oeil très frais de la jeunesse qui regarde le monde.
Journaliste
On peut faire de la photo avec beaucoup d'argent, on peut faire aussi de la photo avec pas beaucoup d'argent.
Lucien Clergue
Oui, Picasso me disait souvent, on me dit : tu sais, tu prends une boîte en carton, tu mets une pellicule au fond, tu tires une épingle que tu as à ton veston, tu fais un trou, tu attends un petit moment puis tu rebouches avec ta main et tu vas développer. Alors je lui disais que lorsque je devrais faire mes photos de nuit sur la mer, ce serait un peu difficile mais il avait raison, on peut faire des photographies comme ça, avec rien.
Journaliste
L'important c'est dans le regard, non dans la chose regardée.
Lucien Clergue
Absolument, la photographie ça commence d'abord à l'oeil et ensuite c'est la lumière qui commande le tout puisqu'il faut pas oublier que photographie c'est tout de même : écriture avec la lumière, c'est l'étymologie du mot.
(Silence)