Le musée Alexandra David-Néel à Digne

26 novembre 1975
03m 28s
Réf. 00405

Notice

Résumé :

Reportage à Samten Dzong, la maison de Digne dans laquelle a vécu Alexandra David-Néel, décédée en 1969. Marie-Madeleine Peyronnet, ancienne gouvernante de l'exploratrice, raconte sa vie, ses voyages et explique le travail à réaliser afin de transformer la maison en musée.

Date de diffusion :
26 novembre 1975

Éclairage

Sept ans après le décès d'Alexandra David-Néel (1868-1969), ses proches, et en particulier sa gouvernante qui s'est muée en gardienne de sa mémoire, désirent perpétuer son oeuvre et la faire connaître au plus grand nombre. L'exploratrice a en effet légué à la ville de Digne la maison dans laquelle elle a vécu pendant une trentaine d'années.

Première femme à visiter le Tibet, sa vie a été particulièrement mouvementée. Née dans un milieu bourgeois et austère, enfant agitée puis adolescente contestataire, elle entreprend des études de langues orientales à la Sorbonne puis au Collège de France. Elle rédige alors un traité anarchiste préfacé par le célèbre géographe Élysée Reclus. Féministe, menant une vie libre, elle devient chanteuse d'opéra et fait des tournées dans le monde entier, avant de se marier en 1904 avec Philippe Néel, ingénieur, connu en Tunisie. Elle s'en sépare en 1911 pour partir une nouvelle fois en Inde. Elle voyage en Extrême-Orient et en Asie centrale jusqu'en 1925. Elle consacre alors la plus grande partie de sa vie à l'exploration et à l'étude des peuples d'Asie pour qui elle s'est prise de passion. Durant les années où elle parcourt ces territoires, elle consacre également du temps à la méditation, effectuant des retraites dans les nombreux monastères de la région. Elle rencontre en 1914 le jeune moine Aphur Yongden qu'elle adopta par la suite. Ils se retirent ensemble dans une caverne d'ermitage au Nord du Sikkim à 3 900 mètres d'altitude, puis partent pour la Chine et le Japon. Déguisée en mendiante, elle effectue plusieurs séjours au Tibet, visitant même Lhassa, cité interdite, en 1924 jusqu'à ce qu'on la découvre. Rentrée en France, elle achète une maison en 1928 à la sortie de Digne où elle va écrire les nombreux ouvrages qui font connaître ses aventures et surtout les peuples de l'Himalaya et le bouddhisme en France. Après un voyage en Chine entre 1937 et 1946, elle se retire à Digne où elle meurt à l'âge de 101 ans.

Deux ans après ce reportage est créée l'association Alexandra David-Néel, qui, en 1982, reçoit la visite du Dalaï-lama qui vient à Digne visiter sa maison afin de rendre hommage à son oeuvre et à sa contribution à la connaissance du Tibet en Occident. Il pose la première pierre du bâtiment construit dans le parc de la maison. Celle-ci, véritable musée, attire de nombreux visiteurs et Digne est devenue l'un des centres les plus actifs dans la défense du peuple tibétain en France. Le Dalaï-lama y est revenu en 1986 à l'occasion de la création des Journées tibétaines.

Bibliographie :

Parmi les nombreux ouvrages d'Alexandra David-Néel, Voyage d'une Parisienne à Lhassa : à pied et en mendiant de la Chine à l'Inde à travers le Tibet, Paris, 1967, rééd. 2004. 

Évelyne Morin-Rotureau, Alexandra David Néel, Mouans-Sartoux, PEMF, 2003. 

Marie-Madeleine Peyronnet, Dix ans avec Alexandra David Néel, Paris, Plon, 1973.

Filmographie :

Jeanne Mascolo de Filippis et Antoine de Maximy, Alexandra David Néel : du Sikkim au Tibet interdit, Paris, Mk2, 2005.

Site internet :

Alexandra David-Néel

Maryline Crivello

Transcription

(Silence)
(Musique)
Interviewer
C'est dans Samten Dzong, sa forteresse de la méditation, que nous voyons Alexandra David Neel félicitée par l'ancien maire de Digne. Depuis, cette exploratrice hors du commun est morte, sa maison musée a été dédiée à la ville, qui touche les droits d'auteurs de ces innombrables oeuvres, dont certaines n'ont pas été encore éditées. Croyez-vous à une réincarnation ?
Alexandra David-Néel
Non, Madame, je vais vous expliquer ça, c'est [incompris].
Marie-Madeleine Peyronnet
Quelqu'un comme Alexandra David-Néel, qui a fait une oeuvre aussi importante, ces êtres-là ne meurent pas. Eux partent, mais leur oeuvre reste. Et là en l'occurrence, elle a laissé tellement d'archives, il y a encore tellement de choses à faire, à compiler, de choses qu'elle a écrites elle-même. Beaucoup de mes intimes disent que moi-même, il faut que je vive jusqu'à cent un ans pour arriver tout écrire.
Interviewer
Alors, vous vivez dans les murs qu'elle a connus ? Ici à Digne ?
Marie-Madeleine Peyronnet
Absolument. Oui, c'est une maison qu'elle a achetée en 1927. Elle l'a achetée toute petite, cette maison. Et puis elle a fait agrandir, par l'avant, le côté, le garage, par derrière. Elle a même fait construire une chambre précisément pour les malles. On ne construisaient pas de chambres d'amis, mais pour les malles, ces caisses qui allaient voyager avec elle à travers tout l'Extrême Orient, qui avaient transporté tous les objets que vous voyez ici, tous ces livres tibétains et autres, alors on faisait construire une pièce pour les malles.
(Musique)
Marie-Madeleine Peyronnet
Elle a beaucoup eu de considération pour son mari Philippe Néel, qui l'a beaucoup aidée, qui a été un mari exceptionnel, il faut le dire. Ils se marient le 2 août, ils se séparent le 17, et ils vivent très peu de temps ensemble, enfin ils se retrouvent de temps en temps, et Alexandra part définitivement en 1900. Définitivement, non. A l'époque, en 1911, elle dit à son mari qu'elle va partir pour dix-huit mois en Extrême Orient pour y faire des études. Et elle n'est rentrée que treize ans après. Le voyage a été un petit peu long. Elle est revenue, puis ça a été quand même la séparation définitive.
Interviewer
Ils ont trouvé le moyen de s'écrire après, pendant assez longtemps?
Marie-Madeleine Peyronnet
Toujours. Toujours, pendant quarante années. Il y a eu une très grande amitié, et je crois qu'on peut même dire beaucoup plus que de l'amitié. Il est certain que c'était un couple très à part.
(Musique)
Marie-Madeleine Peyronnet
Je pense que dans les archives, il reste encore beaucoup de choses à faire. Alors pour le moment, je fais l'inventaire. C'est un travail très fastidieux et très difficile, parce qu'Alexandra David-Néel écrit parfaitement le français bien entendu, l'anglais, le tibétain et le sanskrit. Et quand elle écrit des choses philosophiques et religieuses, le premier mot qui lui vient à l'esprit, c'est en sanskrit, en tibétain, en anglais ou en français, elle l'écrit dans la langue. Si bien que ça rend les choses extrêmement difficiles, il y a beaucoup de mots à faire traduire, c'est une tâche gigantesque qui reste à faire.