La situation économique et sociale dans la région

18 février 1976
03m 26s
Réf. 00406

Notice

Résumé :

L'industriel Pierre Terrin, président du Port autonome de Marseille, évoque la crise économique qui affecte alors la région. Il en décline les secteurs les plus touchés et apporte ses propres analyses sur l'origine des problèmes actuels.

Date de diffusion :
18 février 1976
Personnalité(s) :

Éclairage

Le bilan économique dressé par Pierre Terrin est inquiétant. En effet, la région détient le record du nombre de chômeurs en France : 93 000 chômeurs en tout, ce qui représente 7 % du chômage national. Cette situation résulte des difficultés des grands secteurs industriels de l'arc marseillais, en particulier de la chimie qui tourne à 90 % de ses capacités de production et surtout de la sidérurgie qui ne réalise qu'un tiers de ses objectifs avec une production totale de 1 million de tonnes. Les difficultés de ces grandes entreprises se répercutent au niveau de la sous-traitance, en particulier de la sous-traitance d'entretien, qui ne trouve plus le marché indispensable à sa survie. En fait, le seul secteur dont la situation soit satisfaisante est celui du BTP, soutenu par aides financières qui encouragent la construction.

L'analyse de Pierre Terrin est significative. Il est alors à la tête de la première entreprise de réparation navale française - la troisième du monde -, il est l'un des dirigeants de la Chambre de commerce et vient d'être nommé président du Port Autonome de Marseille, dont il sera l'un des grands artisans de son développement. Son action s'inscrit dans une perspective stratégique puisqu'il a fondé en 1966 l'association du Grand Delta qui a milité pour le développement économique d'un Sud-Est associant les régions lyonnaise et marseillaise, et plus particulièrement pour l'aménagement d'une grande zone industrialo-portuaire sur les rives du golfe de Fos. Il poursuit, en la peaufinant, l'idée exprimée en 1905 par l'ingénieur en chef Bourgougnon pour qui l'avenir de Marseille passait par son développement à l'Ouest : "Marseille sortirait ainsi de son cirque de montagnes dans lequel elle n'est restée que trop longtemps bloquée : ayant toute aisance pour ses transports à l'intérieur, Marseille s'épandrait sur toute la région, faisant de l'Etang de Berre, de Port-de-Bouc et Saint-Louis ses annexes".

Pierre Terrin est donc un homme d'action à la vision panoramique. Pourtant son analyse paraît singulièrement limitée. Pour lui, les raisons des difficultés économiques sont à rechercher d'abord du côté de l'Italie qui, en dévaluant sa monnaie de 20 %, a capté à son profit une grande partie du marché, et, ensuite du côté de l'Algérie qui a fortement réduit ses relations commerciales avec la France, à la suite des tensions entre les deux pays. Il n'intègre donc pas les conséquences du premier choc pétrolier qui a déstabilisé les équilibres et fortement ralenti les échanges internationaux. En fait, il ne parle pas de la crise plus profonde qui affecte l'ensemble du système, et des mutations dont les effets se feront sentir encore pendant très longtemps.

Bibliographie :

Xavier Daumalin, Jean Domenichino, Olivier Raveux, Le Port autonome de Marseille-Histoire des hommes-La réparation navale, Marseille, Editions Jeanne Laffitte, 2002.

Xavier Daumalin, Nicole Girard, Olivier Raveux, Du savon à la puce. L'industrie marseillaise du XVIIIe siècle à nos jours, Marseille, Éditions Jeanne Laffitte, 2003.

Jean Domenichino

Transcription

Journaliste
A l'heure actuelle, quel est le bulletin de santé de l'emploi dans la région Provence Côte d'Azur-Corse ?
Président Terrin
Le bulletin santé est mauvais. Le chiffre de 1975, pour la région Provence Côte d'Azur Corse, est de 93 000 chômeurs, c'est un record absolu pour la France, malheureusement, 7% du chômage français.
Journaliste
Quelles sont les causes ?
Président Terrin
Il y a toute une série de causes, mais les principales sont les suivantes. Tout d'abord, les industries, notamment la chimie, ne tournent pas à pleine capacité. Dans l'ensemble, cette branche tourne - 10 et - 50% par rapport à ses possibilités. Il faut donc que la consommation arrive à + 10 et + 50% pour que la chimie commence à embaucher. Ensuite, deux phénomènes politiques. Le premier, c'est l'Italie. La baisse de la Lire de 20% depuis le 1er janvier. Et puis, à travers les branches économiques italiennes, une baisse anormale des prix, et l'Italie vend actuellement en dessous de son prix de revient.
Journaliste
Il y a également une certaine tension entre Paris et Alger qui n'arrange pas les choses ?
Président Terrin
C'est exact, c'est le deuxième phénomène politique, la tension entre Paris et Alger. Il est certain que ces dernières années, Provence Côte d'Azur, notamment Marseille, était très bien placée pour exporter, étant donné que l'Algérie a un développement industriel fabuleux à l'heure actuelle. Nous avons senti à partir du deuxième trimestre de 1975, avec une accusation beaucoup prononcée à partir du 1er janvier 1976, une récession de l'exportation envers l'Algérie. Incontestablement, le phénomène politique a des répercussions économiques.
Journaliste
Autrement dit, la relance économique n'a pas réellement joué dans cette région ?
Président Terrin
Notre région à part quelques secteurs, comme les travaux publics par exemple, grâce à l'injection de 90 millions de nos francs dans le plan de relance, ce secteur a redémarré. Mais dans l'ensemble, on peut dire que nous sommes dans la stagnation.
Journaliste
Il y a une société, une entreprise qui à l'heure actuelle traverse une passe difficile, et elle illustre bien je crois le fait que certaines entreprises ne tournent pas à pleine capacité, c'est-à-dire la Solmer ?
Président Terrin
Oui, il est certain que Solmer est un phénomène extrêmement grave. Solmer emploie actuellement environ 6 500 personnes. Une usine qui a une capacité de production de trois millions et demi de tonnes. D'après les prévisions d'ailleurs, le doublement de l'usine aurait dû commencer, pour une production aux environs de 1978 de sept millions de tonnes, Et pour produire sept millions de tonnes, Solmer a besoin d'embaucher environ 500 personnes. Or Solmer en 1975 a produit un million de tonnes. Donc pas d'embauche avant longtemps, et surtout pas d'entretien. Alors dans cette région de Fos, Lavéra, Berre, le secteur chimique n'entretient pas, Solmer n'entretient pas ou plus exactement ne sous-traite pas, Et dans ce ce cadre-là, ce sont surtout les petites et moyennes entreprises qui sont terriblement touchées par cette récession de l'entretien des usines.