Inauguration du métro de Marseille

26 novembre 1977
06m 11s
Réf. 00420

Notice

Résumé :

Le métro est entré dans l'histoire de Marseille aujourd'hui. Il a été inauguré par le député-maire Gaston Defferre. La ville est ainsi la deuxième de France à se doter d'un réseau de métro. Pour le maire de Marseille, le métro est un aboutissement.

Date de diffusion :
26 novembre 1977

Éclairage

Face à l'augmentation de la circulation automobile et à l'engorgement du centre-ville, la ville de Marseille a envisagé dès le début des années 1960 la création d'un transport en commun en site propre, le métro. Les transports collectifs urbains se limitaient alors à un réseau de bus, depuis le démantèlement des lignes de tramway (à l'exception de la ligne 68) construites au début du XXe siècle et la disparition progressive des trolleybus électriques, pourtant peu polluants et adaptés aux fortes pentes du tissu urbain. Les études ont été entreprises dès 1964 par la RATVM (Régie Autonome des Transports de la Ville de Marseille, ancienne RTM et actuelle Régie des Transports Marseillais) pour une ligne souterraine de 7,4 km entre Les Chartreux au Nord-Est et le Rond-Point du Prado au Sud, desservant ainsi le centre et l'hypercentre. Le dossier a ensuite été transmis à la SOMICA (Société d'Economie Mixte Communale d'Aménagement et d'Equipement) qui a proposé alors deux lignes de 19 km desservant dix-sept stations, utilisant la technologie de roulements sur pneus inspirée du métro parisien (ligne 6). En 1972, après la réélection de Gaston Defferre au poste de maire l'année précédente, le dossier entra dans une phase active, piloté par une société ad hoc, la Société d'économie mixte du métro de Marseille. Les travaux commencèrent en 1973. L'inauguration de la première ligne a lieu en 1977. Marseille devient alors la deuxième ville de France après Paris à se doter d'un métro.

Le reportage fait revivre la journée inaugurale, avec la foule des invités, les personnalités officielles, les discours, l'arrêt dans les stations avec les inévitables danses du folklore provençal, tout cela commenté par Maguy Roubaud, journaliste très populaire de FR3 et présentatrice du journal télévisé régional. À ce moment-là, une seule ligne est construite entre la place Castellane et La Rose, soit une longueur de 9,4 km et dix stations. Elle sera prolongée en 1992 jusqu'à la Timone, desservant ainsi les hôpitaux ainsi que les Facultés de médecine et Pharmacie. Le reportage suit le trajet dans les rames avec Gaston Defferre, le député-maire, qui dit sa satisfaction de voir aboutir cet énorme chantier, le préfet des Bouches-du-Rhône et préfet de Région, Lucien Vochel, ainsi qu'Arthur Notebart, député du Nord et président de la Communauté urbaine de Lille, qui construit son propre métro, le VAL, en système automatique. On aperçoit, derrière Gaston Defferre, son épouse Edmonde Charles-Roux qui regarde par les fenêtres. Ce moment est l'occasion, pour le député-maire, d'expliquer l'absence remarquée de membres du gouvernement dont il est l'un des opposants notoires. Il se justifie en affirmant qu'il aurait été obligé de faire un discours désagréable et qu'il a donc préféré n'inviter personne, l'État étant tout de même représenté par le préfet. On en saura un peu plus lors du discours officiel du maire, qui portera une attaque directe et virulente contre le gouvernement de Raymond Barre, alors Premier ministre du président Giscard d'Estaing. À ce moment-là, c'est le maire qui parle, lui qui entretient depuis longtemps des relations difficiles avec le pouvoir central, mais c'est aussi le membre éminent d'un Parti Socialiste en plein essor et qui espère reconquérir la tête de l'État. Gaston Defferre dénonce le coût du métro, supporté essentiellement par la collectivité locale. Elle a dû s'endetter et a été victime, d'après lui, d'une entente de fournisseurs qui a surenchéri le coût des rails. On ne sait si le surcoût du métro vient vraiment de là, mais l'occasion était trop belle pour Gaston Defferre. Il en profite pour dénoncer le silence du ministère des Finances ainsi que les sidérurgistes à qui l'État fait des cadeaux - le financement de la zone de Fos et les aides à la restructuration du secteur sidérurgique en étant des exemples à la fois proches et récents. La question posée par la journaliste sur les risques de dégradation volontaire d'installations "si belles" peut surprendre. Pourquoi trop belles pour les Marseillais ? Il est vrai que le métro marseillais n'échappera pas, comme d'autres réseaux dans d'autres villes, aux problèmes récurrents d'entretien et de propreté. Comparé à d'autres réseaux métropolitains, il sera critiqué pour la cherté de sa tarification et ses horaires nocturnes, longtemps limités à 21h 30, portés ensuite à 22h 30 sauf les week-ends.

La ligne n°2 sera construite entre 1984 et 1987, de la station Bougainville au Nord à Sainte-Marguerite au Sud, près du Stade Vélodrome. Les deux lignes se croiseront à la station Saint-Charles qui dessert la gare et à Castellane. Aujourd'hui, une extension de la ligne 1 est prévue au-delà de La Rose en direction de Château-Gombert et de sa technopôle, alors que les travaux d'extension vers La Fourragère doivent être achevés en 2009. Ainsi desservie, La Blancarde deviendra un pôle d'échanges multimodal (avec le tramway et les bus) pour l'Est marseillais, puis Saint-Barnabé. Sur la ligne 2, le prolongement vers Saint-Loup est à l'étude. On considère que le réseau métropolitain marseillais est emprunté quotidiennement par un Marseillais sur cinq. Depuis 2001, la RTM est placée sous le contrôle de la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole. Marseille est l'une des rares grandes villes françaises à exploiter directement son réseau de transports sans passer par la délégation de service public.

Nicole Girard

Transcription

Maguy Roubaud
Eh ! bien, le métro est entré aujourd'hui dans l'histoire de Marseille. Un métro que tous les Marseillais en grand nombre sont venus admirer. Ils ont été cent mille à cent cinquante mille environ à venir dans l'après-midi jusqu'à maintenant. Bien entendu, le métro est ouvert jusqu'à minuit. Ils ont donc admiré les stations hautes en couleurs. L'esthétique de ce métro orange et blanc, le confort car il est très confortable, et également si j'ose dire le silence, car c'est vrai, ce métro est pratiquement silencieux. Ce matin à neuf heures trente, il y a eu l'inauguration officielle. Alors, pas de ministre, pas de musique pour cette inauguration proprement dite. Il y a eu, par contre une bonhomie très marseillaise, et on sentait ici, on respirait l'air frais, la lavande, les parfums propres à la Provence qui contrastaient avec l'air vif qui soufflait dehors.
(Silence)
Présentateur
Le métro de Marseille, c'est la fête, surtout le jour de l'inauguration. Avec le mistral glacé qui souffle à la station La Rose, il faut bien cela pour réchauffer les quinze cent invités du premier voyage. Gaston Defferre arrive en compagnie de Lucien Vochel, le préfet de région.
(Silence)
Présentateur
Même si l'on est maire de Marseille, on ne peut éviter le ticket. Et après la bouderie du premier portillon automatique, devoir choisir le second.
(Silence)
Présentateur
Avec Arthur Notebart, le président de la communauté urbaine de Lille qui sera la troisième métropole française à être équipée d'un métro, et avec Henri Baucher, le directeur général du métro de Marseille, c'est l'arrivée sur le quai pour le premier voyage.
(Silence)
Responsable du métro
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, nous partons en direction de la station Saint Charles. A la station Cinq Avenues-Longchamp, toutefois, nous nous arrêterons, et les portes ayant été ouvertes, vous pourrez, pendant une dizaine de minutes, visiter la station. Merci.
Maguy Roubaud
Monsieur le Maire, lorsque'on a longtemps caressé un rêve, et que ce rêve devient une réalité, que ressent-on ?
Gaston Defferre
On est heureux. On a de la peine à y croire, et je dois dire que après avoir visité les chantiers, après avoir étudié les dossiers, après avoir fait démarches sur démarches, eh ! bien aujourd'hui, c'est l'accomplissement.
Maguy Roubaud
Ce métro est très beau esthétiquement, il est très confortable, il ne fait pratiquement pas de bruit. Est-ce que vous ne redoutez pas que les Marseillais l'abîment un petit peu ?
Gaston Defferre
Je suis convaincu que les Marseillais seront très attentifs et éviteront d'abîmer le métro. J'ai d'autres expériences dans ce domaine, par exemple en ce qui concerne la Maison des jeunes et de la culture, que nous avons confié aux lmouvements de jeunesse, et ils ont été admirablement entretenu par les jeunes. Je suis sûr que les Marseillais seront fiers de leur métro et éviteront de l'abîmer.
Reporter
Aucun ministre n'est invité à l'inauguration, Gaston Defferre explique pourquoi.
Gaston Defferre
Si j'avais invité un membre du gouvernement, j'aurais été moralement obligé de tenir des propos assez désagréables, et comme je ne voulais pas le faire, je n'ai pas invité de membre du gouvernement. Mais le gouvernement est représenté ici dans son ensemble, par Monsieur le préfet, pour lequel j'ai beaucoup d'égards et de considération, et par conséquent le gouvernement est représenté ici de la meilleure façon.
Présentateur
A la station Cinq Avenues-Longchamp, arrêt. Toujours la musique, toujours la fête, et toujours cet aimable désordre qui ne nous a pas quitté depuis La Rose et qui ne nous lâchera plus. Ce n'est pas encore le métro japonais et ses pousseurs en gants blancs, mais nous n'en sommes pas loin.
(Silence)
Présentateur
Enfin, après dix huit minutes de voyage, la station Saint-Charles, le terminus.
(Silence)
Gaston Defferre
Eh ! bien, j'espère que dans l'avenir, tous les jours, à toutes les heures, il y aura autant de monde dans le métro qu'aujourd'hui. Et que tous ceux qui y seront seront aussi contents que je peux l'être.
Présentateur
C'est ensuite à la gare et station Saint-Charles les discours d'usage : bilan, remerciements et aussi mise au point appuyée.
Gaston Defferre
Je dis ce que le métro a coûté. Il aurait coûté moins cher si nous n'avions pas dû payer les rails à un prix anormalement élevé. Nous nous sommes heurtés à une coalition de fournisseurs. Nous avons alors saisi les instances qualifiées au Ministère des Finances. Nous attendons toujours la réponse. Monsieur Barre préfère s'en prendre aux boulangers et pâtissiers, aux croissants et aux petits pains au chocolat, qu'aux sidérurgistes, qui pourtant reçoivent des prêts très importants de l'Etat.
Présentateur
En fait, c'est un rêve que vous, vous n'avez pas encore tout à fait réalisé. Alors quelle est votre impression en sortant de ce métro qui n'est pas le vôtre ?
Arthur Notebart
Pour moi, c'est un rêve qui n'est pas terminé mais c'est un rêve qui est engagé. Car le matériel roulant est maintenant à soixante pour cent réalisé. Le garage est également en cours de chantier, les trois premiers lots sont partis, il ne me reste tout simplement qu'à tirer des leçons de ce que j'ai vu à Marseille. Métro élégant, moderne, j'aime autant dire que j'ai été frappé de l'élégance du viaduc. J'ai constaté que les nuisances n'étaient pas des choses insupportables, et j'espère que dans ma région on en tiendra compte.
Présentatrice
Voilà, c'était donc les grands moments de cette journée d'inauguration du métro de Marseille, retour à la station Saint Charles.