Les pêcheurs Marseillais face aux problèmes communautaires

23 novembre 1978
03m 19s
Réf. 00426

Notice

Résumé :

Les patrons pêcheurs marseillais s'inquiètent de l'élargissement de la CEE et de la position privilégiée de leurs concurrents italiens : prix du carburant, monnaie... C'est l'occasion de voir comment se déroule une sortie en mer à bord du Joseph-Marie : départ du Vieux-Port à 19h pour l'île du Planier, pour une pêche au lamparo.

Date de diffusion :
23 novembre 1978

Éclairage

À l'aide de scènes tournées sur le Vieux-Port de Marseille et au cours d'une pêche au lamparo au large de l'île de Planier, le reportage illustre la concurrence entre pêcheurs français et italiens, à la veille d'un élargissement qui ouvrira les ports de pêche français aux Italiens. Comme pour les agriculteurs du Midi, ces évolutions inquiètent.

Plusieurs problèmes sont abordés. D'abord, vraisemblablement par un responsable des pêches locales, sont évoquées les conditions inégales de concurrence entre l'Italie et la France pour des raisons de non-parité des monnaies (la lire étant sous-évaluée par rapport au franc) et de prix des carburants, bien moins élevés en Italie. Les pêcheurs français sont "écrasés par les charges" selon le témoin. Les problèmes de concurrence sont en fait récurrents au sein de l'Union européenne, d'autant que le secteur de la pêche, activité de récolte, se prête mal à l'instauration d'un marché communautaire, compte tenu des inégalités d'organisation de la profession dans les différents États européens. La confrontation brutale d'armements perfectionnés et de pêcheurs aux techniques traditionnelles multipliera les occasions de conflits. C'est ainsi que l'entrée de l'Espagne dans la Communauté européenne soulèvera les mêmes craintes. La confrontation avec les pays tiers, Maroc, Mauritanie, sera une autre étape de la concurrence dans d'autres zones de pêche (Atlantique).

La séquence suivante prend pour prétexte la pêche de nuit à bord d'un bateau relativement modeste, le Joseph-Marie, pour poser le problème des adaptations techniques. Elle donne l'occasion de voir un mélange de techniques traditionnelles, le lamparo, très utilisé en Méditerranée, et l'usage d'un sondeur ou sonar qui permet de repérer les bancs de poisson. Il semble que le patron pêcheur ait eu quelques difficultés à apprivoiser ce nouvel outil. On se rend compte surtout que cette pêche, encore très artisanale par ses techniques et la taille de ses entreprises, pratique une forme de surexploitation dans une mer réputée peu poissonneuse. Depuis, la pêche au lamparo a considérablement diminué en Méditerranée à cause des ravages qu'elle provoquait, ce qui est le cas dans le reportage (six tonnes de dorade en une seule nuit !). La protection puis le renouvellement de la ressource vont bientôt obliger les pêcheurs à d'autres pratiques plus respectueuses. La forte demande japonaise sur le thon rouge de Méditerranée et la raréfaction de l'espèce ne viennent-elles pas, en 2008, de conduire à l'instauration de quotas de pêche ?

Nicole Girard

Transcription

(Silence)
Journaliste
L'été indien de novembre se traduit, au petit matin, par d'importants arrivages de sardines, de pelamis, de sortes de petits thons et de daurades, le poisson le plus recherché. Mais ces prises miraculeuses ne font pas perdre de vue aux pêcheurs le danger qui les guette, dans le cadre des accords de la Communauté Européenne. Ils appréhendent l'entrée de l'Espagne et de la Grèce et craignent l'échéance de 1981, année à partir de laquelle leurs confrères italiens auront accès aux eaux territoriales et aux ports français.
Pêcheur
On ne peut pas être compétitifs, car les Italiens ont des avantages que nous n'avons pas. Je voudrais citer seulement le carburant. L'Italie paie le carburant au prix de la marine de guerre, alors que nous, nous sommes écrasés par les charges actuellement. Et naturellement, il y a une question de parité de monnaie. Lorsque l'Italie livre de la sardine en France, ils peuvent se permettre de livrer, rendus en France, à 2 francs 50. Avec les frais d'approche, nous, on ne peut pas.
Journaliste
Mais comment le pêcheur marseillais, si menacé dans l'avenir, vit-il en 1978 ? 19 heures, le Joseph-Marie va quitter le quai du Vieux-Port pour l'île du Planier. Trajet d'une durée d'une heure 30.
(Musique)
Journaliste
Branle-bas de combat. Le lamparo est chargé de fixer le banc de poisson grâce à sa lumière intense.
(Musique)
Journaliste
C'est le sondeur qui a décelé le bon endroit.
(Musique)
Journaliste
Toinou, le patron pêcheur, a mis plusieurs saisons pour découvrir toutes les subtilités du matériel moderne.
(Musique)
Journaliste
Quel était le secret qui vous échappait avant, alors ?
Toinou
On pensait que quand ils marquaient les daurades qu'on voit maintenant, souvent, on est parti, et puis c'était des daurades, c'était une marque qu'il y avait, que maintenant on connaît, qu'avant... Avant, on pensait que c'était d'autres poissons que la daurade. Jamais on ne pensait qu'il puisse y avoir des daurades.
Journaliste
Oui, espèce de radar sous-marin, le sondeur indique les endroits poissonneux à l'aide de taches, ces marques que Toinou n'a pas su intepréter d'emblée. Aujourd'hui, les bancs de daurade n'ont plus de secrets pour lui. Ce salabre a déversé, à cette cadence, 6 tonnes de poisson, de la poche du filet au pont du bateau. Jamais, de mémoire de pêcheur marseillais, pêche n'a été aussi extraordinaire.
(Musique)
(Silence)