La crise de la lavande bientôt résolue

14 février 1980
02m 25s
Réf. 00432

Notice

Résumé :

La lavande aura bientôt son appellation d'origine contrôlée. La France, qui a le monopole de la production, a connu de nombreuses difficultés - notamment en Provence - depuis 1961. Elle produit 85 tonnes d'essence de lavande, utilisée dans la parfumerie, représentant 70% de la production française. La production française souffre de la concurrence des produits synthétiques et de la lavande d'importation, beaucoup moins chère.

Date de diffusion :
14 février 1980
Personnalité(s) :

Éclairage

Plante emblématique de la Provence, la lavande et un hybride, le lavandin, ne sont cultivés en Provence que depuis le début du XXe siècle, en liaison avec l'expansion de l'industrie des parfums de Grasse. La Haute Provence et plus spécialement les plateaux calcaires, caillouteux et secs du Vaucluse (plateau de Sault) et des Alpes-de-Haute-Provence (plateau de Valensole) sont les terroirs privilégiés de cette culture et produisent 94 % de la lavande et du lavandin français. Il y a plusieurs types de lavande, dont la grande lavande (ou aspic) et la lavande vraie ou lavande fine. Le lavandin, un hybride des deux précédentes, est cultivé depuis les années 1930 et couvre une grande partie du plateau de Valensole.

Lavande et lavandin sont cultivés essentiellement pour la production par distillation d'huiles essentielles. Celles-ci sont massivement exportées, le lavandin, d'un rendement supérieur, étant utilisé pour la parfumerie courante ou la savonnerie et la lavande fine pour la parfumerie de luxe.

L'extension maximale des surfaces cultivées en lavande et lavandin a été atteinte dans les années 1960. C'était la période de l'"or bleu", celle d'un produit peu exigeant, facile à reproduire et cultiver. À la fin des années 1970, la lavande a connu une très forte crise à cause de la concurrence des produits de synthèses et surtout à cause de la production venant de Bulgarie et de Russie. Celle-ci, issue de clones de lavande beaucoup plus productifs, est dénoncée dans le reportage par la représentante du syndicat des producteurs.

Cette crise a été en partie résolue avec l'obtention d'une appellation d'origine contrôlée - Lavande fine de Haute Provence - pour une partie des zones de production, et un plan de relance mis en place en concertation avec les autorités européennes dans les années 1990. Le reportage se situe à la veille de l'obtention de cette AOC et se conclut de façon optimiste, mais les problèmes de concurrence subsistent et, aujourd'hui, on constate une stabilisation des surfaces mises en culture, voire une régression dans certains secteurs.

Quatre départements concentrent l'essentiel de la production de lavande fine et de lavandin (Vaucluse, Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Drôme), toujours dans le cadre d'exploitations familiales et de petites distilleries, comme le montre le reportage. La culture de la lavande alimente l'industrie de la parfumerie, mais aussi celle des cosmétiques et la pharmacie (aromathérapie). La lavande fait également la renommée de certains produits, le miel de lavande ou la gelée de fleurs de lavande. Quant aux bouquets de fleurs coupées et aux petits sachets de senteur, ils font partie de la panoplie du commerce touristique.

Par les produits qu'elle a engendrés mais aussi par les paysages qu'elle a créées, la lavande, comme l'olivier, est le symbole d'une certaine image de la Provence.

Bibliographie :

André de Réparaz, Lavande et lavandin, leur culture et leur économie en France, Gap, Annales de la Faculté des Lettres d'Aix-en-Provence-Ophrys, 1965.

Nicole Girard

Transcription

(Silence)
Journaliste
La lavande aura bientôt son appellation d'origine. C'est ce que souhaitaient beaucoup de producteurs, malgré les nombreux impératifs prévus dans le projet pour en bénéficier. La lavande, produit de qualité, et dont la France détenait le monopole, connaît, depuis 1961, des problèmes de vente. Les 4 départements méridionaux, Alpes de Haute Provence, Hautes Alpes, Drôme et Vaucluse, produisent 85 tonnes d'essence de lavande fine utilisées dans la parfumerie très élaborée, et représentant 70% de la production française. A côté, le lavandin, variété hybride, représente 950 tonnes, soit 100% de la production nationale, mais il est utilisé surtout en parfumerie courante et dans la savonnerie. Aujourd'hui, ces productions souffrent avant tout d'une double concurrence : les produits de synthèse, mais surtout les lavandes d'importation, beaucoup moins chères.
Productrice
La culture de la lavande et de clones, surtout, de lavande s'est faite dans des pays de l'Est, Bulgarie et Russie. Le clone produisant davantage, ils sont arrivés à des tonnages très très importants, puisqu'on pense qu'en Bulgarie, ils doivent tourner à une production de 150 à 200 tonnes par an.
Journaliste
Alors hier, on a parlé, au cours d'une réunion, d'appellation contrôlée pour les lavandes. Qu'est-ce que ça changerait pour les producteurs ?
Productrice
Je crois qu'elle peut apporter aux producteurs et surtout à l'acheteur international une notion de qualité qu'il avait un peu oubliée, qu'elle soulignera davantage le produit français, bien que nous ayons déjà, sur les catalogues internationaux, des qualités dites françaises, les Barème et les Mont-Blanc. Je crois que le label peut redonner un blason auprès des acheteurs de qualité pour nos lavandes françaises.
Journaliste
Mais reste le problème des stocks, c'est-à-dire les pertes enregistrées lors des années de surproduction et qui sont difficiles à évaluer. Les producteurs sont inquiets : ils ne veulent pas d'une remise trop rapide sur le marché, ce qui risquerait de l'asphyxier complètement. Pour eux, la crise n'est que cyclique et ils ont bon espoir pour leur avenir.
(Silence)