Inauguration d'un monument à l'Algérie Française à Toulon

14 juin 1980
02m 25s
Réf. 00433

Notice

Résumé :

En présence de 3 000 personnes a été inauguré à Toulon un mémorial aux "martyrs de l'Algérie Française" par Jacques Dominati, secrétaire d'État aux Rapatriés. Ce monument a été plastiqué une semaine auparavant. De nombreux élus de la région, des représentants des rapatriés et d'anciens chefs de l'OAS étaient présents.

Date de diffusion :
14 juin 1980

Éclairage

La région toulonnaise, comme celle de Nice, abrite de nombreux rapatriés d'Algérie parmi les plus engagés dans le combat pour l'Algérie Française. C'est d'ailleurs à Toulon qu'avait été organisée une tentative d'assassinat contre le Général de Gaulle lorsqu'il était venu inaugurer le Mémorial du Débarquement au Mont Faron, le 15 août 1964. La droite locale s'était montrée majoritairement favorable à cette option et hostile à la politique gaulliste. La municipalité Maurice Arreckx a intégré dans son conseil, dès 1965, des rapatriés représentant cette tendance, en particulier le colonel Reymond, expulsé du Maroc pour son action hostile à l'indépendance, et le journaliste André Seguin, ancien OAS, qui a même été élu conseiller général. La municipalité a favorisé l'action du colonel Reymond en faveur de la création de lieux de mémoire spécifiques. Le premier a été érigé en 1971 au grand cimetière ouest de la ville (Lagoubran) avec un mausolée aux morts de l'Empire Colonial, inauguré sous l'égide du Général Jouhaud, en présence de Jacques Soustelle.

Encore plus significatif est le monument aux Martyrs de l'Algérie Française, érigé au pied des remparts de la Porte d'Italie, à l'entrée de la vieille ville et représentant explicitement Roger Degueldre, chef des commandos terroristes de l'OAS, condamné à mort et fusillé en 1962. Cette érection reflète un climat politique local, mais aussi une évolution politique nationale, la droite giscardienne ayant cherché à intégrer l'ensemble des courants non gaullistes ou antigaullistes en son sein. Les personnalités présentes à la cérémonie sont représentatives de cet éventail puisque s'y trouvent les élus varois du Parti républicain (les députés François Léotard et Arthur Paecht, le maire de Toulon), Jacques Médecin, le maire de Nice, qui avait rejoint le PR et dont l'engagement Algérie française était notoire, tout comme celui de Jacques Dominati, le secrétaire d'État aux rapatriés dans le gouvernement Barre. La représentation du gouvernement à une telle cérémonie aurait été inconcevable sous le pouvoir gaulliste. Il n'en reste pas moins que le discours du secrétaire d'État est chahuté car sont présents les plus activistes des rapatriés. Ce sont eux qui assurent le service d'ordre que l'on voit dans le reportage. Les grandes figures de l'OAS sont là : le général Jouhaud, l'un des chefs des putschistes de 1961, Pierre Sergent, chef de l'OAS en métropole, les colonels Argoud et Garde, anciens de l'OAS, tout comme Jo Ortiz, cafetier à Alger, l'un des chefs ultras de la Semaine des barricades en janvier 1960, le bachaga Boualem, figure emblématique des harkis, installé à Mas-Thibert (Arles). La présence de la fille du colonel Bastien-Thiry, concepteur de l'attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle le 22 août 1962, condamné à mort et fusillé, donne tout son sens à la cérémonie. Les cris qui ont fusé lors de l'allocution du secrétaire d'État - "Amnistie" et "Réhabilitation" - renvoient à la mémoire des hommes que le monument honore. Dans son allocution, Maurice Arreckx a déclaré : "Nous sommes ici pour honorer la mémoire de ceux qui ont versé leur sang pour pacifier, fertiliser et défendre l'Algérie française". Le général Jouhaud, président d'honneur du Front national des rapatriés, rappela " la mémoire de trois camarades de prison exécutés sur ordre du gouvernement français : Degueldre, Piegts et Dovecar... tombés au champ d'honneur". Auparavant, il avait rendu hommage au Colonel Bastien-Thiry, "qui fit le sacrifice de sa vie". En apprenant la présence du secrétaire d'État à cette cérémonie, les députés RPR réagirent vivement et Raymond Barre dût plaider, sans convaincre personne, que Jacques Dominati ignorait ce que représentait la stèle. La FNACA, la principale association d'anciens combattants de la guerre d'Algérie, s'en indigna en rappelant que les commandos de l'OAS avaient tué des soldats du contingent

Le monument de la Porte d'Italie sera en fait inauguré en deux fois. La première inauguration, dont rend compte ce reportage, a lieu pour le 150e anniversaire du débarquement des troupes françaises en Algérie, à Sidi Ferruch, le 14 juin 1830. Mais, comme on le voit, la stèle a été plastiquée peu avant, le dimanche 8 juin 1980. Elle sera relevée et inaugurée une deuxième fois, le 14 août 1981, toujours par le général Jouhaud.

L'inauguration récente d'une stèle à la mémoire de Roger Degueldre au cimetière de Marignane en 2005 et la polémique qui a suivi a rarement mentionné la continuité dans laquelle elle se situait. Outre Toulon, d'autres stèles du même type ont été érigées dans certaines villes de la région. L'une des premières l'a été à Nice, dans le Jardin d'Alsace-Lorraine, non loin de la statue du nationaliste Déroulède, le 25 février 1973, à l'initiative de la Fédération des Associations de rapatriés des Alpes-Maritimes, en présence de Jacques Médecin et d'élus locaux de premier plan. La mobilisation des élus de ce même département en faveur de la loi du 23 février 2005 et de la mention obligatoire du "rôle positif" de la colonisation dans les manuels scolaires les inscrit dans cette filiation.

Depuis 1983, le square où se trouve la stèle de Toulon porte le nom du Colonel Reymond qui avait démissionné du conseil municipal de la ville, lorsque celui-ci s'était enfin résolu à honorer le général de Gaulle en donnant son nom à une avenue.

Jean-Marie Guillon

Transcription

(Silence)
Journaliste
Près de 3000 personnes ont participé, ce matin, à Toulon à l'inauguration d'un monument dédié à la mémoire des martyrs de l'Algérie française. Cette manifestation, placée sous la présidence du général Edmond Jouhaud, en présence du Secrétaire d'Etat, monsieur Jacques Dominati, a vu de nombreuses personnalités assister à cette cérémonie du souvenir. Ce monument, bien que plastiqué dimanche dernier et totalement détruit, n'a pas empêché des milliers de personnes de venir, de se réunir, à l'occasion du 150ème anniversaire du débarquement de Sidi Ferruch. L'allocution de monsieur Dominati a été quelque peu troublée par des cris de l'assistance, comme « Amnistie ! » et « Réhabilitation ! ». Ont tenu à assister à cette inauguration Jacques Médecin, Arthur Paecht, Maurice Arreckx, Francis Léotard, Jean-Claude Gaudin, mais également le Bachaga Boualem, les colonels Gardet et Argoud, le capitaine Sergent, Joseph Ortiz et la fille de Bastien-Thiry. Un peu plus tard, dans la matinée était dévoilée la plaque du boulevard du général Bouvet, qui fut le libérateur de la Provence et qui commanda les commandos d'Afrique. A cette occasion, nous avons demandé à l'auteur des Commandos d'Afrique, que représentait pour un jeune auteur une telle manifestation.
Patrick (de) Gmeline
J'ai écrit ce livre, Les Commandos d'Afrique qui symbolise, en grande partie, la lutte de l'armée d'Afrique, la rentrée dans la guerre pour la France. Et c'était à une époque que je n'ai pas connue, puisque je suis né au moment où la guerre s'achevait, et je n'ai pu connaître que les survivants de cet immense affrontement. Et je crois que ceci a une double importance. D'une part parce que les Français se souviennent de plus en plus de leur histoire, et notamment, actuellement, de l'histoire de cette Seconde Guerre mondiale. On se souvient souvent des pages douloureuses, des pages de la défaite de 40 et on oublie un peu trop qu'une certaine armée d'Afrique est rentrée en guerre, et a inscrit des noms glorieux sur les drapeaux français. Donc je crois que c'est un devoir à rendre à ces combattants. Et en même temps, pour la jeune génération, la mienne, et des gens même plus jeunes que moi, qui viennent après, il s'agit de voir ce qu'ont pu faire, à une certaine époque exaltante et douloureuse, des garçons de France qui avaient leur âge.
(Silence)