Remise des clés du Théâtre de la Criée à Marcel Maréchal

26 mars 1981
02m 56s
Réf. 00435

Notice

Résumé :

Remise des clés du nouveau théâtre national de Marseille au metteur en scène Marcel Maréchal, son directeur. Il a été réalisé dans l'ancienne criée au poisson, sur le Vieux-Port. Interviews de Bernard Guillaumot, l'architecte qui a conçu le projet, de Gaston Defferre, maire de Marseille, et de Marcel Maréchal.

Date de diffusion :
26 mars 1981

Éclairage

La ville de Marseille a décidé de construire un nouveau théâtre, doté de deux salles, la plus grande pouvant accueillir 800 spectateurs, sur le Vieux-Port, quai de Rive-neuve, dans l'espace laissé vacant par le déplacement de la criée au poisson. L'ancien bâtiment, dont la façade a été conservée, a donné son nom au théâtre de la Criée. Le reportage est tourné à l'occasion de son inauguration en 1981.

La construction de cet espace scénographique, effectuée sous la direction de l'architecte-scénographe Bernard Guillaumot, a été réalisée en collaboration étroite avec Marcel Maréchal, nommé directeur du théâtre national de Marseille. Ce dernier était arrivé à Marseille en 1975 à la tête du théâtre du Gymnase, riche d'une expérience menée à Lyon d'abord au petit théâtre de la rue des Marronniers, puis du théâtre du VIIIe. Dès 1958, il avait créé sa troupe, les Comédiens du Cothurne, mettant à son répertoire aussi bien des classiques que des auteurs modernes, avec un goût particulier pour le théâtre populaire et une politique de fidélisation du public par le biais d'abonnements. C'est dans le même registre que pendant treize ans (de 1981 à 1994), il va assurer le développement du théâtre de la Criée, montant des spectacles avec sa compagnie et en accueillant d'autres. Jouant sur la liberté que lui donnent les deux salles de la Criée (l'une de 800, l'autre de 300 places), il assure une programmation éclectique avec notamment des pièces d'Aristophane (La Paix), William Shakespeare (Le roi Lear), Molière (Scapin, Don Juan, Tartuffe, L'École des femmes), Beaumarchais (Le mariage de Figaro), Alexandre Dumas (Les trois mousquetaires), Théophile Gautier (Le capitaine Fracasse), Georges Feydeau (La puce à l'oreille), Anton Tchekhov (La cerisaie), Bertold Brecht (Maître Puntilla et son valet Matti), mais aussi des auteurs contemporains français ou étrangers comme Jean Genet (Les paravents), Samuel Beckett (Fin de partie), Jean Vauthier (Capitaine Bada), Valère Novarina (Fasltafe), Edouardo De Filippo (Filumena Marturano), David Mamet (Glengarry Glen Ross), Sam Sheppard (Californie, paradis des morts de faim)...

Après le départ de Marcel Maréchal pour la région parisienne, le théâtre de la Criée est confié à Gildas Bourdet de 1995 à 2001, puis à partir de 2002 à Jean-Louis Benoît.

Bernard Cousin

Transcription

(Silence)
Journaliste
Après avoir été, depuis 1909, le haut lieu par excellence de la gouaille marseillaise dans ce qu'elle a de plus typique, puisque c'est ici que les marchands de poisson venaient vendre la pêche d'Olive et celle de Marius, la Criée de Marseille sera, à partir du 22 mai, le temple du bon et du bien parler. Et ce sont les clés du théâtre le plus moderne de France que Gaston Defferre a confié à Marcel Maréchal, cet après-midi. Bien parler mais bien construire aussi, car les deux salles de ce théâtre ont été un exercice de style pour Bernard Guillaumot, leur architecte. Respect du site du Vieux-Port, exigence des Baladins oblige.
Bernard Guillaumot
Le succès architectural de ce projet, justement, est né des contraintes, les contraintes du lieu, les contraintes de la volumétrie qui ont voulues être respectées par monsieur le maire et le programme qu'on a pu définir avec Marcel Maréchal à l'intérieur.
Journaliste
Quelle sont les plus grosses difficultés que vous avez eue ?
Bernard Guillaumot
Les difficultés qu'on a eues, c'est les hauteurs de la cage de scène, qui sont relativement limitées par rapport à un théâtre traditionnel, qui sont actuellement l'identique du théâtre du Gymnase, c'est-à-dire 14 mètres de haut. Et on a été obligés d'inventer toute une technique de scénographie, et de machinerie spécialement adaptée à ce lieu. J'ai essayé de refaire une salle basée sur les techniques acoustiques des lieux de plein-air, c'est-à-dire des théâtre de plein-air, des théâtres antiques, et de remettre un matériau minéral qui est la pierre.
Journaliste
Et de fait, cette grande salle de 800 places est telle que Marcel Maréchal la rêve depuis 5 ans. Plaisir multiplié encore par la promotion de sa troupe au rang de théâtre national.
Marcel Maréchal
C'est un lieu absolument admirable, somptueux, surtout techniquement, pour tous les gens qui connaissent la technique, un lieu parfait, un lieu de niveau international quoi. C'est vraiment un lieu fabuleux et j'en suis assez fier. De toute façon, il est pour moi pour le moment, bien sûr, ce lieu, mais il est aussi un cadeau énorme qui a été fait par la municipalité à tous les Marseillais, parce qu'on fait un théâtre une fois par siècle ou... Enfin, nous avons travaillé pour l'avenir et j'en ai conscience. J'aurais laissé quelque chose, disons, ici, dans cette ville.
Journaliste
Pour Gaston Defferre, enfin, cette salle réservée aux grands auteurs, et la petite qui permettra les créations d'avant-garde, sont les éléments concrets de la restauration de l'image de marque de sa ville.
Gaston Defferre
C'est une joie, une joie chère : 52 millions, plus de 5 milliards de centimes. Quand on construit un théâtre pour une aussi longue période, je crois qu'il faut faire un beau théâtre, un théâtre complet qui puisse servir à des metteurs en scène très différents les uns des autres, qui n'ont pas les mêmes techniques. Et c'est pourquoi ce théâtre a deux salles qui peuvent être utilisées de façon très différente. Il me semble que c'est une réussite. Le public marseillais le dira.
(Silence)