Hommage à Jean Ballard aux Archives de Marseille

26 novembre 1981
02m 49s
Réf. 00442

Notice

Résumé :

L'exposition "Rivage des origines" aux Archives de la ville de Marseille rend hommage au travail de Jean Ballard, créateur de la revue littéraire Les Cahiers du Sud. Interview de Marcelle Ballard, veuve de Jean Ballard, et de l'écrivain Edmonde Charles-Roux, épouse du maire de Marseille.

Date de diffusion :
26 novembre 1981

Éclairage

À l'automne 1913 un petit groupe de lycéens et anciens lycéens du Lycée Thiers de Marseille, animé par le jeune Marcel Pagnol, fonde une revue littéraire intitulée Fortunio. Le premier numéro sort le 10 février 1914. Quelques mois plus tard le déclenchement de la Première Guerre mondiale interrompt la publication. En 1920, Marcel Pagnol relance la revue, avec le concours, notamment de Jean Ballard qui démarche des entreprises marseillaises pour trouver des publicités assurant le difficile équilibre financier de la revue. Pagnol parti à Paris en 1922, c'est Jean Ballard qui assure désormais la direction de la revue, qui change de nom en 1925, pour prendre celui de Cahiers du Sud. Jean Ballard, né à Marseille en 1893, exerce la profession de peseur-juré, qui consiste à assurer la régularité des transactions des marchandises qui transitent par le port de Marseille. Comme tous les collaborateurs de Fortunio, il écrit de la poésie, publiée dans les premiers numéros, mais, rapidement, il va consacrer la totalité de son énergie à la revue, s'occupant à la fois du contenu éditorial (contacts et correspondance avec les auteurs), de sa production matérielle (travail avec l'imprimeur), et de sa survie économique (diffusion, recherche de soutiens publicitaires, notamment du côté des messageries maritimes). Bien qu'ancrés dans une ville, Marseille, Les Cahiers du Sud ne sont en rien une revue régionaliste. Entre 1926 et 1929, l'influence d'André Gaillard est déterminante dans l'ouverture au surréalisme de la revue qui publie des textes de Paul Éluard, Robert Desnos, Henri Michaux, Antonin Artaud, Jules Supervielle. Le contact est noué également avec Joël Bousquet et le groupe de Carcassonne.

La revue publie des textes poétiques de jeunes auteurs, dont certains deviendront célèbres, elle consacre des numéros spéciaux au romantisme allemand ou au théâtre élisabéthain, mais elle se veut aussi un lien entre les deux rives de la Méditerranée avec le numéro sur l'Islam et l'Occident, et les collaborations régulières de Louis Brauquier et de Gabriel Audisio, ce dernier contribuant à la diffusion en Afrique du Nord.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la revue continue à paraître et tisse un réseau entre les écrivains et artistes réfugiés à Marseille, souvent dans l'attente d'un départ : André Breton, André Masson, Simone Weil, René Daumal. Elle reste un espace de liberté intellectuelle, comme en témoigne son numéro spécial consacré au "Génie d'oc et l'Homme méditerranéen", qui paraît au début de 1943 et prend le contre-pied de l'idéologie nationaliste et xénophobe régnant alors. Après la Libération Jean Ballard relance la revue autour d'un comité de rédaction associant des anciens (Léon-Gabriel Gros, Alex Toursky, Jean Tortel) et des membres d'une nouvelle génération comme Jean Lartigue et Pierre Guerre.

En 1966, paraît la dernière livraison des Cahiers du Sud, comportant des textes de René Char, Julien Gracq et Gabriel Audisio ; s'achève ainsi une aventure de plus d'un demi-siècle qui a fortement marqué la vie intellectuelle méridionale. Jean Ballard meurt en 1973. En 1981, les Archives de la ville de Marseille organisent l'exposition "Rivages des origines" autour de la revue dont les archives ont été déposées à la Bibliothèque municipale.

Bibliographie :

Alain Paire, Chronique des Cahiers du Sud 1914-1966, IMEC éditions, Paris, 1993.

Bernard Cousin

Transcription

(Silence)
Journaliste
Les Cahiers du Sud, édités à Marseille, [inaudible] du Canal, ont dominé les revues littéraires pendant plus d'un demi-siècle. Jean Ballard, son fondateur, a fait de Marseille une capitale de l'esprit qui rayonnait sur la France et sur l'étranger. La revue était orientée surtout sur l'esprit méditerranéen, et davantage sur la poésie que sur le roman, la nouvelle, l'essai philosophique, la spiritualité ou les sciences humaines.
Andrée Ballard
[inaudible] là-bas, au fond [inaudible]
Journaliste
Madame Ballard, quel était l'esprit des Cahiers du Sud ?
Andrée Ballard
Mon Dieu, l'esprit... La beauté. La beauté du texte, la beauté aussi de l'écriture.
Inconnue
Et puis surtout tous les jeunes poètes qui étaient révélés par eux. Je ne sais pas, il y a avait la Nouvelle Revue française, et puis immédiatement après, les Cahiers du Sud, c'était vraiment l'avant-garde, absolument.
Andrée Ballard
Tous les jeunes poètes collaboraient là. Dès qu'il y avait un poète qui se croyait bien formé [inaudible], alors il envoyait un mot, ou on venait se déranger, voir Jean Ballard.
Edmonde Charles-Roux
Les Cahiers du Sud, c'était avant tout la qualité, la recherche, la poésie la plus fine, aucune espèce de concession au tirage, à la notoriété, à la notoriété disons de vitrine. Et je crois qu'on peut expliquer, dans une certaine manière, que cette revue prenne maintenant... Bon, elle a été publiée pendant 50 ans, mais que ce soit maintenant qu'on s'aperçoive que c'est un joyau, un ouvrage... une suite d'ouvrages auxquels il faut se référer, pour savoir ce qu'a été la littérature du XXe siècle. Je l'ai dit plusieurs fois déjà, n'est-ce pas ?, ce qui est extraordinaire, c'est de voir des écrivains que l'on connaît aujourd'hui, par exemple, mettons Asturias, homme célèbre maintenant, Amérique du Sud, bon, publié dans les Cahiers du Sud en 1932. Un Grec reçoit le prix Nobel, Elytis. Beaucoup de gens, même très au courant, se disent : « Qui est-ce ?» Vous vous en référez aux Cahiers du Sud, vous êtes sûr qu'il y est, et il y est. Donc le rédacteur en chef, monsieur Balard, était véritablement un magicien, un sourcier, un homme modeste, qui ne cherchait ni les honneurs ni les salons ni les académies, et qui a fait un travail, on peut dire, certainement unique en France. Et on pourrait peut-être ajouter unique dans notre Europe occidentale.
(Silence)