Les tanneries de Barjols

17 décembre 1981
04m 35s
Réf. 00443

Notice

Résumé :

Barjols a longtemps été la capitale varoise de la tannerie avec vingt-deux entreprises. Aujourd'hui, une seule subsiste. Elle reçoit des aides du gouvernement. Les ouvriers y travaillent les peaux de bovins, destinées ensuite à la vente.

Date de diffusion :
17 décembre 1981

Éclairage

La tannerie était une activité traditionnelle dans certaines localités de Provence, bien pourvues en eau, tandis que les forêts de chênes verts fournissaient le tan nécessaire à la préparation des peaux. Mais l'essentiel de cette industrie très polluante a disparu à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, sauf exception. Barjols, bourgade du haut Var où la première tannerie a été créée au début du XVIIe siècle, fait partie de ces exceptions. Les tanneries ont été sa principale activité jusqu'à la fin du XXe siècle. Barjols bénéficiait d'eau à profusion. Le relief permettait de la capter et de la faire arriver en cascade le long du réal pour entraîner les machines. À cela, s'ajoutait la relative proximité du port de Marseille, place importante de l'importation des cuirs d'outre-mer. C'est pourquoi les tanneurs barjolais ont opté alors pour le traitement des peaux de bovins et la production de deux catégories de cuirs : le cuir pour le dessus des chaussures - la tige - et le cuir à semelles et à talons.

Au temps de son apogée, - au milieu du XIXe siècle -, la tannerie barjolaise comptait 24 tanneries et 19 moulins à tan qui servaient à broyer les écorces de chêne vert. Au début du XXe siècle, l'arrivée de nouveaux extraits tannants, concentrés des tanins de bois de châtaignier ou de quebracho (arbre de l'Amérique australe venant d'Argentine), avec une teneur en tanin de 70 à 80 %, a permis de réduire l'opération de tannage à quelques semaines. Mais c'est l'introduction du tannage au chrome qui amorce le déclin rapide de la tannerie locale. En 1918, il ne reste que cinq tanneries en activité. Sur ces cinq entreprises, l'une ferme en 1920, une autre en 1928. En 1939, les trois tanneries restantes - Paul Vaillant et fils, Albert Plauchud et fils, Fassy - emploient aux environs de 450 personnes, parmi lesquels de nombreux immigrés italiens et arméniens. Le déclin du secteur s'accélère après 1940. En 1956, l'entreprise Fassy et Fils disparaît définitivement et, en septembre en 1967, c'est au tour de Plauchud et Fils de cesser son activité.

En 1981, au moment du reportage, il ne subsiste donc plus que la tannerie Vaillant qui reprend son activité en profitant d'un plan gouvernemental d'aide financière à ce secteur. Elle emploie 87 personnes, dont 62 ont plus de 45 ans. Le reportage insiste sur les processus de fabrication et les scènes montrant les personnels au travail ne manquent pas d'intérêt. Malgré les aides publiques qu'elle reçoit, la dernière tannerie bajorlaise ne pourra résister longtemps aux produits des tanneries italiennes, américaines ou espagnoles qui envahissent le marché français. Elle fermera ses portes en 1983. La municipalité d'alors a cherché à maintenir une présence du cuir en favorisant son artisanat, mais surtout elle a essayé d'aménager les grands bâtiments des tanneries en lofts ou en ateliers d'artistes.

Jean Domenichino

Transcription

(Silence)
Journaliste
Il y avait autrefois, à Barjols, 23 tanneries. Aujourd'hui, la dernière essaie de revivre. Un plan gouvernemental engagé sur 2 ans prévoit de sauvegarder les entreprises et l'emploi dans ce domaine. On ne travaille, là, que des peaux de bovins qui arrivent en poils et salés. Il faut les tremper pour les mettre en tripe. Puis c'est l'échardage, opération primordiale et la plus pénible des 70 exigées, pour que cet amas gluant et chaud soit prêt à la vente. Chaque peau pèse 20 kilos. Aucun déchet ne doit rester attaché au derme. Le travail, pour certaines équipes, commence à 3 heures du matin, afin que le matériau soit prêt pour la phase suivante. Du tannage dépendra la souplesse de la peau qui ressortira imputrescible 48 heures après son séjour dans les fûts. Depuis le XIXe siècle, on tanne au chlore les peausseries de veau, vache et mouton servant pour la maroquinerie, L'alun, plus ancien, étant réservé à la ganterie. A Barjols, la reprise d'activités est récente et pose plus d'un problème.
Tanneur
Les moyens qu'on a à mettre en oeuvre ne peuvent pas être mis en oeuvre immédiatement. Il y a toute la partie bâtiment qui est à construire. Il y a toute une partie machine qui est à acheter. Il y a des procédés qui sont à revoir. Par conséquent, il faut le temps pour pouvoir le faire. On pense pouvoir être prêts aux vacances prochaines c'est-à-dire la période juillet-août, ce qui nous permettrait de déménager une partie des ateliers dans les nouveaux bâtiments.
Journaliste
Est-ce que les carnets de commande sont pleins ?
Tanneur
Non. Disons qu'on a repris les carnets de commande de l'ancienne société. Ils nous permettent de tourner, mais il est certain qu'il va falloir, maintenant, faire de la prospection avec notre nouvelle image de marque.
Journaliste
Peu de stocks actuellement : 7 à 8000 peaux finies qui seront essentiellement vendues sur le marché français. Il faut avoir le tour de main voulu pour sécher les pièces et leur garder toute la souplesse désirable, grâce à cette machine à tampon que nous allons voir dans un instant. Le coloris gris-bleu est celui naturel du cuir après les premières phases.
(bruits)
Journaliste
Vous ne craignez pas la concurrence des peaux étrangères ?
Tanneur
Si, bien sûr, mais enfin on a quand même suffisamment d'armes pour pouvoir lutter. Je crois que c'est aussi une question de volonté, de désir de le faire. C'est une chose qui prend du temps, mais on y mettra le temps parce qu'on veut.
Journaliste
Alors bel avenir, espoir. Et pour les jeunes ?
Tanneur
Je me garde de faire des projets à trop long terme, mais je peux dire une chose. L'âge moyen de l'entreprise est assez élevé. Les gens rentrent à la tannerie et y restent jusqu'à leur retraite. Ce que nous espérons, c'est qu'au fur et à mesure des nécessités, au moins de remplacement, et pourquoi pas, d'embauche - on peut toujours l'espérer -, nous aurons des jeunes, et des jeunes de Barjols et des environs qui voudront bien venir travailler chez nous.
Journaliste
Il y a 87 personnes dans l'entreprise, dont 28 femmes, qui travaillent au finissage. 62 d'entre elles ont plus de 45 ans. On est tanneur de père en fils, formé sur le tas, sauf les ingénieurs. A Barjols, tout le personnel a été réembauché dans la nouvelle société. Nous suivons, là, l'opération de la teinture, une des dernières, que l'ouvrière contrôle dans un miroir. Les coloris sont choisis selon les tendances de la mode. Deux collections sont présentées par an.
(Silence)
Journaliste
La tannerie française n'est pas dans une situation facile. 80% des peaux sont traitées à l'étranger et réimportées pour les besoins nationaux. Mais lorsque Barjols aura repris son rythme de croisière, il est à penser que sa place sera importante dans l'économie générale et celle de la région.
(Silence)