Le centre cinématographique de Fontblanche

29 décembre 1981
03m 48s
Réf. 00444

Notice

Résumé :

Ce sujet, diffusé le 29 décembre 1981, présente le Centre Méditerranéen de Création Cinématographique (CMCC) créé en novembre 1979 par René Allio sur le domaine de Font-Blanche à Vitrolles. Le commentaire précise qu'il s'agit d'une « initiative courageuse » avant d'en énumérer les objectifs : la création et la promotion d'œuvres régionales. Deux jeunes réalisateurs en résidence au CMCC, Jean-Pierre Daniel et Alain Ughetto, expriment leurs sentiments sur cette expérience. Leurs propos sont entrecoupés d'extraits de films qu'ils ont réalisés dans ce cadre. On voit ainsi quelques plans du court-métrage Les voyages du Château, de Jean-Pierre Daniel, et de L'Echelle, film d'animation d'Alain Ughetto.

Date de diffusion :
29 décembre 1981
Thèmes :

Éclairage

C'est en 1979 que, sous l'impulsion de René Allio, est lancé à la bastide de Fontblanche, sur le territoire de la commune de Vitrolles, le Centre Méditerranéen de Création Cinématographique (CMCC), qui se veut à la fois un lieu d'échange sur le cinéma, et un point d'appui à la création cinématographique en région. Le Centre a notamment assuré la production de L'Histoire d'Adrien de Jean-Pierre Denis en 1980, film parlé en occitan et sous-titré en français, de Montreur d'ours de Jean Fléchet en 1983, de Rouge Midi de Robert Guédiguian en 1984, et la même année, du Matelot 512 de René Allio.

René Allio, né en 1924, a passé une partie de sa jeunesse à Marseille ; après des études de lettres, il est devenu peintre et décorateur de théâtre, travaillant notamment avec Roger Planchon. Mais il collabora également à réaliser des décors de pièces à la fois du répertoire classique (Shakespeare, Molière, Racine, Marivaux) que contemporain (Brecht, Adamov, Ionesco) sur les plus grandes scènes : Comédie française, Opéra de Paris, TNP, Scala de Milan, Opéra de Cologne, National Opera de Londres, Metropolitan Opera de New-York. Après la réalisation de deux courts métrages, en 1965 La Vieille dame indigne, incarnée par Sylvie, lui permet d'obtenir la consécration comme réalisateur, tant auprès des critiques que du public. Ses films suivants ont plus de mal à rencontrer un large public, à l'exception, en 1972, de la mise en scène de la révolte des protestants cévenols sous Louis XIV, Les Camisards. Dès cette époque, il s'interroge sur la possibilité de réaliser des films dans des conditions différentes : "Ce qui me tente le plus en ce moment, c'est de regagner la province, y planter mon travail, s'éloigner du "centre artistique", travailler près des hommes, au jour le jour, avec un matériel léger (16 mm ou super 8 mm), porter témoignage, participer à ma façon, avec mon travail artistique, à la vie d'une collectivité, travailler pour elle" (Carnets, 2/1/74).

En 1976, après le tournage de Moi, Pierre Rivière ... , l'occasion se présente. Le projet de Centre Cinématographique Régional prend tournure. Contact avec Gaston Defferre, puis au Conseil régional, lesquels sont prêts à appuyer le projet : "Nous descendons demain à Marseille, pour les rencontrer lundi. Il faudra ensuite préparer les dossiers, et tout va aller très vite après" (Carnets, 15/5/76). Cela n'ira pas aussi vite que le pensait René Allio, mais finit par se concrétiser. Au même moment, il réalisait par ailleurs Retour à Marseille, au titre explicite, puis L'Heure exquise, moyen métrage diffusé à la télévision, qui est un parcours dans le Marseille de son enfance.

Bibliographie :

René Allio, Carnets, Paris, Lieu Commun, 1991.

Bernard Cousin

Transcription

Présentateur
Le Centre Méditerranéen de Création Cinématographique a été inauguré il y a deux ans à Font Blanche. Depuis, il a permis la réalisation de plusieurs films, et à de jeunes talent régionaux, bien sûr, de s'exprimer.
Journaliste
Être cinéaste, aujourd'hui, n'est certes pas une sinécure, surtout dans la période probatoire. Les jeunes qui se lancent dans cette carrière sont mis en face de réalités très dures. Pour que notre région puisse s'exprimer par le film, il fallait qu'une expérience soit entreprise. René Allio a eu cette initiative courageuse. En créant le CMCC, a-t-il permis la concrétisation d'un rêve ?
Jean-Pierre Daniel
C'est, d'un coup, une ouverture, c'est une perspective. C'est dix ans gagnés par rapport à ce qu'on cherchait à faire dans cette région.
Journaliste
Car vous ne vivez pas que du cinéma, il faut bien le dire.
Jean-Pierre Daniel
Non, non. Ça, je crois que ce n'est pas possible. Ca ne serait pas possible, dans cette région, de vivre complètement du cinéma. Et ceux qui essaient, même maintenant, ont beaucoup de difficultés.
Alain Ughetto
Ca m'a permis d'aboutir déjà à un premier projet. Mais ça m'a permis, surtout, de rencontrer des gens, de me conforter dans mon envie de faire du cinéma, de continuer à faire du cinéma.
Journaliste
Les principaux objectifs du CMCC : favoriser les recherches et les créations de cinéastes régionaux, mettre à leur disposition un minimum de moyens techniques, aider, enfin, à promouvoir leurs oeuvres. Parmi les projets de films suivis par le centre, ceux de Jean-Pierre Daniel, qui prépare un long métrage.
Jean-Pierre Daniel
Ce qui m'intéresse, d'abord, c'est de vivre, quelque part, longtemps, dans un endroit. Et dans le cas présent, c'est dans cette ville, dans la ville de Marseille, qui me fascine, qui est la ville dans laquelle j'ai toujours vécu. Et d'abord, c'est donc décider de rester longtemps dans une ville, et essayer de faire que le cinéma que l'on fabrique vienne de cette vie et de ce temps passé longtemps, aussi bien dans un espace, dans une lumière que parmi des gens.
[Film]
Journaliste
Alain Ughetto, jeune cinéaste aixois, a choisi une démarche totalement différente avec le cinéma d'animation. Il a tourné son premier court métrage dans les locaux du CMCC à Vitrolles, L'Echelle, un travail très personnel. Ughetto essaie d'exprimer une idée à l'aide de personnages modelés dans une pâte translucide.
Alain Ughetto
J'avais commencé par faire un peu de photo. Ensuite, j'ai fait un peu de sculpture. Et le fait, déjà, de faire de la sculpture, c'était le travail sur la matière, c'est faire avancer les personnages dans des attitudes, et là, les reprendre dans le cinéma, donc je retrouve, disons, la magie du cinéma qui est déjà là, de reprendre des mouvements, de retrouver des mouvements et de les faire évoluer... C'est marrant. C'est un cinéma de studio, qui est entièrement fait en studio, tout est faux.
Journaliste
La Fleur, titre de ce second court métrage, est également un travail de longue haleine. Il a demandé plusieurs mois. Il s'agit d'un personnage qui va passer, assez mal, dans l'agressivité même, dirons-nous, 80 ans de sa vie devant une fleur. Enfin, précisons que l'élément déterminant pour tout, c'est évidemment la personnalité de René Allio lui-même.
Jean-Pierre Daniel
Un des éléments importants de ce centre, ce n'est pas uniquement les éléments techniques qu'il a apportés, c'est-à-dire une caméra, les moyens de montage, qu'on était obligé d'aller chercher à Paris, parce qu'à la limite, on pouvait louer et faire revenir ici. Je crois que ce qui est encore plus important, c'est qu'il a été à la fois un lieu de travail, et un lieu de travail et un lieu d'échange avec des cinéastes, et avec des cinéastes ayant le poids de René et l'importance d'un René Allio.