Manifestation à Marseille pour la langue d'oc à la télévision

15 mai 1982
02m 02s
Réf. 00450

Notice

Résumé :

Les associations occitanistes et provençalistes de l'ensemble des régions de langue d'oc ont organisé une manifestation à Marseille, sur le Vieux Port. Elles revendiquent une présence plus grande de cette langue à la télévision. Le directeur régional de France 3 a rencontré une délégation et lui a fait part des initiatives qu'il a prises en sa faveur.

Date de diffusion :
15 mai 1982
Personnalité(s) :

Éclairage

Cette manifestation pour la défense de la langue d'oc à la télévision se déroule au moment de la discussion du projet de loi sur l'audiovisuel, présenté par Georges Fillioud, ministre délégué à la Communication.

Une première manifestation avait eu lieu l'année précédente à Toulouse et la station régionale de FR3 avait ouvert un créneau d'un quart d'heure hebdomadaire, que les organisations occitanes trouvaient insuffisant. La manifestation de Marseille rassemble davantage de monde, venant de toutes les régions de langue d'oc, de l'Aquitaine et du Limousin aux Alpes du Sud. La Provence, d'Avignon à Nice, fournit la majorité des participants, certains en costume folklorique. La particularité du mouvement est de rassembler les branches divisées des défenseurs de la langue d'oc, provençalistes, que représentent très largement le mouvement Parlaren, dont le siège est à Marseille, et occitanistes, regroupés généralement dans l'Institut d'études occitanes (IEO). Elles se sont regroupées dans le Collectif Occitan pour l'Audiovisuel, créé au début de l'année, et dont une délégation a été reçue peu avant au Parlement de Strasbourg. Son porte-parole reprend les principales revendications que la plateforme commune a mis en avant. : séquence d'information quotidienne, émission hebdomadaire d'1 heure sur l'actualité, émission culturelle et artistique hebdomadaire d'1 heure à 1 heure 30, en soirée, après le repas, et des émissions de télé-enseignement. Le cortège s'est rendu d'abord à la préfecture puis devant l'Hôtel de ville. Le choix de Marseille tient à la position de son maire, Gaston Defferre, ministre en charge de la décentralisation. Une délégation est reçue par son représentant, puis, le soir, par le directeur régional de FR3. Au demeurant, celui-ci refuse de s'engager plus avant. Il faudra attendre plus d'un an pour qu'une part plus significative soit faite à la langue d'oc (en particulier avec une émission hebdomadaire qui prendra le nom de Vaqui en 1984). La loi sur l'audiovisuel, qui sera votée en juillet, a certes inscrit la promotion des langues régionales dans les missions du service public (à charge d'y veiller par les commissions régionales de l'audiovisuel), mais sans autre précision.

La place des langues régionales n'a jamais été bien assurée en France. La gauche et son candidat à la présidence de la République avaient fait quelques promesses. Les revendications des manifestations de 1981 et 1982 expriment l'impatience des Occitans. Guy Hermier, député communiste des Bouches-du-Rhône, avait rappelé que son parti défendait ces langues, mais, en fait, l'heure n'était plus au PCF à la prise en compte du "Volem viure e trabalhar al païs" ("Nous voulons vivre et travailler au pays") des années 1970. Quant au PS, il était aussi divisé que la droite centriste sur un sujet qui a toujours été considéré comme accessoire. Le débat sur la défense et la promotion du patrimoine culturel que constituent les langues régionales reste ouvert.

Jean-Marie Guillon

Transcription

Présentateur
Manifestation importante cet après-midi, à Marseille, à propos de la langue d'Oc à la télévision. Au moment où, à Paris, la loi sur l'audiovisuel vient d'être adoptée en première lecture, 9 comités d'organisation occitans et provençaux ont appelé au rassemblement de manifestants, venus de tout le sud de la France, pour obtenir beaucoup plus d'antenne.
Nicole Honold
Après leur manifestation de l'année dernière en mars, à Toulouse, les collectives occitans pour l'audiovisuel ont décidé de mobiliser les habitants de 31 départements du sud de la France qui parlent la langue d'Oc. Ils se sont tous retrouvés sur le Vieux-Port et venaient de Bordeaux, de Nice, de Clermont-Ferrand ou de la frontière espagnole. Selon les policiers, ils étaient 1200, et selon les organisateurs, 5000. Ce qu'ils demandent, c'est une séquence d'informations en langue d'Oc tous les jours dans le journal télévisé régional, une émission hebdomadaire d'une heure sur l'actualité, une autre d'une heure et demie sur la culture, enfin, des émissions sur l'enseignement.
Jean-Pierre Laval
Notre revendication qui, aujourd'hui, porte sur la télévision, existe aussi pour d'autres problèmes. Nous voulons que la langue occitane, la langue de Provence aussi, qui fait partie de l'Occitanie, soit mieux enseignée, soit mieux prise en compte. Et par rapport à toutes les promesses qui nous ont été faites, au moment de la campagne électorale de l'an dernier par le candidat François Mitterrand, et avec qui... nous a appelés à voter pour lui, nous estimons, aujourd'hui, qu'il faut accélérer les choses. Nous ne disons pas que le blocage s'est effectué, le déblocage, je dirais, mais aujourd'hui, il faut que ça s'ouvre encore plus, plus vite.
Nicole Honold
Après être passés par la préfecture et par la mairie, une délégation s'est rendue à FR3 pour y rencontrer le directeur régional, Bernard Griveau. Il a rappelé que notre station a commencé à diffuser, une fois par semaine, un magazine en langue d'Oc. Et la rédaction de FR3 a d'ailleurs, pendant ces 3 dernières années, fait des émissions, notamment sur la chanson provençale. Pour l'instant, il s'agit de s'organiser et de ne faire en aucun cas des émissions au rabais.
Présentateur
Le reportage était en français mais un reportage en provençal a également été réalisé par Nicole Honold et Philippe [Bar] sur cette manifestation. Vous pourrez le voir mardi soir à 19 heures 40 dans le magazine provençal A coeur ouvert.