Le musée René Char à l'Isle sur Sorgue

03 septembre 1982
01m 56s
Réf. 00453

Notice

Résumé :

René Char a inauguré un musée où sont conservés ses ouvrages poétiques, peintures et documents divers. 50 ans de vie artistique sont ainsi réunis sur les lieux de son enfance. Jack Lang a rendu hommage à l'homme et son oeuvre.

Date de diffusion :
04 septembre 1982
Date d'événement :
03 septembre 1982
Personnalité(s) :

Éclairage

René Char est né le 14 juin 1907 à l'Isle-sur-Sorgue, un village du Vaucluse. Son grand-père était un enfant abandonné à l'Assistance publique. Son père Émile Char était devenu un notable villageois : administrateur des Plâtrières du Vaucluse, et maire de l'Isle en 1905. L'enfance de René Char, dernier né de quatre enfants, deux soeurs Émilienne et Julie dont il était très proche, et un frère aîné avec lequel il ne s'entendait pas, se déroula dans la maison familiale bourgeoise "Les Névons", un peu à l'écart du village. René Char resta fidèle à son village natal, où il vécut l'essentiel de sa vie.

Dès l'âge de quinze ans, il écrivit des poèmes, publia son premier recueil à vingt-et-un ans, se lia avec les surréalistes, Breton et Éluard, avant de s'en éloigner. Il consacra sa vie à l'écriture, revendiquant le rôle social du poète : "A chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir". René Char a une vision exigeante de la poésie, qui est une éthique. Ses textes peuvent être très brefs, et prendre la forme d'aphorismes. Mais le poème est aussi action, et l'homme s'engage quand les circonstances l'exigent : sous l'Occupation, réfugié à Ceyreste, refusant de publier, il entre dans la Résistance et devient responsable départemental des parachutages pour les Basses-Alpes, sous le pseudonyme de capitaine Alexandre.

Bien que vivant souvent à l'écart et fuyant la presse, René Char a tissé des liens très forts avec d'autres grands artistes de son temps, notamment les peintres, qui se sont faits les illustrateurs de ses poèmes (Braque, Nicolas de Staël, Picasso, Miro), le sculpteur Giacometti, des écrivains et dramaturges (il s'intéressait particulièrement au théâtre) et, parmi eux, Albert Camus, qui lui avait dédicacé L'Homme révolté et qui, sur ses conseils, s'était installé en voisin, deux ans avant sa mort à Lourmarin.

À la fin de sa vie, il rencontre une reconnaissance nationale (le président de la République François Mitterrand lui rend visite) et internationale. L'inauguration par le ministre de la Culture de cette maison dédiée à son oeuvre en 1982 en est un témoignage. Aujourd'hui l'Hôtel de Campredon, belle bâtisse du XVIIIe siècle de l'Isle-sur-Sorgue, lui est consacré : la Maison René Char accueille des expositions temporaires et consacre plusieurs salles à l'évocation de son oeuvre : dessins, manuscrits, éditions originales, photographies, bibliothèque et cabinet de travail du poète, disparu en 1988.

Bibliographie :

René Char, oeuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1983.

Marie-Claude Char, René Char. Dans l'atelier du poète, Paris, Gallimard, Quarto, 1996.

Bernard Cousin

Transcription

Présentateur
« Vous êtes l'homme de l'appel à la vie. Votre message nourrit notre pensée ». Un bel hommage qu'a rendu François Mitterrand à René Char, à l'occasion de son 75ème anniversaire. Ermite de l'Ile-sur-Sorgue et, il est vrai, un poète socialement engagé. Il est aussi, depuis hier, le conservateur de la fondation installée au bord de la Sorgue, et qui porte son nom. L'inauguration a eu lieu, bien sûr, en présence du ministre de la culture, Jack Lang.
Journaliste
C'est ici, au bord de la Sorgue, qui a baigné l'enfance de René Char, que sont désormais réunis ouvrages, peintures et documents, comme autant de reflets d'une vie profondément marquée par les convulsions de notre siècle. Hier, en présence du poète, on inaugurait officiellement cet ensemble d'oeuvres constituant, à bien des égards, un faisceau serré de témoignages, qui embrassent l'ensemble de la vie artistique de ces 50 dernières années. C'est à l'oeuvre, bien sûr, mais aussi à l'homme que Jack Lang a tenu à rendre un hommage appuyé.
Jack Lang
... votre oeuvre est appel à la vie, cet appel à la vie contre vents et marées, que vous avez lancer à travers vos actes, à travers, oui, vos actes dans des périodes plus dures encore, que celles que nous vivons aujourd'hui, avec cette obstination et ce courage exceptionnel, qui fut le vôtre, c'est cela que vous nous avez enseigné aussi. Les grands desseins, les vastes espaces, les chemins immenses.
Journaliste
Hier, comme il le fait depuis des années, René Char a refusé sèchement de s'adresser à la presse. L'homme restera donc inaccessible. Reste l'artiste et son oeuvre. « René Char, poète, a dit Pierre Berger, a su rendre la poésie fraternelle ».
(Silence)