La manufacture de tabac Seita de Marseille

18 octobre 1982
03m 43s
Réf. 00455

Notice

Résumé :

La cigarette gauloise est fabriquée par la Seita, manufacture de Marseille. Ses salariés ont fait grève contre la vignette sur le tabac que l'État souhaite mettre en place. Ils craignent la hausse de la concurrence européenne et la suppression d'emplois.

Date de diffusion :
18 octobre 1982
Personnalité(s) :

Éclairage

Depuis le XVIIe siècle avec Colbert, l'État tire des bénéfices appréciables de la consommation de tabac. C'est en 1674 qu'est créée la Ferme des Tabacs qui reçoit le monopole de la fabrication et de la vente des produits issus du tabac. Marseille est alors l'un des principaux ports d'importation du tabac. Pour le traiter, la Ferme aménage à l'angle des rues Paradis et Vacon un de ses ateliers. Avec l'Empire qui rétablit en 1810 le monopole d'État qui avait été aboli en 1791, la Régie des tabacs aménage une manufacture rue Sainte qui se spécialise dans la fabrication des cigares "façon de Marseille". Mais, à partir des années 1850, les locaux s'avèrent mal adaptés à une augmentation de la production. Après bien des tâtonnements, une nouvelle manufacture est construite dans le quartier de la Belle-de-Mai sur des terrains achetés à la Compagnie des chemins de fer PLM. Dès son ouverture en 1868, la Manufacture emploie plus de 1 250 personnes dont 93 % de femmes : c'est la plus grande concentration de main d'oeuvre féminine à Marseille. Avec la mécanisation et le passage à la fabrication des cigarettes qui commence à partir de 1873 et qui prend de plus en plus d'importance, les locaux s'agrandissent régulièrement (1880, 1936, 1957). La raison sociale de l'entreprise se précise. En 1926, l'État crée le Service d'Exploitation Industrielle des Tabacs (SEIT) qui devient en 1935 la SEITA avec l'intégration du monopole des allumettes.

À partir de 1947, la Manufacture de la Belle-de-Mai mécanise l'ensemble de sa production, de la préparation des tabacs à l'empaquetage. Les effectifs sont fortement réduits. Dans les années 1970, les difficultés de la SEITA s'amoncellent. Elle doit faire face en effet à la concurrence des tabacs blonds le plus souvent d'origine étrangère et de plus en plus prisés par la clientèle, alors qu'elle continue à privilégier les tabacs bruns. À cela s'ajoute à partir de 1976 la lutte anti-tabac inaugurée par la loi Veil de 1976. Elle oblige à indiquer sur les paquets la teneur moyenne en nicotine, goudrons... et à porter la mention "abus dangereux". La publicité est interdite à la radio, la télévision, au cinéma, etc... C'est dans ce contexte de campagne anti-tabac qu'intervient la décision d'imposer une vignette fiscale sur le tabac entièrement reversée à la caisse maladie de l'URSSAF, ce qui a comme conséquence une augmentation automatique des prix, pouvant entraîner une chute des ventes. C'est cette crainte qu'expriment à la fois le directeur de la Manufacture et le représentant de l'intersyndicale.

Notons qu'en 1985, la SEITA projettera la construction d'une usine neuve adaptée aux normes de sécurité et aux nouvelles techniques de fabrication dans un site moins enclavé que celui de la Belle-de-Mai. En 1988, elle achètera des terrains à Vitrolles. Malgré les grèves répétées, le transfert de la production à Vitrolles aura lieu en 1990, mais 93 emplois sur les 350 que comptait alors l'usine ne seront pas reconduits. Les "friches de la Belle-de-Mai" sont alors les friches industrielles les plus importantes d'Europe, jusqu'à ce qu'arrive l'heure de leur reconquête, mais par des activités culturelles qui n'ont plus rien à voir avec leur destination première.

Jean Domenichino

Transcription

Présentateur
Voilà, c'est tout à fait autre chose. C'est tout nouveau, ça vient de sortir. Ce sont les Gauloises légères filtre. Ce sont les dernières nées de la SEITA. Elles sont en vente, depuis aujourd'hui, dans toute la France, et elles sont fabriquées en particulier à la manufacture des tabacs de Marseille. C'était une occasion, pour nous, de nous y rendre, d'autant que vendredi dernier, les employés de la SEITA s'étaient mis en grève, pour protester contre le projet gouvernemental de créer une vignette sur le tabac, une vignette qui doit, en principe, aider à combler le déficit de la Sécurité Sociale. Dominique Gonod.
Dominique Gonod
C'est connu, les tabacs ont toujours été un support fiscal. Et cette vignette va donc s'ajouter à une fiscalité qui est déjà très lourde, avec la TVA bien sûr, plus le droit de consommation qui atteint plus de 50% du prix des cigarettes. Ce qui représente tout de même quelques 12 milliards de francs dans les recettes du budget 83. Taxe parafiscale, cette « vignette », entre guillemets, touchera donc tous les tabacs : cigares et cigarettes. Et l'ensemble de ces recettes sera reversé directement à l'URSSAF, l'organisme chargé de percevoir les cotisations de la Sécurité Sociale.
Max Leroux
On a parlé de vignette dès le départ par assimilation à d'autres vignettes. En réalité, il fallait parler d'un prélèvement, d'une participation. Alors comment ça va se traduire ? Ecoutez, nous, en industriels, nous ne fabriquons surtout pas par l'apposition d'une vignette et d'un travail supplémentaire sur machines, mais probablement, et je l'ai vérifié, ce matin, à la direction générale, probablement par un petit rappel sur le paquet imprimé, qui dira : « Vous participez à l'effort de la Sécurité Sociale », « Vous participez à la Santé Publique par un prélèvement sur ce paquet de tant ».
Dominique Gonod
Ce taux de participation, il est de l'ordre de combien ? On connaît à peu près la nature ?
Max Leroux
De ce prélèvement ? Oui. La règle, c'est 25 centimes par tranche de 1 franc entière ou entamée. Donc à 3 francs 80 notre paquet de Gauloises, ça fait 4 fois 25 centimes. 1 franc donc, 3 francs 80. Par tranche de 1 franc. Il est évident peu ou beaucoup entamé, c'est ce qui fait la différence de pourcentage sur le paquet de cigarettes.
Dominique Gonod
Opposées à ces fameuses vignettes, les fédérations syndicales de la SEITA. Elles ne croient pas au résultat financier escompté, et craignent qu'une telle mesure favorise l'importation de produits à fumer étrangers, les pays étrangers qui connaissent, quant à eux, une fiscalité souvent beaucoup plus lourde. Enfin, et c'est le plus important, à ces deux points, s'ajoute un troisième point : les conséquences économiques qui sont à envisager.
Gérard Tito
Les conséquences pratiques, notre directeur général en a... en analysant cette situation, il a tenu les mêmes propos que nous c'est-à-dire que si depuis quelques temps, il avait limité, même arrêté les processus de fermeture des établissements compte-tenu de la baisse de consommation de produits bruns dont nous sommes les principaux fabricants, avec, si ce projet de loi était appliqué, et donc la taxation sur ces produits mise en application, automatiquement, les premières conséquences qu'il y aurait, ça serait une diminution sur les effectifs. Il a annoncé 400 emplois mais on peut dire on peut même prévoir de 6 à 800 emplois. Qui dit suppression d'emplois dit automatiquement fermeture d'établissement.
Dominique Gonod
Point d'interrogation tout de même : l'impact sur la consommation. Le consommateur, malgré la taxe, continuera-t-il à acheter son paquet habituel, quel que soit son prix ? Changera-t-il de produit, à prix constant, bien sûr ? Ou se dirigera-t-il vers des produits moins chers, produits en majorité de production française ? Des questions dont on ne connaîtra les réponses que bien après le 30 juin 83. C'est la date de mise en application de la vignette tabac.
Présentateur
Autre nouveauté que nous a rapporté Dominique Gonod, c'est ceci. On dit que c'est la Gauloise belge. C'est une maxi Gauloise avec un filtre au milieu mais il s'agirait d'un modèle expérimental destiné à Jacques Martin. Toujours dans ce chapitre nouveauté et cette fois...