Les vignobles varois

05 décembre 1984
02m 34s
Réf. 00466

Notice

Résumé :

La Communauté Européenne a adopté une limitation de production des vins. Les viticulteurs varois s'inquiètent de l'entrée de l'Espagne et du Portugal dans le marché commun. Certains viticulteurs ont commencé à arracher leurs vignes et les jeunes hésitent avant de s'installer.

Date de diffusion :
05 décembre 1984
Personnalité(s) :

Éclairage

Le reportage se situe à la veille de l'entrée effective dans la Communauté Economique Européenne de deux pays producteurs de vins, l'Espagne et, dans une moindre mesure, le Portugal. Les décisions de limitation de production prises par la CEE à Dublin pour faire face à un effondrement du prix des vins de table entraînent oppositions et inquiétudes. Annoncées par le présentateur en début du journal télévisé, les oppositions à cet accord de Dublin semblent être nombreuses parmi les représentants des professions viticoles et les partis politiques (notamment le Parti Communiste, depuis longtemps hostile à l'élargissement de la CEE).

Le président du syndicat des Côtes de Provence analyse les conséquences de cette limitation : obligations de distiller les surplus, arrachages de vignes, retard d'installation de jeunes agriculteurs, avec en arrière-plan, la question de la rémunération des viticulteurs. En fait, ce responsable viticole tient des propos ambivalents en réponse aux questions directes du journaliste : il redoute la concurrence des vins espagnols, mais reconnaît qu'ils sont bons ; il discute les conditions de concurrence inégale, mais reconnaît qu'elle peut être bénéfique si elle se traduit par une amélioration de la qualité. En fait, ses propos reflète une opinion partagée dans le Var, où l'inquiétude semble plus mesurée. C'est que le vignoble varois est en cours de reconversion, il a d'ailleurs obtenu le passage des Côtes de Provence en AOC en 1977 et celui des Côteaux varois en VDQS en 1984 (Vins de Qualité Supérieure, la catégorie à laquelle appartenaient les Côtes de Provence auparavant). Sous la houlette des responsables comme André Garnoux qui présidera le syndicat des Côtes de Provence durant douze ans, jusqu'en 1992, l'appellation est en plein essor. Profitant de l'engouement pour le rosé dont elle est le leader mondial, sa production tourne autour de 750 000 hectolitres (dont 75 % en rosé). Le syndicat, qui rassemble 56 coopératives et 340 domaines (surtout dans le Var, mais aussi dans les Bouches-du-Rhône), joue la carte de l'exportation et de l'image touristique de la région. Il s'apprête à ouvrir La Maison des Côtes de Provence, au bord de la RN7, aux Arcs-sur-Argens. L'évolution vers la qualité est donc bien engagée.

Bibliographie :

Association régionale des professeurs d'histoire et de géographie-Université de Provence, Le territoire régional Provence, Alpes, Côte d'Azur, Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur, 1992. 

Revue Méditerranée, notamment André de Réparaz, "Un vignoble méditerranéen français : l'exemple du Var"), n° 3-4, 2003 (Lucien Tirone et alii, "La région Provence-Alpes-Côte d'Azur à l'aube du XXIe siècle").

Nicole Girard

Transcription

Journaliste
La limitation de production du vin adopté hier par la Communauté Européenne suscite de nombreuses prise de position. Le gouvernement a estimé aujourd'hui l'accord très positif. Les jeunes agriculteurs se veulent prudents. En revanche, les chambres d'agriculture, la FNSEA, l'office national des vins, la fédération des vins de table, les comités d'action vinicole et le parti communiste, estiment cet accord catastrophique pour le Midi. Dans le Var, on est plus modéré.
(Musique)
Reporter
Dans le Var, on a suivi également avec beaucoup d'attention ce qui vient de se passer à Dublin. L'inquiétude est vive depuis que l'on sait que tôt ou tard, l'Espagne et le Portugal doivent entrer dans le Marché Commun. Il est vrai également que la majorité des vins produits dans le Var sont des AOC, et que la proportion des vins de table est moindre qu'ailleurs ; mais inquiétude quand même.
(Musique)
Monsieur Garnoux
Les viticulteurs dans le Var sont inquiets, bon ben, pour permettre l'entrée de l'Espagne, bon on va, on va décider une distillation obligatoire. Bon comment ça va-t-il se passer ? Ces vins qui seront distillés, à quel prix vont-ils être réglés aux viticulteurs ? Ça, nous l'ignorons complètement. Evidemment, si c'est pour rétablir le marché, nous sommes d'accord, mais à ce moment là, les vins qui, qui seront mis sur le marché, il faudrait qu'il soit réglé à des, à des, des prix valables pour que le viticulteur puisse vivre décemment, hein. Et si ce n'est simplement que faire plaisir aux Espagnols, ben nous sommes contre hein.
Reporter
Est-ce que vous pensez que les viticulteurs, ici dans le Var, vont être obligés alors d'arracher leurs vignes ?
Monsieur Garnoux
Ben d'arracher leurs vignes, vous savez, y a déjà pas mal de viticulteurs qui, qui ont commencé l'arrachage des vignes hein, compte tenu comme je vous le disais tantôt de la non rentabilité hein. Il y a des jeunes qui souhaiteraient s'installer mais ... ça va être difficile, plus particulièrement dans le bassin, autour du bassin méditerranéen hein.
Reporter
Puis en plus, le vin espagnol, il est pas si mauvais que ça.
Monsieur Garnoux
Ah oui, exactement, comme vous le dites. Moi j'ai eu l'occasion d'en déguster hein, bon ben comment vont faire les Espagnols ? Si tout était à parité, leur monnaie, les salaires, tout ça, disons, bon. Pourquoi pas qu'ils rentrent dans le, dans le marché européen, d'accord, mais il faudrait que tout soit à la parité hein.
Reporter
Et si toutes ces mesures alors vous tombent sur la tête, vous allez faire quelque chose, vous allez entreprendre des actions ?
Monsieur Garnoux
Ben nous allons entreprendre, c'est-à-dire, il faudrait, il faudrait connaître exactement ce que sont les accords de Dublin. Personnellement, moi je ne peux pas vous répondre à ce sujet hein.
Reporter
L'avenir est sombre ?
Monsieur Garnoux
Eh l'avenir est assez sombre, eh vous savez, mais enfin, si c'est pour faire de la qualité et... que le produit soit mieux rémunéré pour le viticulteur, ben peut-être, ça peut être bien quoi.
Journaliste
Les élections cantonales auront lieu ...